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Le Tchad plongé dans la plus grande incertitude après la mort de Déby

par Madjiasra Nako et Mahamat Ramadane
·4 min de lecture
LE TCHAD PLONGÉ DANS LA PLUS GRANDE INCERTITUDE APRÈS LA MORT DE DÉBY

par Madjiasra Nako et Mahamat Ramadane

N'DJAMENA (Reuters) - Le fils d'Idriss Déby a pris mercredi au Tchad les fonctions de président et de commandant en chef des armées alors que des rebelles menacent de marcher sur N'Djamena et que l'opposition dénonce un coup d'Etat, plongeant le pays dans la plus grande incertitude.

Idriss Déby, qui avait 68 ans et dirigeait le Tchad depuis trente ans, a été mortellement blessé lundi dans un accrochage avec les insurgés du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT), formé en 2016 par des officiers militaires dissidents.

Sa mort, alors même qu'il devait être déclaré vainqueur d'un sixième mandat lors de l'élection présidentielle du 11 avril, a fait l'effet d'un électrochoc dans le pays et soulève des inquiétudes chez les alliés occidentaux du Tchad, France et Etats-Unis en premier lieu, qui s'appuient sur l'armée tchadienne dans la lutte contre les groupes djihadistes au Sahel.

L'armée a annoncé mardi en même temps que la mort d'Idriss Déby la nomination de son fils Mahamat Idriss Déby, âgé de 37 ans, comme président par intérim.

Mahamat Idriss Déby a consolidé sa position mercredi, le conseil militaire de transition publiant une nouvelle charte censée remplacer la Constitution du pays et lui conférant les fonctions de président et de commandant en chef des armées.

S'exprimant publiquement pour la première fois depuis sa prise de fonction, Mahamat Idriss Déby a déclaré que l'armée voulait rendre le pouvoir à un gouvernement civil et organiser des élections libres et démocratiques dans 18 mois.

Le conseil militaire n'a pas l'ambition de gouverner le pays seul, a-t-il assuré dans un discours posté sur le site de la présidence, et travaillera pour consolider la démocratie, assurer la paix et la stabilité, garantir la sécurité et l'intégrité du territoire national.

L'armée a également annoncé la réouverture des frontières du Tchad, fermées après la mort d'Idriss Déby.

Les rebelles du FACT avaient prévenu dès mardi soir qu'ils poursuivraient leur offensive vers N'Djamena.

"Le Tchad n'est pas une monarchie", avait déclaré le groupe rebelle dans un communiqué.

"UN COUP D'ETAT INSTITUTIONNEL"

Le groupe insurgé basé en Libye, qui a franchi la frontière nord du pays après avoir attaqué un poste militaire le 11 avril, se trouve désormais dans la région du Kanem, à 200 à 300 km au nord de N'Djamena, la capitale où, comme a pu le constater un journaliste de Reuters, les rues étaient calmes et désertes mercredi.

Le FACT a revendiqué la responsabilité des blessures qui ont coûté la vie lundi au défunt chef de l'Etat, qui avait l'habitude de rejoindre ses troupes sur la ligne de front et en tenue de combat.

Idriss Déby a été blessé par des tirs dans le village de Mélé, près de la ville de Nokou située à plus de 300 km au nord de N'Djamena, où il a été évacué et où il est décédé, a déclaré un porte-parole du FACT ayant requis l'anonymat.

"Nous ne voulons pas prendre le pouvoir pour conserver le pouvoir. Notre objectif est que les transitions démocratiques deviennent une réalité", a affirmé ce porte-parole.

Les opposants politiques, dont beaucoup ont boycotté l'élection présidentielle du 11 avril, ont également appelé au rétablissement d'institutions civiles, condamnant un "coup d'Etat institutionnel conduit par des généraux".

Dans une déclaration signée par leur porte-parole Mahamat Bichara, ils ont appelé à une transition civile et à un retour à l'ordre constitutionnel.

Avec Idriss Déby, les Occidentaux perdent un allié précieux dans la lutte contre les groupes djihadistes au Sahel, à commencer par la France, qui compte 5.100 hommes dans la région dans le cadre de l'opération Barkhane, dont la principale base est à N'Djamena.

L'Elysée a déploré mardi la perte d'un "ami courageux" de la France et le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a annoncé mercredi qu'Emmanuel Macron se rendrait aux obsèques du président tchadien prévues en fin de semaine.

Les autorités ont imposé un couvre-feu nocturne et décrété un deuil national de quatorze jours.

L'organisation Human Rights Watch a déclaré dans un communiqué que "les conséquences potentiellement explosives de la mort du président Déby ne peuvent être sous-estimées - à la fois pour l’avenir du Tchad et de toute la région", tout en déplorant que les Occidentaux aient fermé les yeux pendant des années sur la répression et les violations des droits sociaux et économiques dans le pays au nom de la lutte contre le terrorisme.

(Version française Lucinda Langlands-Perry et Jean-Stéphane Brosse)