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La Convention climat juge sévèrement la prise en compte de ses propositions par le gouvernement

C.M.
·3 min de lecture
Le président Emmanuel Macron lors d'une rencontre avec les membres de la Convention pour le Climat le 14 décembre 2020 à Paris - Thibault Camus © 2019 AFP
Le président Emmanuel Macron lors d'une rencontre avec les membres de la Convention pour le Climat le 14 décembre 2020 à Paris - Thibault Camus © 2019 AFP

Nettement sous la moyenne. La Convention citoyenne pour le climat (CCC), chargée par Emmanuel Macron de proposer des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre, s'est achevée dimanche sur un jugement sévère pour l'exécutif.

Appelés à voter pour évaluer si les "décisions du gouvernement relatives aux propositions de la CCC" permettraient de "s'approcher de l'objectif (fixé par le gouvernement, ndlr) de diminuer d'au moins 40% (par rapport à 1990) les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 dans un esprit de justice sociale", les membres de la Convention ont sorti le stylo rouge : la moyenne est de 2,5 sur 10 seulement.

La thématique "se loger" a obtenu une moyenne de 3,4 sur 10, "produire et travailler", "se nourrir" et "se déplacer" 3,7 chacune, consommer 4, et les propositions sur la gouvernance 4,1, dans une série de votes organisés lors de la dernière session de cette convention, exercice de démocratie participative inédite en France.

Les participants à cet exercice de démocratie participative, inédit à cette taille en France, ont toutefois estimé majoritairement (à 6 sur 10) que la CCC avait été "utile à la lutte contre le changement climatique" et que "le recours aux conventions citoyennes (était) de nature à améliorer la vie démocratique de notre pays" (7,7 sur 10).

Dernière session

Sur les 150 "citoyens" initialement tirés au sort, 119 étaient inscrits pour ce vote final, lors d'une session tenue par visioconférence, crise sanitaire oblige.

Peu de mesures ont obtenu la moyenne. La réforme de l'article 1er de la Constitution pour y introduire la lutte contre le changement climatique par exemple a recueilli la note de 6,1.

Mais la traduction d'autres objectifs emblématiques de la CCC a été durement jugée: "limiter les effets néfastes du transport aérien" a obtenu 2,8 de moyenne, ou l'introduction dans le droit d'un délit "d'écocide", amoindri par rapport à la proposition de la Convention, avec une note de 2,7.

"Pourquoi le président n'a pas voulu tenir compte de notre avis, je ne sais pas, la démocratie participative, c'est fait pour écouter le peuple", a regretté Mathieu (les citoyens étant désignés par leurs seuls prénoms).

Convention créée après la crise des gilets jaunes

Emmanuel Macron avait décidé de créer la CCC au sortir de la crise des gilets jaunes, née d'une taxe carbone sur les carburants perçue comme injuste. Sa mission: proposer des mesures permettant de "diminuer d'au moins 40% (par rapport à 1990) les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 dans un esprit de justice sociale".

Démarrée en octobre 2019, la CCC a remis en juin, au terme d'un calendrier bouleversé par le Covid, 149 propositions au président de la République, qui en a rejeté trois et s'était engagé à transmettre les autres "sans filtre".

Le gouvernement comptabilise 75 mesures mises en oeuvre et 71 en voie de l'être. Certaines ont trouvé place dans le plan de relance ou le budget, d'autres dans des décrets et une quarantaine dans le projet de loi Climat et résilience, qui sera débattu à l'Assemblée fin mars.

Des résultats "attendus"

"Ça n'est pas surprenant, c'est quelque chose à quoi on s'attendait," a commenté une source au ministère de la Transition écologique après cette conclusion. Sur certaines mesures, comme l'écocide, "les divergences étaient clairement assumées", a-t-elle relevé.

Cette source a en revanche regretté qu'un bloc de 15 à 20 votes "zéro" systématiques ait rendu l'analyse précise des résultats moins facile. Un vote systématique qui a également été critiqué par certains membres de la convention.

"Il y a forcément de la déception," a conclu le réalisateur Cyril Dion, qui avait milité pour cette convention et en était un "garant", tout en louant le "travail extraordinaire qui a été fait" par ses membres. Le député Matthieu Orphelin, ex-LREM et proche de Nicolas Hulot, a estimé que "les 150 citoyens punissent très fortement (et très logiquement) l'inaction et le manque d'ambition de l'exécutif".

Article original publié sur BFMTV.com