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Explosion à Beyrouth: un an après, le Liban s'enfonce toujours plus dans la crise

·12 min de lecture
Enquête, reconstruction ... un an après l'explosion de Beyrouth où en est le Liban. (Photo de Beyrouth prise le 30 juillet 2021 par REUTERS/Aziz Taher) (Photo: Aziz Taher via Reuters)
Enquête, reconstruction ... un an après l'explosion de Beyrouth où en est le Liban. (Photo de Beyrouth prise le 30 juillet 2021 par REUTERS/Aziz Taher) (Photo: Aziz Taher via Reuters)

BEYROUTH - La tragédie du port de Beyrouth n’est toujours pas finie pour les Libanais. Le Liban commémore une sombre journée ce mercredi 4 août, un an après l’explosion meurtrière qui a eu lieu sur le port de la capitale libanaise.

Ce jour-là, des pompiers sont dépêchés au port pour éteindre un incendie. Peu après 18h la déflagration fait 218 morts et plus de 6500 blessés, dévastant des quartiers entiers de la capitale. Le soir même, les autorités imputent la tragédie à 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, abandonnées depuis plus de six ans au port “sans mesure de précaution”.

Un an plus tard, l’opinion publique attend toujours les conclusions de l’enquête libanaise, dénonçant des ingérences politiques qui pourraient saboter l’affaire. Les zones d’ombres subsistent et les mêmes questions restent sans réponse. Et si l’enquête semble faire du sur-place, la capitale et le pays dans son ensemble en sont à un stade similaire: au bord du chaos.

Crise économique abyssale, crise politique inextricable, infrastructures au bord de l’effondrement et reconstruction au ralenti... la situation est très loin de s’être améliorée. Le HuffPost fait le bilan, un an après les explosions qui ont défiguré la capitale libanaise.

Enquête au ralenti et accusations d’entraves

Qu’est-ce qui a provoqué cette explosion? Pourquoi le nitrate d’ammonium a-t-il été comme oublié au port, malgré les dangers? Qui, parmi les décideurs politiques et les responsables sécuritaires, était au courant?

Malgré l’ampleur de la tragédie qui a traumatisé le Liban, un an après les faits, ces questions restent sans réponse et aucun responsable n’a été traduit en justice. L’enquête piétine, obstruée par les interventions politiques.

Certains craignent que justice ne soit jamais rendue dans cette affaire. Au moment où le juge d’instruction Tarek Bitar cherche à inculper plusieurs anciens ministres et des hauts gradés. L’immunité dont ils jouissent en raison de leurs responsabilités est mise en avant pour entraver les poursuites judiciaires. Le juge a demandé cet été la levée de l’immunité parlementaire pour les trois anciens ministres, “en vue de les inculper et d’intenter des poursuites pour potentielle intention d’homicide”, mais aussi pour “négligence et manquements”. Toutefois le bureau du Parlement et la commission de la justice ont demandé des preuves avant de se prononcer pour déterminer si l’immunité sera levée.

“Ils essaient tout simplement d’échapper à la justice”, a dénoncé l’avocat Youssef Lahoud, qui représente plus de 1000 victimes de l’explosion. Ibrahim Hoteit, un porte-parole de familles de victimes a déclaré “en avoir assez des manifestations pacifiques”, affirmant que les familles de victimes sont prêtes à “brises des os” lors de prochains rassemblements.

Malgré ces obstacles, l’enquête est “au trois quarts achevée”, indique à l’AFP une source judiciaire proche du dossier. Et Tarek Bitar espère annoncer les conclusions de l’enquête “d’ici la fin de l’année”. Le mois dernier, une cinquantaine d’ONG ont demandé une enquête de l’ONU sur l’explosion.

Quelle est la cause de l’explosion?

“Point faible” de l’enquête, selon Youssef Lahoud: le fait qu’elle n’a toujours pas déterminé la cause de l’explosion. Était-ce l’incendie? “Si c’est le cas, comment s’est-il déclenché?”, s’interroge l’avocat, pour qui rien ne permet encore d’écarter la thèse d’un “sabotage” ou d’une “attaque”.

Immédiatement après le drame, des sources sécuritaires avaient évoqué des travaux de soudure qui pourraient être à l’origine de l’incendie. Mais certains observateurs restent circonspects.

Le juge Tarek Bitar souhaite mener une reconstitution sur le site de l’explosion, pour déterminer les causes de l’incendie. Il a également requis la coopération de plusieurs pays au sujet de l’origine de la cargaison, sollicitant notamment la France, les États-Unis et l’Italie pour obtenir des images satellitaires du port, dans l’espoir de voir ce qui se passait au port le 4 août 2020.

La France a assuré qu’elle n’avait pas de satellites au-dessus du Liban le jour de l’explosion, selon la source judiciaire. L’absence de telles images empêche aussi de savoir si certaines quantités de nitrate d’ammonium ont été discrètement subtilisées de l’entrepôt ces dernières années, ajoute Youssef Lahoud.

Car selon des experts, au vu de l’ampleur de la déflagration, la quantité de nitrate d’ammonium au port devait se limiter à quelques centaines de tonnes ― et non 2750 tonnes comme initialement annoncées.

Amnesty dénonce des entraves à l’enquête

Amnesty International a accusé lundi 2 août les autorités libanaises de faire barrage sans scrupules à l’enquête sur l’explosion meurtrière et dévastatrice au port de Beyrouth il y a un an.

Après avoir catégoriquement rejeté une enquête internationale, les autorités libanaises ont dessaisi de ses fonctions le premier juge chargé d’enquêter sur l’affaire, Fadi Sawan, après l’inculpation de hauts responsables. Son remplaçant, Tarek Bitar, fait également face à des obstructions, notamment le refus du Parlement de lever l’immunité de certains de ses membres soupçonnés d’implication dans l’explosion.

L’absence d’acte d’accusation dans cette affaire, un an plus tard, bloque les indemnisations des victimes par les compagnies d’assurance, et discrédite une classe dirigeante déjà honnie par la rue.

Photo du port de Beyrouth ravagé prise le 29 juillet 2021 par REUTERS/Mohamed Azakir (Photo: Mohamed Azakir via Reuters)
Photo du port de Beyrouth ravagé prise le 29 juillet 2021 par REUTERS/Mohamed Azakir (Photo: Mohamed Azakir via Reuters)

Toujours pas de nouveau gouvernement

La classe dirigeante, quasi inchangée depuis des décennies, fustigée pour sa corruption et son incompétence, est plus que jamais accusée de laisser couler le pays et d’être déconnectée des réalités. Mais un an après la tragédie, le pays n’a toujours pas de gouvernement pour l’extirper de la pire crise socio-économique de son histoire.

Pour rappel, le 10 août, le Premier ministre Hassan Diab avait annoncé la démission de son gouvernement après le départ de ses membres sous la pression de la rue. Il avait été nommé en janvier en réponse au soulèvement ayant poussé vers la sortie son prédécesseur Saad Hariri.

Le 31 août, le Liban s’est doté d’un nouveau Premier ministre, Moustapha Adib, quelques heures avant l’arrivée du président français Emmanuel Macron à Beyrouth. Ce dernier a annoncé le lendemain avoir obtenu l’engagement des dirigeants libanais à favoriser la formation d’un gouvernement censé mener des réformes et ainsi débloquer l’aide internationale.

Mais fin septembre, Moustapha Adib finit par jeter l’éponge. Le 22 octobre, Saad Hariri, déjà trois fois Premier ministre, est à nouveau désigné à ce poste. Toutefois le 15 juillet 2021, il renonce lui aussi à former un gouvernement, après des mois de marchandages entre les dirigeants libanais. Enfin, le 26 juillet, Najib Mikati, qui a déjà présidé deux cabinets en 2005 et 2011, est à son tour chargé de former un nouveau gouvernement.

Il souhaitait remplir cette mission avant ce 4 août, jour de commémoration, pour pouvoir l’annoncer aux Libanais, mais les marchandages politiques ont obstrué une nouvelle fois sa tâche.

Ce 4 août, Paris organise avec l’appui des Nations unies, une nouvelle conférence internationale “destinée à répondre aux besoins des Libanais dont la situation se détériore chaque jour”. Elle a pour objectif de réunir une aide d’urgence d’au moins 350 millions de dollars pour la population libanaise, a déclaré le 2 août la présidence française.

Une lente reconstruction de la ville... sans l’aide du gouvernement

En un an, Beyrouth n’a malheureusement pas radicalement changé depuis l’explosion. Certains quartiers ont pu être refaits, mais le gouvernement n’a pas lancé de véritable plan de reconstruction. En effet, cette dernière demeure largement prise en charge par des ONG, locales et internationales.

“Le cadre de l’aide humanitaire qui était en place pour soutenir les réfugiés syriens au Liban a été transposé aux zones touchées par l’explosion de Beyrouth. Des ‘zones cibles’ ont été délimitées, afin d’être chacune prise en charge par une ONG”, explique Mona Fawaz, professeure d’urbanisme à l’université américaine de Beyrouth, interrogée par Slate.

Si certains ont pu rebâtir leur maison, si des commerces et des bars ont pu rouvrir, c’est grâce à l’aide d’associations. “Les autorités n’ont rien fait pour aider les populations sinistrées. Il n’y a eu aucun plan de reconstruction”, note Le Parisien.

L’Hôpital Libanais Geitaoui a pu réparer environs 80% des dégâts en huit mois, selon France 24qui s’est entretenu avec le docteur Naji Abi Rached, directeur médical de l’hôpital et chef du service de réanimation cardiaque. Jusqu’ici une première facture de 7 millions de dollars a été réglée pour les réparations. Toutefois la somme a été financée par de nombreux acteurs – donateurs, compagnies privées, ONG, groupes internationaux et même le Vatican. L’hôpital privé à but non-lucratif est en effet rattaché à la Congrégation des Sœurs Maronites de la Sainte Famille.

“Nous n’avons reçu aucun centime de la part de l’État libanais alors que des commissions avaient été envoyées pour évaluer les dégâts, mais nous n’avons plus eu de leurs nouvelles, même un an après l’explosion”, a dénoncé auprès de France 24 le professeur Pierre Yared, spécialiste de chirurgie viscérale. Le coût total des dégâts de l’hôpital est estimé à 15 millions de dollars.

Le Liban face à l’une des pires crises financières du monde depuis 1850

La Banque mondiale a affirmé le 1er juin dernier que l’effondrement économique du Liban risque d’être classé parmi les pires crises financières du monde depuis le milieu du XIXe siècle.

Selon l’Observatoire de la crise de l’Université américaine de Beyrouth, cité par le média canadien La Presse le budget d’un ménage consacré à la nourriture s’élève à ce jour à cinq fois le salaire minimum. Celui-ci s’élève à 675.000 livres libanaises par mois, ce qui représente officiellement environ 560 dollars canadiens. Avec l’hyperinflation, cette somme vaut maintenant un peu moins de 40 dollars. De son côté, l’Université américaine de Beyrouth (AUB) a indiqué qu’une famille de cinq personnes dépense 3,5 millions de livres par mois seulement pour se nourrir.

Les denrées les plus basiques comme l’huile et la farine sont presque inabordables. Le 1er février 2021, les autorités ont annoncé une augmentation du prix du pain d’environ 20%. Ainsi, note Le Parisien, l’Unicef a révélé dans une étude au printemps que 30 % des enfants avaient dormi le ventre vide en mai.

Cette explosion des prix s’explique par le fait que les biens et denrées sont principalement importés et donc payés à l’étranger en dollars américains. Mais ils sont ensuite vendus dans la monnaie locale, faisant bondir les prix.

Et il n’y a pas que la nourriture: le 29 juin, les prix des carburants a augmenté de plus de 30% après une levée partielle des subventions, tandis que des pénuries provoquent depuis des semaines d’interminables files d’attente devant les stations-service, dans un pays où les transports collectifs font défaut.

Les infrastructures au bord de l’effondrement

Et qui dit pénurie de carburant dit effondrement des infrastructures qui en dépendant.

- Électricité: déjà fragile, le réseau d’électricité peine à fonctionner avec des pannes pouvant durer 23 heures par jour. Le 9 juillet, deux grandes centrales électriques ont été mises à l’arrêt pour cause de pénurie de carburant.

- Eau: le 23 juillet, l’Unicef a annoncé prévoir l’effondrement du système de distribution d’eau dans le pays d’ici un mois. En effet, avec la pénurie de carburant et de fournitures comme le chlore et les pièces détachées, “le secteur de l’eau est réduit à néant”, déplore l’Unicef.

Avec “la crise économique actuelle au Liban, [le secteur] est incapable de fonctionner en raison des coûts d’entretien qui s’élèvent en dollars, des pertes d’eau causées par l’eau non génératrice de revenus, de l’effondrement parallèle du réseau électrique et de la menace de l’augmentation des coûts du carburant”, a déclaré Yukie Mokuo, représentante d’UNICEF au Liban. “Une perte d’accès à l’approvisionnement public en eau pourrait obliger les ménages à prendre des décisions extrêmement difficiles concernant leurs besoins fondamentaux en matière d’eau, d’assainissement et d’hygiène”, a-t-elle ajouté.

- Hôpitaux: faute de carburant, les hôpitaux redoutent les conséquences s’ils ne peuvent plus alimenter les générateurs de secours qui prennent le relais pendant les coupures d’électricité.

Pénurie de médicaments et fuite des médecins

Le domaine de la santé n’est évidemment pas épargné par la crise. Avec la hausse des prix, les pharmacies ont aussi du mal à s’approvisionner. “C’est vraiment catastrophique. Beaucoup de médicaments sont introuvables. Presque tous les gens qui viennent aux urgences avec, disons, des maladies traitables, on leur indique les médicaments à prendre. Ils vont à la pharmacie et ils ne trouvent pas”, témoigne pour La Presse, Chady Kharrat, médecin.

Des ruptures de stocks de centaines de médicaments ont poussé les pharmacies à entrer en grève. Les expatriés reviennent les valises chargées de médicaments introuvables au Liban. Le système de santé est menacé d’effondrement total.

À l’hôpital Geitaoui, qui a été partiellement soufflé par l’explosion, sœur Hadia Abi Chebli, infirmière de formation, lutte également contre un autre fléau: la fuite des médecins et professionnels de santé. Elle appelle à la résistance face à ce qu’elle qualifie d’“exode”.

Le cardiologue Naji Abi Rached dénonce auprès de France 24 le départ de “l’élite des médecins” alors que leur pays a le plus besoin d’eux. “Malheureusement, les départs vont crescendo, puisque plus de 1000 médecins ont déjà quitté le Liban et autour de 1500 demandent à partir. Ces professionnels de santé font partie de l’élite des médecins et sont en train de prendre le chemin de l’Europe et des pays du Golfe parce qu’ils offrent des perspectives attractives”.

À voir également sur Le HuffPost: À Beyrouth, un an après la déflagration, les familles des victimes lancent un ultimatum aux autorités

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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