Contraction des économies française et allemande au 4e trimestre

PARIS/BERLIN (Reuters) - L'Allemagne et la France, les deux principales économies de la zone euro, ont accusé un recul marqué de l'activité sur les trois derniers mois de l'année 2012, laissant augurer d'une accentuation de la récession du bloc et jetant le doute sur une reprise dès le début de cette année.

L'économie allemande s'est contractée de 0,6% au quatrième trimestre selon les données officielles publiées jeudi, enregistrant sa plus mauvaise performance sur un trimestre depuis le point bas de la crise financière en 2009.

Les économistes interrogés par Reuters s'attendaient en moyenne à une contraction de 0,5%.

En France aussi, le recul de 0,3% de l'activité au quatrième trimestre est supérieur aux attentes des économistes qui anticipaient en moyenne une contraction de 0,2%.

"Quand les choses vont bien dans la zone euro, l'Allemagne fait en général mieux que la France. Quand les choses se dégradent dans la zone euro, la France fait mieux que l'Allemagne, l'Allemagne est plus cyclique que la France de ce point de vue", relève Christian Schulz, économiste de la Berenberg Bank.

L'économie allemande a été pénalisée par sa contreperformance à l'export, le moteur traditionnel de la croissance outre-Rhin.

"Au cours des trois derniers mois de 2012, les exportations de biens ont diminué significativement plus que les importations", relève l'Office allemand de la statistique.

Pour la France, la révision en baisse à -0,1% de l'évolution de l'activité au premier et au deuxième trimestres 2012 souligne que le pays a tutoyé la récession tout au long de l'année dernière.

SIGNES DE REPRISE

Si l'engagement de la Banque centrale européenne de faire tout ce qui est en son pouvoir pour préserver l'intégrité de l'euro a dissipé les tensions sur les dettes souveraines au sein du bloc, la faiblesse persistante de l'activité risque de compromettre les efforts d'assainissement budgétaire de certains pays-membres.

Le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault a ainsi officiellement admis mercredi que l'objectif d'un déficit public à 3,0% du Produit intérieur brut (PIB) ne serait pas atteint cette année.

Les chiffres de l'activité pour l'ensemble de la zone euro seront publiés à 10h00 GMT et les économistes s'attendent en moyenne à une contraction de 0,4%, correspondant à une aggravation de la récession.

Ils anticipent une nouvelle contraction de l'activité sur les trois premiers mois de cette année mais à un rythme moins marqué en raison du redémarrage attendu de l'économie allemande.

"Il y a de très bonnes chances que l'économie (allemande) renoue avec la croissance au début de cette année. Les premiers indicateurs sont tous orientés à la hausse", souligne Andreas Ree, économiste chargé de l'Allemagne chez Unicredit.

"La question est de savoir quelle sera la vigueur (de l'activité) au premier trimestre. Nous attendons +0,3% mais cela pourrait être plus".

La situation est plus critique encore dans les pays périphériques. L'Espagne, quatrième économie de la zone en termes de PIB, a fait état il y a quinze jours d'une contraction de 0,7% de l'activité au quatrième trimestre. Les chiffres pour l'Italie seront publiées à 09h00 GMT.

Aux Pays-Bas, le PIB s'est contracté de 0,2% au quatrième trimestre, donnant une baisse annuelle de 0,9%, confirmant que le pays était en récession, la troisième depuis 2009.

La BCE s'attend à une reprise graduelle de l'économie de la zone euro dans le courant de l'année 2013 mais l'appréciation de la monnaie unique peut peser sur le rythme de redressement de l'activité.

Les derniers indicateurs disponibles pour le mois de janvier montrent toutefois une amélioration de l'activité en particulier dans les pays les plus solides, Allemagne en tête.

"La crise de la dette souveraine a sensiblement reflué et l'économie mondiale est repartie", souligne Jörg Krämer de la Commerzbank. "En conséquence, tous les indicateurs avancés importants pour l'Allemagne sont orientés à la hausse. J'attends une croissance économique à nouveau visible au premier trimestre", ajoute-t-il.

La contraction de l'activité au quatrième trimestre 2012 n'a pas été confinée à la seule zone euro. L'économie japonaise s'est contractée pour le troisième trimestre consécutif au cours des trois derniers mois de 2012, mais certains signe laissent, là aussi, entrevoir un rebond à la faveur d'une reprise du secteur exportateur.

Marc Joanny pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat