Les fonds souverains, nouveaux rois de la finance mondiale

Avec des actifs cumulés de plus de 5.100 milliards de dollars, les fonds souverains sont une force nouvelle et conquérante au sein de la finance mondiale.

Un fonds souverain est un fonds d'investissement chargé par un Etat de gérer pour son compte un portefeuille de placements (actions, obligations, immobilier ou autre). Rien à voir, a priori, avec une quelconque tête couronnée, l'adjectif "souverain" devant ici s'entendre au sens d' "étatique", tout comme on parle de dette souveraine pour désigner l'endettement public. Pourtant, à y regarder de plus près, les fonds souverains, du moins les plus importants d'entre eux, sont souvent issus de monarchies : l'Arabie Saoudite, les Emirats arabes unies ou la moins exotique Norvège. Simple hasard géographique ! Ce qui doit moins au hasard, en revanche, c'est le lien entre les actifs gérés par un fonds donné et ses ressources souterraines.

Des investisseurs souvent nourris par la manne des hydrocarbures

Parmi les 63 fonds souverains recensés par le SWF Institute au niveau mondial, 36 sont alimentés par la rente pétrolière ou gazière du pays concerné (Norvège, Arabie Saoudite et pays de la péninsule arabique, Russie, Kazakhstan, Algérie, Libye, etc) et six autres sont financés par des ressources minérales comme le cuivre (Chili) ou le diamant (Botswana). D'autres fonds souverains sont l'émanation de pays, souvent asiatiques, qui leur allouent les ressources issues de leur forte capacité exportatrice, comme Singapour, la Corée du sud ou bien sûr la Chine, qui ne détient pas moins de cinq fonds souverains. C'est souvent en raison des montant colossaux qu'ils gèrent que les fonds souverains font parler d'eux. Au total, ces investisseurs pas comme les autres détiennent des avoirs de plus de 5.100 milliards de dollars.

Des acteurs majeurs de la finance

Avec 656,2 milliards de dollars à lui seul, le Fonds de pension gouvernemental norvégien, connu sous le nom de fonds pétrolier norvégien en raison de l'origine des capitaux dont il dispose, est le plus important fonds souverain au monde. Sa force de frappe est comparable à celle de grandes sociétés de gestion d'actifs françaises comme Amundi (filiale du Crédit agricole) ou Axa IM. La différence majeure est que de telles sociétés gèrent de l'argent "pour compte de tiers", c'est-à-dire de l'argent qui appartient à d'autres investisseurs, y compris vous et moi lorsque nous investissons dans des Sicav ou Fonds communs de placement (FCP). Au contraire, les fonds souverains peuvent investir de manière parfaitement discrétionnaire, puisque l'argent qu'ils mettent en jeu leur appartient en propre et qu'ils n'ont pas à respecter des contraintes ou engagements pris auprès d'investisseurs ayant souscrit à un produit financier défini.

Une vocation à diversifier l'économie locale

Les fonds souverains ont souvent vocation à assurer une diversification de l'économie du pays dont ils dépendent. "Renforcer l'économie nationale en la diversifiant dans différentes classes d'actifs", telle est ainsi l'ambition de l'émir du Qatar, comme le rappelle l'article "Le Qatar à l'horizon 2030" publié en octobre dans l'excellente revue de prospective économique Futuribles. Le fonds souverain national, le Qatar investment authority, dispose de 115 milliards de dollars à investir et s'est illustré récemment par ses investissements dans Vinci, Lagardère, Barclays, EADS, Suez ou Volkswagen. L'objectif du petit émirat est de faire en sorte que la production de gaz, dont il est le leader mondial, représente moins de 50% de la croissance économique du pays dès 2013, contre plus de 85% en 2011.

Tirant souvent leurs revenus de substances volatiles, les fonds souverain semblent par contraste raffoler des investissements dans des actifs particulièrement tangibles, comme la pierre. Cette année, le fonds qatari a englouti 1,8 milliard d'euros dans des achats immobiliers en France, dont le siège du Figaro, l'immeuble abritant le Virgin Mégastore des Champs-Elysées et cinq hôtels de luxe, dont le fameux Martinez de Cannes. Les fonds norvégien, hongkongais et aboudabien ont aussi fait des emplettes significatives et l'Institut de l'épargne immobilière et financière estime à quelque 10 milliards d'euros par an les montants que les fonds souverains pourraient investir dans l'immobilier européen dans les cinq prochaines années. Il faut croire que la situation de notre vieille Europe n'effraie pas tout le monde.



Emmanuel Schafroth



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