La bourse est fermée

Quand les people jouent les business angels



Bono, Ashton Kutcher, Lady Gaga, Kanye West, Patrick Bruel... Longue est la liste des personnalités qui se lancent dans l'entrepreneuriat et investissent une partie de leur fortune dans des projets d'entreprises.


Un design sobre et élégant, une description succinte de la méthode et des objectifs d'investissement, des communiqués sur les opérations réalisées : le site internet d'Elevation Partners ressemble en tous points à ce que pourrait être celui d'une autre société financière de private equity, c'est-à-dire l'investissement dans des sociétés non cotées. A un détail près, cependant ! Car au sein de l'équipe dirigeante de cette société financière spécialisée dans l'univers des médias et des nouvelles technologies, on trouve, à côté de deux anciens cadres dirigeants d'Apple et de deux financiers purs et durs (le co-fondateur de Silver Lake Partners et un ancien dirigeant de Blackstone), un certain... Bono !

Si on le connait surtout comme chanteur de U2 et pour ses engagements humanitaires, Bono est aussi un investisseur, et ce depuis 2004, date de la création d'Elevation Partners, qui gère aujourd'hui la somme coquette de 1,9 milliard de dollars. La société n'a pas toujours eu la main heureuse, notamment lorsqu'elle a investi en octobre 2007 dans Palm, l'ancien roi des "personal digital assistants" (PDA). Au début de la même année, Apple avait lancé l'iPhone, ringardisant définitivement Palm, contraint de se vendre au rabais à Hewlett Packard en 2010. En revanche, l'investissement dans Facebook réalisé en 2009 devrait se traduire par une belle plus-value au moment de l'introduction en Bourse, d'ici quelques mois.



Bono n'est pas le seul "people" à jouer ainsi les business angels de luxe et faire fructifier de manière active son capital, loins s'en faut. Dans le film "The social network", retraçant précisément les débuts de Facebook, le chanteur Justin Timberlake campe brillamment Sean Parker, le fondateur un brin allumé du site de partage de fichiers Napster, et il semble que cette expérience l'ait inspiré. Au côté de la société Specific Media, il a racheté en juin 2011 le réseau social Myspace pour 35 millions de dollars au groupe News Corp, qui l'avait acheté 16 fois plus cher il y a sept ans. Reste à voir si ce sera une bonne affaire ! Et l'ancien membre du boys band NSYNC a aussi mis des billes dans les sites de photo Stipple et Dekko.

De son côté, l'acteur américain Ashton Kutcher enchaîne les investissements dans les start-ups à une cadence à peu près aussi élevée que les films, notamment via sa société A Grade Investments, qu'il a co-fondée avec Guy Oseary, manager de Madonna, et le milliardaire Ron Burkle. Il a ainsi réalisé une quinzaine d'investissements, notamment dans le site de services de proximité Foursquare ou le site de e-tourisme Hipmunk, et n'hésite pas à en faire la promotion dans la série "Two and a half men", où il a remplacé Charlie Sheen. Le chaînon manquant entre la Silicon Valley et Hollywood ? Le côté investisseur en série d'Ashton Kutcher semble avoir contaminé son ex-épouse Demi Moore. A défaut d'avoir avec lui le quatrième enfant dont elle rêvait, la star a investi dans le fabricant d'aliments pour bébés HappyFamily.




Car nos "people" choisissent généralement d'investir dans des sociétés où leur intérêt n'est pas seulement financier. Ainsi, si Lady Gaga et Kanye West ont injecté 7,5 millions de dollars dans le site de musique en ligne turntable.fm, c'est fort logiquement sur le poker que notre Patriiiick Bruel national a misé. Au côté de Marc Simoncini, fondateur de Meetic, et de deux co-fondateurs de Caramail, il est ainsi actionnaire du site Winamax, auquel il prête son image et sa voix. "Le plus important au poker, ce ne sont pas les cartes, c'est ce que vous en faites", nous dit-il. Et en finance, le plus important, ce n'est pas forcément l'argent...




Emmanuel Schafroth