Monnaie de Paris : l'entreprise publique qui se porte à merveille

Tout ne va pas mal au pays des finances publiques. Depuis 2007, la Monnaie de Paris, un établissement d'Etat vieux de plus de 11 siècles a su tourner le dos à ses difficultés financières chroniques, et génère aujourd'hui des bénéfices appréciables.



Le dossier médical personnel ? Une vraie gabegie. Les rémunérations chez EDF ? Trop généreuses. Le budget communication de la SNCF ? Trop dispendieux. Comme chaque année, la Cour des comptes, à l'occasion de son rapport public annuel, joue son rôle de "distributeur de baffes", égratignant les dérives financières de l'Etat et des entreprises publiques : des rappels à l'ordre abondamment relayés par les médias, toujours plus avides de parler des trains en retard que de ceux qui arrivent à l'heure. Mais il ne faut pas oublier que la Cour des Comptes sait aussi décerner des bons points, même s'ils sont toujours assortis de recommandations.



Une très ancienne institution...

Chacun sait que l'état des finances publiques ne s'est pas amélioré depuis 2007, en France comme ailleurs. Aussi, on ne peut que se réjouir de voir une entreprise publique qui a su, dans l'intervalle, augmenter ses revenus de 55% tout en passant de perte à profit. Surtout quand on sait qu'il s'agit là de la plus vieille institution française !

C'est en effet un petit-fils de Charlemagne, Charles II dit Le Chauve, qui posa ses fondations en 864, dans l'édit de Pîtres. Il s'agissait alors de centraliser la production de monnaie mais aussi, déjà, de lutter contre le faux-monnayage : une mission que remplit toujours aujourd'hui la Monnaie de Paris. Son site de Pessac, qui abrite un laboratoire de détection de la fausse monnaie, tout en fabriquant la gamme des vrais euros français, dispose d'un monopole en la matière. Une loi révolutionnaire l'avait rattachée au Ministère des finances en 1796. Mais la Monnaie de Paris est redevenue une administration directement contrôlée par l'Etat en 1879 et jusqu'à cette année 2007, année où elle a pu faire sa propre révolution. Après une embellie temporaire liée au passage à l'euro, le chiffre d'affaire avait lourdement chuté, générant des déficits chroniques depuis 2002 et rendant la situation financière de l'établissement critique. Un comble, au vu de son activité.


... aux ambitions toutes neuves

Mais grâce au statut d'Etablissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) acquis en 2007, la Monnaie de Paris a pu opérer une mue salutaire : tout en continuant à assurer sa mission régalienne de frappe de la monnaie courante, elle a mis en place une stratégie de diversification en lançant une nouvelle "ligne produit", les monnaies de collection à valeur faciale, comme la pièce en or de 50 euros dédiée au danseur Rudolf Noureev, actuellement commercialisée pour le prix de... 500 euros !

C'est bien le développement rapide de cette nouvelle activité, aujourd'hui la plus importante économiquement (60,7 millions d'euros de revenus en 2011 contre 0 en 2007) qui explique la progression du chiffre d'affaires total de la Monnaie de Paris ces dernières années : 162,6 millions d'euros en 2011, soit 55,6% de mieux qu'en 2007. Une manne qui est venue à temps pour compenser la baisse significative du chiffre d'affaires à l'export, la Monnaie de Paris frappant aussi de la monnaie pour le compte de pays comme le Luxembourg, Monaco, Malte ou la Grèce.


Cap sur la productivité !

Mais le statut d'EPIC a aussi permis d'introduire la notion de productivité dans l'entreprise, qui a réduit de plus de 30% ses effectifs depuis la fin 2006, pour ne plus employer que 468 personnes fin 2011. La combinaison de cette cure d'amaigrissement et de la hausse d'activité a eu un effet spectaculaire sur le chiffre d'affaires par employé, qui dépasse les 300.000 euros aujourd'hui alors qu'il plafonnait à 100.000 euros en 2005. La perte de 20,9 millions d'euros subie en 2007 semble bien loin. Les comptes sont revenus au vert dès 2009 et le bénéfice net a culminé à 17,8 millions d'euros en 2011. Certes, ce redressement ne doit pas masquer la subsistance de problèmes, que la Cour des comptes ne se prive pas de pointer du doigt. La Monnaie de Paris souffre par exemple de fonctions support "hypertrophiées", les effectifs réellement affectés à la production ne représentant que 51% des salariés. D'autre part, la rémunération moyenne a augmenté depuis le changement de statut, ce qui masque en fait une aggravation des inégalités : les 10 salaires les moins élevés ont reculé de 24% en 4 ans, mais les 10 plus élevés ont grimpé de 30% ! Et la question se pose de la pertinence de maintenir certaines activités très déficitaires, comme les bijoux et médailles.

Il n'empêche que la Monnaie de Paris, hier véritable épine dans le pied de l'Etat, lui verse aujourd'hui des dividendes... plus de 27 millions d'euros en 3 ans. Un essai qu'il faut aujourd'hui transformer, dans un contexte de surcapacités mondiales dans la frappe de monnaie.

Emmanuel Schafroth

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