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Trains : pourquoi les prix des billets SNCF devraient encore augmenter

Un automate pour acheter des billets de trains SNCF, dont le prix devrait encore augmenter en 2024 (Crédits : Getty Images). (Getty Images)

Le péage ferroviaire va augmenter en 2024 et tirer le prix des billets vers le haut. On vous explique pourquoi.

C’est un dispositif peu connu du grand public, qui se répercute sur les prix des billets de train. Le péage ferroviaire va augmenter en 2024, ce qui devrait renchérir les tarifs de la SNCF, qui ont déjà augmenté de 5% en 2022, selon les chiffres communiqués par l’entreprise.

De quoi s’agit-il ?

En France, le réseau ferroviaire, les voies et les infrastructures, sont gérées par SNCF Réseau. Pour utiliser les voies, elle fait payer une redevance aux compagnies de train, dont la plus connue est sûrement SNCF Voyageurs, aux côtés de Thalys, Eurostar, Lyria... C’est une taxe pour pouvoir utiliser les voies, qui sert à compenser les frais de SNCF Réseau. Elle va augmenter de 8% environ en 2024, comme l’a validé l’Autorité de régulation des transports (ART) le 9 février 2023, et devrait continuer sa hausse en 2025 et 2026.

"Cette taxe est fixée par SNCF Réseau, sous réserve d’une validation de l’ART, en prenant en compte les coûts d’entretien du réseau, et la capacité des entreprises ferroviaires à payer", explique Patricia Pérennes, économiste des transports au cabinet Trans-Missions. "Les matières premières de construction et l’énergie, dont SNCF Réseau a besoin pour les chantiers d’entretien des voies, ont subi une forte inflation, dont les coûts ont augmenté et elle le répercute sur cette redevance", poursuit l’experte ferroviaire.

Est-ce une spécificité française ?

Oui, car en France, l’Etat a choisi que l’entretien et la rénovation du réseau soit "à 100% financé par les péages", tandis que d’autres pays européens injectent des subventions qui viennent compléter les revenus tirés des redevance, note Patricia Pérennes. "Le réseau ferroviaire français est bien moins subventionné que ceux de nos voisins européens".

Selon l'Independent Regulators' Group-Rail (IRG), un réseau qui regroupe les autorités de régulation de 31 pays européens, le prix des péages est deux fois plus élevé en France qu'en Allemagne ou dans le reste de l'Europe en moyenne (8,19 euros par kilomètre contre respectivement 3,66 et 3,76). Or ces redevances pèsent sur le prix final du billet payé par le voyageur.

Cela se répercute-t-il systématiquement sur le voyageur ?

Non, car il y a des différences entre le réseau TER et Transilien et le réseau TGV. Les premiers sont subventionnés par les régions : "le prix payé par un voyageur en TER ou Transilien couvre en général 25% du coût, le reste est financé par les collectivités", expose Patricia Pérennes.

D’après un rapport de la Commission européenne, l’Etat français (et donc le contribuable) paie 27 euros par kilomètre parcouru en train, contre 16 en Belgique, et 8 en Allemagne par exemple.

Le TER un peu épargné, avec des écarts entre les régions ?

Les régions devront donc arbitrer pour voir comment elles vont répercuter cette hausse de 8% du péage ferroviaire sur les usagers. Un choix politique donc, même si elles devront aussi appliquer un principe de réalité économique, car ce ne sont pas les régions qui fixent le montant des impôts qui constituent leurs recettes, mais l’Etat.

"Cela risque d’être très différent d’une région à l’autre, certaines vont peut-être répercuter et d’autres non. Elles peuvent aussi décider de diminuer le nombre de trains pour ne pas augmenter les coûts", envisage Patricia Pérennes.

Le TGV coûtera certainement plus cher

Mais cela n’est pas valable pour le TGV, qui n’est pas subventionné par l’Etat. Comme toute entreprise, SNCF Voyageurs devrait donc répercuter cette hausse du péage sur son prix final, sauf à essayer de rogner ses marges ou ses frais, après avoir réalisé des bénéfices records en 2022. Mais cela semble peu probable car la SNCF s’est engagée auprès de l’État, son actionnaire, à retrouver l’équilibre financier en 2024.

Quant aux demandes du gouvernement qui voudrait un "bouclier tarifaire" sur le train, elles risquent de rester lettre morte selon l’experte ferroviaire. "L’Etat n’a pas de tutelle sur la SNCF, il ne peut qu’exercer une pression politique, en tant qu’actionnaire unique".

En outre, le système de prix de la SNCF est complexe, et il est difficile de mesurer précisément les hausses de prix subies par les usagers. D’après l’Insee, le "coût de transport de passager par train" a augmenté de 9,9 % entre septembre 2022 et septembre 2021.

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