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Climat: Total connaissait son impact sur le réchauffement dès 1971

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Selon une étude publiée en ce 19 octobre, le géant du pétrole Total connaît depuis un demi-siècle les conséquences pour le climat de l'exploitation des hydrocarbures (photo d'archive prise en 2006 et montrant une raffinerie de Total au Venezuela). (Photo: Jorge Silva / Reuters)
Selon une étude publiée en ce 19 octobre, le géant du pétrole Total connaît depuis un demi-siècle les conséquences pour le climat de l'exploitation des hydrocarbures (photo d'archive prise en 2006 et montrant une raffinerie de Total au Venezuela). (Photo: Jorge Silva / Reuters)

ENVIRONNEMENT - “Il est possible qu’une augmentation de la température moyenne de l’atmosphère soit à craindre (...) Ses conséquences catastrophiques sont faciles à imaginer...” Cette phrase évoquant le produit de la combustion des hydrocarbures ne date pas d’un récent rapport du Giec ou d’une communication alarmante d’une ONG luttant contre le changement climatique, mais d’un article transmis en 1971 aux employés... de Total.

Car comme le révèlent trois chercheurs dans un article publié en ligne le mardi 19 octobre par la revue Global Environmental Change, cela fait un demi-siècle que le géant français des hydrocarbures est au courant et dissimule l’effet de ses activités sur le dérèglement climatique.

Pour ce faire, les trois scientifiques se sont plongés de manière inédite dans des décennies d’archives. Ils ont également interviewé des cadres passés par Total et Elf depuis les années 1970, mais aussi des climatologues, des responsables de l’administration et des économistes.

Une hausse des températures était crainte dès les années 1970

Dans l’article évoqué plus haut, écrit par le géographe François Durand-Dastès (une sommité à l’époque en matière d’étude du climat) et qui fut publié en 1971 dans un magazine interne à l’entreprise -soit bien avant que le grand public soit informé sur ces questions-, on retrouve une description claire et précise de ce que crée la combustion d’énergies fossiles.

“Cette opération aboutit à la libération de quantités énormes de gaz carbonique”, peut-on notamment y lire, avec le constat d’une quantité de CO2 en constante augmentation depuis que l’Homme a commencé à avoir recours au charbon et aux hydrocarbures.

Vous pouvez retrouver plusieurs extraits de cette revue dans la vidéo ci-dessous de nos confrères de L’Obs, à partir de 49″:

“Cette augmentation de la teneur en gaz carbonique est préoccupante”, poursuit l’article. “Un air plus riche en gaz carbonique absorbe davantage de radiations et s’échauffe davantage. Il est possible qu’une augmentation de la température moyenne de l’atmosphère soit à craindre”.

Et de lister les conséquences d’une telle situation: “La circulation atmosphérique s’en trouverait modifiée, et il n’est pas impossible, selon certains, d’envisager une fonte au moins partielle des calottes glaciaires des pôles dont résulterait à coup sûr une montée sensible du niveau marin.” L’article ajoute, sans ambiguïté aucune: ”Ses conséquences catastrophiques sont faciles à imaginer.”

Des dénégations et de l’enfumage...

Une présentation des risques encourus par l’exploitation des hydrocarbures qui ne laisse aucune place au doute. Mais qui n’a pas empêché Total de poursuivre dans la même voie. Comme le rapportent les auteurs de l’article publié en ce mois d’octobre chez Global Environmental Change, dans la foulée de ce premier signal d’alerte, le pétrolier n’accordera plus d’importance au sujet climatique. D’ailleurs, aucun article de la teneur de celui paru “Total information” (le magazine interne) ne paraîtra plus au cours des années 1970.

À l’inverse même, l’entreprise met en œuvre une stratégie d’évitement et de défense, mettant en doute (principalement au mitan des années 1980, précisent nos confrères du Monde) toutes les accusations ou interrogations soulevées par la communauté scientifique comme les pionniers de la défense de l’environnement.

Évoquant une incertitude concernant le moment où le dérèglement climatique pourrait se produire, la réalité de son origine humaine et l’ampleur des conséquences pour la planète et l’Humanité, Total s’habitue ainsi à se défausser de toute responsabilité. Et contribue à la “fabrique de l’ignorance”, comme la nomment les chercheurs, par exemple en finançant des études minimisant la réalité du changement climatique.

Au côté des autres acteurs majeurs de l’industrie pétrolière (notamment le géant américain Exxon), elle investit même des sommes considérables pour soutenir des groupes de pression dont le but premier est d’éviter l’implémentation de législations trop contraignantes à travers le monde.

... jusqu’au greenwashing

Après avoir enfin admis la réalité du changement climatique, Total a finalement atteint la phase actuelle de son action, à savoir celle du “greenwashing”, selon les auteurs de l’article. Ce terme anglophone décrit la stratégie de communication des entreprises qui font croire qu’elles agissent de manière bénéfique pour l’environnement et qu’elles font évoluer leurs pratiques alors qu’en réalité, leur impact négatif pour la planète demeure important.

Suivant cette méthode, l’entreprise va insister sur la couleur verte et sur des symboles présentant des cyclistes dans ses visuels de communication, qu’elle va se renommer ”Énergies” pour faire oublier que l’essentiel de son activité repose sur l’exploitation des hydrocarbures (le “s” cherchant à faire croire qu’elle investit autant sur d’autres sources et notamment les renouvelables), qu’elle va faire de grandes promesses en occultant le fait que celles-ci ne portent que sur une part largement minoritaire de l’ensemble de ses activités, etc.

À quelques jours de l’ouverture de la Cop26 (la conférence sur le climat organisée sous l’égide des Nations unies) qui débute à Glasgow le 31 octobre, ces révélations sont édifiantes quant à la manière dont la planète a pu connaître les évolutions si rapides des dernières décennies. Et si la part de responsabilité de chacun des acteurs de l’industrie pétrolière doit encore être pondérée, il n’en reste pas moins que la stratégie de dissimulation et d’influence du géant français est désormais difficile à nier.

À voir également sur le HuffPost: Des scientifiques alertent sur la consommation actuelle des énergies fossiles

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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