L'économie mondiale en 2013: entre espoir et incertitude

Si l'année 2012 a rassuré le petit monde la finance, l'année 2013 sera-t-elle dans son prolongement ou marquera-t-elle au contraire une remontée des risques ?

Comment va évoluer la situation économique en 2013 ? Il suffit de regarder un peu en arrière pour comprendre à quel point la prévision financière est un art difficile. Il y a un an, le très sérieux institut britannique CEBR (Centre for economics and business research), notamment connu pour son classement annuel des plus grandes puissances économiques mondiales, prédisait ainsi que 2012 marquerait le début de la dissolution de l'euro, avec la sortie d'un premier pays, avec une forte baisse de l'inflation. C'était compter sans Mario Draghi, nouveau président de la Banque centrale européenne, et son plan de communication sur l'euro "irréversible" reçu 5 sur 5 par les marchés. L'année 2012 s'est achevée, l'euro a toujours cours légal dans 17 pays et l'inflation ne s'est pas vraiment effondrée. A l'heure où chacun "mouline" ses prévisions pour l'année à venir, la circonspection est donc de mise.



L'optimisme prudent des financiers

Les acteurs du monde de la finance font généralement preuve d'un optimisme tempéré, à l'image de la banque suisse Pictet, pour qui 2013 se présente comme  "un défi porteur d'espoir dans un contexte incertain". Voilà une formulation pour le moins sibylline, qui démontre bien une certaine circonspection ! Certes, après un millésime 2011 marqué par la montée des risques, l'année écoulée a apporté des nouvelles rassurantes, à commencer par la détermination affichée de la Banque centrale européenne et de son "Super Mario" à soutenir coûte que coûte tout pays de la zone euro qui serait en difficultés financières : un simple effet d'annonce qui a fait nettement chuter les craintes d'explosion de la zone euro et explique en partie la bonne tenue des marchés financiers en 2012.

Surtout, pour juger de la situation globale, il faut bien considérer que nous vivons aujourd'hui dans un "monde tripolaire", comme le dit Mathieu L'Hoir, stratégiste d'Axa IM. Car si l'Europe est clairement en zone de récession (Axa IM s'attend pour la zone euro à une contraction de 0,4% de l'économie en 2013, notamment à cause de l'Italie et de l'Espagne) , les Etats-Unis restent en croissance modeste et les pays émergents continuent leur développement à un rythme rapide, des pays comme la Chine ou l'Inde étant attendus à des niveaux de 7 à 8% de croissance économique l'an prochain. Hors d'Europe, quelques bonnes nouvelles surgissent ça et là. Ainsi, aux Etats-Unis, les traces du krach immobilier de 2006, qui avait contribué à la crise des subprimes, semblent aujourd'hui effacées, avec des prix immobiliers qui sont clairement repartis à la hausse cette année, tandis que l'endettement des ménages s'est stabilisé. Reste au pays à régler le problème du fameux "mur budgétaire", ce qui n'est toujours pas fait.



Le monde est toujours en croissance... sans l'Europe

Côté pays émergents, l'élément rassurant vient du fait que, si le manque de dynamisme des pays développés affecte la production industrielle de cette zone, l'économie montre des signes de résistance, grâce à une demande interne qui continue d'augmenter fortement. C'est le signe d'un chômage faible dans ce pays et d'une classe moyenne qui émerge et aspire à une élévation de son niveau de vie.
Alors que les banques centrales ont injecté des masses très importantes de liquidités sur le marché, et maintiennent les taux d'intérêt artificiellement bas, les actifs risqués comme les actions pourraient connaître à nouveau une année favorable en 2013, s'accordent à penser la plupart des observateurs.  C'est somme toute assez logique: à la différence des Etats, les entreprises, notamment européennes, sont en bonne santé financière et celles qui savent exporter bénéficient de la croissance mondiale.



Rivalités et inégalités en hausse

Toutefois, les sources de risques n'ont pas disparu et les politiques monétaires actuelles ont même des effets jugés pervers par certains. Notamment, elles font peser une menace sérieuse sur le secteur de l'assurance-vie : les assureurs sont en effet contraints par certaines réglementations, comme la directive européenne Solvabilité II, à acheter massivement des actifs dits sans risques comme les obligations d'Etat. Or, ceux-ci ne rapportent plus rien et les assureurs courent le risque d'avoir à terme des difficultés pour faire face à leurs engagements vis-à-vis des assurés. Une autre crainte soulevée par certains est que la crise n'incite à un retour du protectionnisme, ce moyen de défense qui avait précisément aggravé la crise de 1929. A vrai dire, le mouvement a commencé et une récente enquête de l'Expansion dénombre plus de 1.600 mesures protectionnistes prises dans le monde depuis novembre 2008, les pays les plus visés étant la Chine, les Etats-Unis, l'Allemagne et la France. Les autorités américaines ont ainsi imposé en 2012 des taxes de 24 à 250% sur les importations de panneaux solaires photovoltaïques chinois pour protéger les fabricants nationaux.

Enfin, les risques les plus importants sur l'économie mondiale sont peut-être d'ordre social, la politique d'injection de liquidités ayant plutôt tendance à exacerber les inégalités. Dans ses "prévisions chocs" pour 2013, Saxo Bank rappelle ainsi que l'Espagne compte 17 millions de chômeurs sur 47 millions d'habitants, et qu'un jeune sur deux y est sans emploi, envisageant l'éventualité que les tensions sociales puissent précipiter une défaillance financière du pays.

En cette aube de l'année 2013, l'économie mondiale semble "sous contrôle", mais elle est plus que jamais sous haute tension.

Emmanuel Schafroth

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