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Faut-il couper les banques en deux ?

Séparer les banques d'investissement de la banque de Monsieur Tout-le-monde. Le projet du candidat Hollande devrait voir le jour. Est-ce vraiment une bonne idée et comment procéder à ce découpage?
 

Le discours de politique générale prononcé mardi 3 juillet devant l'assemblée nationale par le premier ministre Jean-Marc Ayrault a confirmé la volonté de réaliser une ségrégation entre les banques d'investissement, ce que d'aucuns appellent aussi la banque "casino", et les banques commerciales, dont le métier est de recevoir l'argent des déposants, de le gérer et d'accorder des prêts bancaires sur la base de ces dépôts (disons : la "banque à papa").

Un mythe bien français

Si les banques américaines se sont développées sur ce concept de séparation, il en va tout autrement en France où le modèle dominant est la banque universelle depuis une quinzaine d’années - celle qui est présente sur tous les segments. Si la profession défend bec et ongles, aujourd'hui encore, ce système censé être plus protecteur, certains voient les choses différemment. "La prétendue sécurité du modèle de banque universelle est un mythe largement véhiculé par la Fédération bancaire française", signale Christophe Nijdam, analyste du secteur bancaire au sein du cabinet d'études financières AlphaValue, qui affirme clairement son indépendance. Et il étaye son propos par quelques arguments chiffrés, rappelant notamment que les pertes annuelles les plus spectaculaires constatées récemment dans le secteur en Europe sont précisément le fait de banques universelles, Fortis et Royal Bank of Scotland en tête (avec des pertes respectives de 28 et 27 milliards d'euros en 2008). Quand à la protection des actionnaires des banques universelles, elle n'est guère plus assurée. D'après les calculs de Christophe Nijdam, la destruction de valeur boursière entre 2007 et fin mai 2012 a été de 164 milliards d'euros pour les quatre grandes banques universelles françaises (BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole, Natixis), soit 81% de leur valeur initiale, chiffre à comparer à une moyenne de -70% "seulement" pour les 38 banques cotées en Europe suivies par AlphaValue.

Ne comptez donc pas sur cet analyste pour s'opposer au projet de séparation des activités bancaires du nouveau gouvernement français : il en fait même un préalable au projet d'union bancaire qui est en train de se faire jour en Europe, ce qui éviterait ainsi que le contribuable italien ou français soit un jour amené à payer pour les bêtises d'un trader de la City, par exemple.

La séparation, oui, mais quelle séparation ?

Reste à savoir quel modèle choisir parmi les trois options existantes, déjà mises en place par le passé ou sur le point de l'être. La première possibilité est de suivre la Règle Volcker (Volcker rule) qui commence à entrer en vigueur cet été aux Etats-Unis, avec une période de transition de 2 à 5 ans. Son principe est d'abord d'interdire aux banques commerciales le trading pour compte propre. L'autre point est que les banques ne peuvent plus être actionnaires ou "sponsors" de hedge funds et de fonds de private equity tout en restant autorisées à leur accorder des prêts, ce qui laisse planer un risque assez fort. Le deuxième modèle est celui du cantonnement, choisi par le plan de protection des banques Vickers et qui sera mis en place au Royaume-Uni à compter de 2019. Il s'agit de cloisonner les activités de banque de détail, tout en les conservant au sein du même groupe que les activités de marchés et d'instituer, pour la partie «banque de détail», des exigences de solidité financière supérieures à celles prévues par la réglementation en vigueur. Enfin, la troisième option est de revenir à un système institué en 1933 aux Etats-Unis, où il resta en vigueur jusqu'en 1999 : le Glass-Steagall Act. Ce modèle a l'avantage de la clarté en stipulant une séparation totale de la banque de détail et de la banque d'investissement, ce qui se traduirait pour les banques universelles actuelles par une scission pure et simple en deux entités n'ayant plus aucun lien capitalistique.

Si Christophe Nijdam voit dans le système Volcker un "bon début", permettant notamment de diminuer le risque pour l'actionnaire, il déplore que certaines activités, comme la tenue de marché ou la garantie apportée à certaines opérations de marché, restent dans le périmètre de la banque commerciale, alors qu'elles devraient à son sens en être sorties. Quant à l'option Vickers... "Cette solution s'apparente à une véritable usine à gaz, avance Christophe Nijdam. Or, plus vous complexifiez les choses, plus vous augmentez les risques." Même si la sécurité des dépôts y gagnerait a priori, les seules parties prenantes à vraiment y trouver leur compte seraient certains dirigeants de banques, qui ne verraient pas leur pouvoir rogné en quoi que ce soit.

Concilier l'intérêt général et les intérêts particuliers

A l'inverse, l'adoption d'une séparation totale des activités bancaires revêt bien des avantages, à commencer par celui-ci : "c'est la solution qui réconcilie le mieux l'intérêt particulier des actionnaires des banques, en permettant de libérer la valeur boursière des banques commerciales, aujourd'hui plombée par la décote liée à la banque d'investissement, avec l'intérêt général", estime Christophe Nijdam. Les clients des banques y trouvent leur compte grâce à la meilleure sécurisation de leurs dépôts et à l'élimination des risques de conflits d'intérêt qui peuvent surgir à tout moment dans une banque mélangeant toutes les activités (ce qu’illustre ces derniers jours le scandale bancaire du "Liborgate", qui ébranle la place financière de Londres et a contraint à la démission le patron de Barclays). Les régulateurs financiers ne peuvent que se féliciter de la diminution des risques dits systémiques et de la plus grande facilité à superviser des activités clairement délimitées. Quant à l'immense majorité des employés du secteur bancaire, ils ne souffriraient plus de la colère des clients les assimilant aux quelques "traders fous" rendus célèbre par les scandales très médiatisés que l'on sait. Finalement, les seuls qui auraient à perdre d'un Glass-Steagall Act à la française seraient les hauts dirigeants des banques et les traders qui se son partagés en 2011 quelque 2,3 milliards d'euros de bonus, soit un gros quart des bénéfices avant impôts des quatre grandes banques françaises. "Cela représente 9.000 personnes, soit moins de 2% des effectifs du secteur", rappelle Christophe Nijdam. Gageons qu'ils ne trouveront pas grand monde pour pleurer sur leur sort.


Emmanuel Schafroth

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