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Une intervention militaire, combien ça coûte ?

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Interviendra ? Interviendra pas ? Après les bruits de bottes, dont l'effet d'intimidation sur le président Bachar el-Assad semblent pour le moins limités, les principaux pays se préparant à une éventuelle intervention militaire contre la Syrie semblent passés à une phase de négociation intérieure. La prise de responsabilité de ce qu'il faut bien appeler une guerre serait-elle trop lourde à porter pour un homme seul, fût-il président, ou doit-on voir là le début d'une vraie reculade ? Il est trop tôt pour dire. Mais les hésitations en France ou aux Etats-Unis peuvent se comprendre à la lumière du coût budgétaire qu'aurait une telle intervention.


Les moyens aériens modernes coûtent cher

Car une guerre en Syrie suppose la mise en oeuvre de moyens, notamment aériens, dont le coût de fonctionnement est très élevé. Pour une heure d'utilisation de l'hélicoptère d'attaque Tigre d'Eurocopter, comptez 25.000 euros, soit à peu près autant que pour l'utilisation d'un avion de surveillance E-2 Hawkeye, construit par le groupe américain Northrop Grumann. Mais c'est notre Rafale national qui bat tous les records, avec un coût de fonctionnement de 26.800 euros l'heure, répartis entre 7.400 euros de dépenses liées aux rémunérations des personnels et 19.400 euros pour l'entretien des matériels. Evidemment, l'Etat ne fait pas un chèque de 26.800 euros à chaque fois qu'un Rafale fait une promenade d'une heure. Ces estimations datant de 2010 prennent en compte le coût global de fonctionnement sur l'année, qui est ensuite divisé par le nombre d'heures de vol effectuées. Imaginons qu'une année, le nombre d'heures de vol de nos appareils soit diminué de moitié, ce coût horaire exploserait, pour une raison bien simple. Même avec une flotte clouée au sol, les pilotes de chasses, techniciens et autres personnels employés par l'Armée continuent de percevoir un salaire.


L'exemple syrien : une opération à plus de 300 millions.

En fait, lors des opérations militaires à l'étranger, il faut plutôt raisonner en terme de surcoût par rapport à un fonctionnement "normal". Ce surcoût a toujours dépassé 850 millions d'euros par an depuis 2008 et a culminé à 1,25 milliard d'euros en 2011, chiffre à comparer avec des crédits d'environ 30 milliards d'euros pour le ministère de la Défense. Cette année avait bien évidemment été marquée par l'opération Harmattan en Libye, laquelle a généré à elle seule un surcoût de 368,5 millions d'euros pour la France, dont 100,9 millions d'euros de munitions ! Encore ne s'agit-il que des dépenses françaises pour une opération menée conjointement avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni. L'année 2012 a été plus calme sur le front extérieur, permettant de ramener les effectifs de l'armée française déployés à l'étranger de 10.860 (moyenne 2011 à environ 7.700 en 2012, le surcoût étant ramené à 873 millions d'euros. Pour 2013, le gouvernement aimerait bien réduire ces dépenses et les crédits prévisionnels au titre des opérations extérieurs étaient de 630 millions d'euros, selon un rapport remis en octobre 2012 à l'Assemblée nationale. Certes, la France a déclenché début 2013 une opération au Mali, mais elle va bénéficier du retrait d'Afghanistan : une campagne qui pesait à hauteur de 500 millions d'euros par an ces dernières années. Mais la restriction budgétaire prévue n'incite certes pas nos gouvernants à frapper sans compter le régime syrien. Surtout que l'intérêt stratégique, qui prévaut généralement au déclenchement de telles opérations, est ici tout sauf évident et que le risque d'un enlisement existe toujours.


Les coûts cachés d'une guerre

Or, le déclenchement d'une guerre peut avoir des coûts cachés. On ne parle pas seulement ici des pensions qu'il faudra verser aux familles des militaires tués ou blessés, mais aussi du coût diplomatique. Or, il est bien difficile d'évaluer à son juste prix une fâcherie possible avec la Russie ou la Chine, qui affichent un soutien plus ou moins marqué à la Syrie ! Mais le principal risque reste une déstabilisation du Moyen-Orient, région toujours propice à l'instabilité. Il pourrait en résulter une hausse brutale du pétrole, qui, pour l'heure, a seulement frémi fin août. Voilà qui pourrait tuer deans l'oeuf la timide reprise de l'économie européenne. Et lorsqu'on se souvient que l'opération libyenne de 2011 avait coûté 55 millions d'euros rien qu'en dépenses de carburants, l'opportunité d'une intervention fait sûrement réfléchir jusque dans les états-majors !


Emmanuel Schafroth

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