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Bitcoin : fausse monnaie, vrai krach ?

Emmanuel Schafroth
Emmanuel Schafroth
Est-ce la fin du bitcoin ?

Combien vaudra le bitcoin dans un an ? "Ce sera quelque part entre 20 et 1.000 dollars", répondait en avril 2013 Mark Karpèles, le "geek" français exilé au Japon et à la tête de MtGox, la plus importante plateforme d'échange de cette monnaie virtuelle mondiale.

La question qui se pose aujourd'hui est de savoir combien vaut sa société et la réponse est sans doute : entre zéro et zéro !

MtGox s'est en effet placée sous la protection de la loi japonaise sur les faillites, après avoir été victime, semble-t-il, du "casse" électronique du siècle : les 850.000 bitcoins gérés par la plateforme ont tout simplement disparu, ce qui représente une valeur approchant les 500 millions de dollars. Et en lieu et place du site internet d'échanges, il n'y a plus qu'un message laconique dudit Mark Karpèles, qui tient à "rassurer tout le monde" en indiquant qu'il "travaille dur" pour trouver une solution au problème. Si vous êtes rassuré, c'est sûrement que vous n'avez pas acheté de bitcoins chez lui !

 

A quoi sert une monnaie ?

Mais en vérité, qu'est-ce donc que ce fameux bitcoin et le terme de "monnaie" est-il adéquat pour le désigner ? Cela nous amène d'abord à nous demander ce qu'est fondamentalement une monnaie. Une monnaie sert de valeur de référence pour des échanges de biens et de services et si l'on en conserve avec soi, c'est bien pour stocker une réserve de valeur, un pouvoir d'achat. On va donc avoir tendance à utiliser comme monnaie une chose dont on sait que la valeur va être stable dans le temps.

Longtemps c'est l'or qui a rempli cette fonction et les premières monnaies furent frappées dans ce métal. A vrai dire, c'était encore le cas dans de nombreux pays jusqu'à une période récente. Entre 1945 et 1971 était en vigueur un système monétaire international connu sous le nom de Bretton Woods. La valeur du dollar est alors directement liée à l'or et les principales monnaies ne peuvent fluctuer que dans de très faibles proportions vis-à-vis du dollar. La situation est différente aujourd'hui mais si la valeur d'une monnaie comme l'euro n'est plus liée à celle d'un actif tangible comme l'or, elle se fonde sur la stabilité relativement importante d'un groupe de pays qui constitue une des principales puissances économiques de la planète.

Le problème de base du bitcoin est que sa valeur ne repose sur rien et qu'il vaut après tout, comme le disait Mark Karpèles dans l'interview déjà citée plus haut, que ce que les gens sont prêts à payer pour lui. Si le bitcoin est apparu en 2009, on ne sait même pas vraiment qui l'a inventé, son créateur officiel et prétendument japonais, Satoshi Nakamoto, semble surgi de nulle part et il s'agit sans doute d'un pseudonyme utilisé par une ou plusieurs personnes. Pourquoi ce nouveau concept a-t-il eu tant de succès ? La mauvaise image des financiers depuis la crise des subprimes, savamment entretenue par certains propos politiques la désignant comme l'ennemi, n'y est sans doute pas étrangère.

 

Le bitcoin, trop instable pour être fiable

Echappant à tout contrôle et à toute régulation, le bitcoin est devenu un symbole de liberté et a connu un engouement massif. De 5 dollars environ début 2012, le cours du bitcoin s'est envolé, jusqu'à dépasser les 1.000 dollars, attirant nombre de "traders en bitcoins" autoproclamés. De nombreux investisseurs spéculent déjà sur le marché des changes, c'est-à-dire sur l'évolution de la valeur relative entre monnaies. Certains se sont laissés tenter par le bitcoin, justement parce qu'il offre une volatilité supérieure à celle des autres monnaies, c'est-à-dire une variation plus rapide de son prix.

Mais c'est bien aussi cette volatilité qui empêche d'en faire une vraie monnaie : les bitcoins achetés 600 dollars un jour peuvent ne plus valoir que 450 dollars le soir même. Voire zéro s'ils étaient conservés chez MtGox ! La crise du bitcoin peut au moins faire sourire sur un point : c'est sans doute la première fois qu'on voit des traders manifester, à l'image d'un certain Kolin Burges brandissant sa pancarte demandant "où est notre argent ?" devant le siège londonien de MtGox. On a envie de lui rétorquer qu'il n'est pas anormal de se retrouver sans rien quand on spécule sur du néant.

 

Le début de la fin ?

Pour le bitcoin, dont la valeur a déjà chuté de moitié par rapport à ses plus hauts, l'affaire MtGox est peut-être le début de la fin, ce qui ne veut pas dire que ce type de monnaie électronique n'a aucun avenir. Dans une récente tribune, Lars Seier Christensen, co-fondateur de Saxo Bank, rappelle que la matière l'interdiction du bitcoin par la Chine et la Russie n'est que le début d'une mise hors-la-loi plus générale mais souligne aussi que de nombreux autres projets similaires existent. "Tout ce qui peut être régulé dans la sphère financière sera régulé", rappelle-t-il. Faute d'une telle régulation, les monnaies électroniques resteront l'apanage de quelques joueurs. Or, c'est bien leur adoption par tous qui peut conforter leur statut de monnaie. Celle qui saura trouver sa voie vers le grand public sera peut-être, demain, une monnaie de référence mondiale. Qui sait ?

 

Emmanuel Schafroth