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Comment nos ministres gèrent-ils leur patrimoine ?

Patrimoine des ministres-2013

Dans quelques années, la publication du patrimoine des ministres passera sans doute quasi-inaperçue, car devenue une norme admise comme elle l'est déjà dans de nombreux pays. Mais pour cette première fois, qui intervenait de surcroît dans un contexte de crise, l'effet d'annonce était garanti ! Et comme souvent, le buzz s'est concentré sur le futile plus que sur l'essentiel (la 4L d'une valeur de 400 euros déclarée par Cécile Duflot, par exemple). Il y a pourtant des enseignements sans doute plus intéressants à tirer de cette publication, d'autant qu'elle s'est faite dans l'urgence, ne laissant pas aux intéressés le temps de "toiletter" leur patrimoine pour le rendre plus présentable. Pour paraître meilleur gestionnaire, le premier ministre Jean-Marc Ayrault serait ainsi bien avisé de rembourser par anticipation ses 4.600 euros d'encours de prêts à la consommation, dont les taux sont généralement élevés, ce que les quelques 110.000 euros de liquidités qu'il détient avec son épouse permettent aisément.


Une aisance financière très au-dessus de la moyenne

Le premier enseignement est que nos ministres n'apparaissent pas vraiment représentatifs de toutes les couches de la société française, malgré une assez grande diversité de patrimoine. Le rapport est en effet de 1 à 60 entre celui de Najat Vallaud-Belkacem, ministre la plus modeste financièrement parlant (à peine plus de 100.000 euros de patrimoine) et les 6 millions d'euros déclarés par Laurent Fabius, qui fait la course en tête. Sept ministres ont un patrimoine net (actifs possédés diminués des dettes) supérieur à un million d'euros et seuls deux sur 38 (Delphine Batho et Najat Vallaud-Belkacem) ont une surface financière inférieure au patrimoine médian des Français (113.500 euros, selon l'INSEE). Ce manque de représentativité se retrouve dans les professions déclarés par les ministres. En n'en déclarant aucune, 14 s'avouent de facto des professionnels de la politique, tout comme les sept ayant tout simplement répondu "ministre" à la question. Une dizaine d'autres déclarent exercer dans la fonction publique (dont cinq enseignants et deux conseillers à la Cour des comptes) et on compte deux médecins et trois avocats.


L'immobilier, pierre angulaire des patrimoines ministériels

L'aisance financière de nos ministres ne signifie pas forcément que la politique rend riche et le patrimoine de Laurent Fabius ou celui de Michèle Delaunay, sa "dauphine" avec 5,2 millions d'euros de patrimoine net, proviennent en grande partie d'héritages. Mais ce qui reste le plus intéressant est la composition du patrimoine de nos gouvernants. Elle est assez binaire : de l'immobilier et du cash ! Les biens fonciers représentent à eux seuls 71% du patrimoine brut des 38 ministres (seuls quatre d'entre eux n'ont aucun bien immobilier). Laurent Fabius détient ainsi un appartement parisien et deux maisons (en Haute-Normandie et en Ariège) pour une valeur totale de près de 3,9 millions d'euros. Michèle Delaunay déclare quant à elle quatre biens immobiliers en région Aquitaine. Son patrimoine inclut aussi des terres agricoles, comme ceux de Michel Sapin, Victorin Lurel ou Christiane Taubira. De leur côté, les liquidités (comptes de dépôts et livrets) comptent pour 10% du patrimoine brut moyen des ministres : une proportion qui grimpe beaucoup plus haut pour les plus petits patrimoines (l'argent immédiatement disponible représente ainsi 76% du patrimoine déclaré par Najat Vallaud-Belkacem).


Des gouvernants fâchés avec les actions

Cette structure patrimoniale propre à nos ministres laisse peu de place pour les placements financiers. Si l'assurance-vie est le placement préféré des Français, elle n'est pas celui des ministres, qui y consacrent en moyenne 4% de leur patrimoine seulement. Seule Yamina Benguigui y a consacré une part très significative de ses avoirs (68%) et 18 ministres n'ont aucun investissement de ce type. Les placements à risque comme les actions, cotées ou non, sont encore plus rares au sein du gouvernement. Seuls cinq d'entre eux déclarent posséder des valeurs mobilières non cotées dont Laurent Fabius, qui a investi une très faible partie de son patrimoine dans deux Fonds communs de placement dans l'innovation (FCPI), avec une finalité visiblement plus fiscale que réellement patrimoniale, ou Yamina Benguigui, qui a en quelque sorte pactisé avec la finance ennemie de Hollande en s'associant avec Marc Ladreit de Lacharrière au sein de la société de production Elemiah. Une dizaine de ministres ont des investissements en titres cotés mais les montants restent souvent très symboliques, comme le PEA à 80 euros de Yamina Benguigui, et sont même parfois le fruit d'investissement subis plus que choisis, comme les quelques 900 euros détenus par Marie-Arlette Carlotti en actions EADS, son ancien employeur, dans le cadre d'un plan d'épargne salariale. Seule Michèle Delaunay peut revendiquer une vraie diversification de son patrimoine vers des actifs cotés via un PEA, un PERP et divers comptes titres. On peut déduire de ces donnés que nos gouvernants ont une aversion assez prononcée pour le risque alors qu'on les aimerait plus audacieux dans la situation actuelle. Il y a au moins un point sur lequel ils contribuent à l'économie française... la voiture. Si Jean-Yves Le Drian roule japonais et italien, si Michèle Delaunay affiche un penchant pour les allemandes, 23 des 28 ministres propriétaires de voitures peuvent se targuer de rouler français. Et sur les 43 véhicules déclarés, on dénombre 18 Renault, 4 Citroën et 8 Peugeot, dont la 407 d'Arnaud Montebourg. Le chantre du "made in France" est en l'occurrence un cordonnier bien chaussé.



Emmanuel Schafroth

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