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Faillite bancaire : faut-il s’inquiéter d'une crise financière en France ?

Les marchés financiers tanguent fortement après la faillite de la banque américaine SVB. (Crédit : REUTERS/Brittany Hosea-Small)
Les marchés financiers tanguent fortement après la faillite de la banque américaine SVB. (Crédit : REUTERS/Brittany Hosea-Small) (Brittany Hosea-Small / reuters)

La faillite de la Silicon Valley Bank (SVB), aux États-Unis, est la plus grosse faillite bancaire depuis la crise de 2008. Depuis, les marchés financiers sont nerveux. Le risque de propagation en France est-il à craindre ?

Mettre tous ses œufs dans le même panier peut conduire à la faillite. La Silicon Valley Bank (SVB) en a fait l’amère expérience vendredi 10 mars. La fermeture de la 16e banque américaine par la taille de ses actifs, décidée par les autorités américaines, est la plus grosse faillite bancaire aux États-Unis depuis la crise financière de 2008.

Malgré les déclarations rassurantes des responsables politiques, les investisseurs sont inquiets. Si les craintes de faillites en cascade après l’effondrement de la SVB n’ont pas eu lieu, le contexte reste fragile. Les bourses européennes sont reparties en baisse mercredi et ont plongé à la mi-journée : -10,26 % pour BNP Paribas, -9,89 % pour Société Générale et -6,54 % pour Crédit agricole. La première explication tient à la déroute de Crédit Suisse, après les déclarations de son premier actionnaire excluant de participer à une éventuelle augmentation de capital. De plus, l’agence de notation Moody’s a abaissé sa perspective sur les notes du secteur aux États-Unis après la faillite de la SVB et celle de Signature Bank, deux jours plus tard. La situation est-elle inquiétante ?

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VIDÉO - Faillite de la banque SVB : Joe Biden et les Européens tentent de rassurer

Le risque de contagion avec les marchés européens et français ne serait pas à craindre, selon trois spécialistes de la finance interrogées. “La faillite de la SVB est d’abord et avant tout un problème de gestion de la banque, qui en termes de source de fonds dépendait beaucoup d'un seul secteur, celui de la Tech, qui s’est vu très exposé au moment de la hausse des taux d’intérêt, nous explique Anne-Claire Bennevault, fondatrice de bnvlt.com et spak.fr. Elle détaille : “Le premier élément déclencheur de la faillite de la SVB est qu'elle détenait 50% des dépôts des entreprises de la Tech américaine, donc ses sources n’étaient pas très diversifiées. Le deuxième est qu'elle a investi l’ensemble de ces dépôts sur des obligations américaines bloquées 10 ans, dont la valeur dépend des taux d'intérêt. Or, avec la hausse des taux d'intérêt, la valeur des obligations a baissé.”

Le piège du "bank run"

La hausse des taux d'intérêts a aussi impacté les financements des entreprises : les levées de fonds ont notamment été plus compliquées et les entreprises ont dû trouver d'autres sources de financement, en piochant dans leurs dépôts. Mais cet argent déposé ayant été investi, il n'était plus disponible. “Pour faire face à la demande, la SVB a dû revendre les obligations d’État, mais avec une très forte décote”, note Yamina Tadjeddine Fourneyron, professeure d’économie de l’université de Lorraine et directrice adjointe du BETA (Bureau d’Economie Théorique et Appliquée). Achetées alors que les taux d'intérêt étaient très bas, les obligations ont donc été revendues à perte.

Comme un effet boule de neige, ces deux élément ont fait souffler un vent de panique outre-Atlantique. Les entreprises et dirigeants de start-up, qui se sont passé le mot, ont tous voulu retirer leur argent en même temps, ce qui a provoqué la faillite de la banque. Le principal risque en cas de panique bancaire est en fait celui de la prophétie autoréalisatrice, aussi appelé "Bank run". “Les paniques bancaires qui poussent les gens à faire la queue pour retirer leur dépôts en banque est un mécanisme qui automatiquement provoque la faillite, note Yamina Tadjeddine Fourneyron. Par notre action, on produit l’évènement que l’on craignait”.

Pour contrer ce phénomène très puissant, "il faut activer des coupes-circuit très tôt, ajoute-t-elle. Cela passe par l’assurance dépôt qui a été activée vendredi aux Etats-Unis (les épargnants avaient la possibilité de retirer leur argent à hauteur de 250 000 dollars), ou le rachat des obligations détenues par les institutions financières au prix auquel elles les avaient achetées".

Des schémas différents en France

“Sur le volet des taux d’intérêt, on peut considérer qu'il y a un risque de contagion, souligne le Pr Yamina Tadjeddine Fourneyron. La Banque centrale européenne (BCE) a, comme la Fed (la banque centrale américaine) augmenté les taux d’intérêt. On peut, dans ce cas-là, faire une association d'idées, mais ce ne serait pas voir la spécificité de la SVB”. La spécialiste poursuit : “Déjà la bulle technologique est beaucoup moins présente en Europe. Les institutions financières françaises ont été particulièrement prudentes quant à investir très fortement ce secteur-là. Et puis on a une réglementation plus astreignante pour les banques (ratio de fonds propres, de solvabilité et de liquidité).”

De plus, une assurance-dépôts a été mise en place à l’échelle de l’Europe après 2008, qui permet de protéger les clients en cas de défaillance de leur banque, jusqu’à 100 000 euros par déposant et par établissement. “Les grands groupes bancaires ne peuvent être protégés qu’au niveau de l’Europe de par la taille de leurs actifs, souligne Yamina Tadjeddine Fourneyron. Par exemple, les actifs de BNP Paribas correspondent au PIB de la France.” Même constat pour Bérangère Dubus, Secrétaire Générale de l’Union des Intermédiaires de Crédit (UIC) : “Il n’y a pas de crainte à avoir du côté de l’épargne des Français : nos banques sont fiables, les schémas d’investissement ne sont pas les mêmes et les avoirs sont garantis”.

Quant au parallèle avec la crise financière de 2008, “il faut éviter le mélange des genres”, souligne Anne-Claire Bennevault. “À l’époque, c’était un problème de solvabilité de la banque (Lehman Brothers ndlr), ce qui n’a rien à voir avec ce qu'il se passe aujourd'hui.”

Pour éviter tout effet de contagion, la Fed a mis en place une ligne de financement d'urgence pour les banques avec des conditions très favorables. Reste à savoir maintenant si elle va opérer un virage à 180 degrés dans sa politique monétaire, en décidant de ne plus relever aussi fortement les taux dans un souci de stabilité financière, ou si elle va poursuivre sa lutte contre l’inflation. La prochaine réunion de l’institution se tiendra les 21 et 22 mars. De son côté, la BCE réunira son conseil des gouverneurs jeudi 16 mars et devrait évoquer ces sujets.

VIDÉO - Faillite de Silicon Valley Bank (SVB) : quels sont les risques de contagion ?