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Giscard, l'ancien président devenu bâtisseur auvergnat

Jules Pecnard
·5 min de lecture
Valéry Giscard d'Estaing dans le Puy-de-Dôme, en octobre 1997  - AFP / Philippe Desmazes
Valéry Giscard d'Estaing dans le Puy-de-Dôme, en octobre 1997 - AFP / Philippe Desmazes

C'est un phénomène unique sous la Ve République. Aucun de ses présidents, après avoir quitté l'Éysée, certains pour des raisons de santé, n'ont fait le choix de se relancer dans le jeu politique local. Valéry Giscard d'Estaing est l'exception qui confirme la règle. Moins d'un an après avoir perdu l'élection présidentielle de 1981 face à François Mitterrand, le désormais ex-chef de l'État a été élu conseiller général du Puy-de-Dôme, en février 1982.

Remonter depuis le "bas" de l'échelle, tel était l'objectif de ce président ayant pourtant conçu une singulière amertume de sa défaite après un seul septennat. Il aurait pu se contenter d'un destin de dignitaire, d'intellectuel ou de conférencier prestigieux. Valéry Giscard d'Estaing cultivait toutefois un enracinement qui ne s'est jamais démenti. Cela a en partie compensé une image d'aristocrate de la politique, aux succès souvent associés d'abord à son engagement européen et à ses réformes sociétales.

Élu depuis 1956

Bien avant de briguer la magistrature suprême au printemps 1974, Valéry Giscard d'Estaing a lié sa carrière politique à un territoire, celui de l'Auvergne, dans le département du Puy-de-Dôme, donc. Son premier mandat, il l'a obtenu alors que la IVe République existait encore. Il a été élu député en janvier 1956 sous l'étiquette du CNIP, le Centre national des indépendants et paysans, parti conservateur et libéral dont il a fini par claquer la porte pour créer son propre mouvement.

Valéry Giscard d'Estaing, dont l'arrière-grand-père et le grand-père ont tous deux été députés du Puy-de-Dôme, l'a lui-même été pendant près de 20 ans. Son mandat s'est interrompu à plusieurs reprises, au gré de ses fonctions ministérielles ou nationales.

En plus d'avoir été député, comme beaucoup d'hommes politiques de son temps, il a cumulé avec des mandats de conseiller général, puis européen, puis régional, et surtout de maire de Chamalières. C'est depuis cette commune d'environ 18.000 habitants qu'il a déclaré sa première candidature à l'élection présidentielle. Durant son bail à l'Élysée, il a veillé à ne pas délaisser son fief, d'où notamment le "plan Massif central" décrété en 1975, dont les résultats sont mitigés mais qui avait pour but de désenclaver la région.

Ancrage

La plupart de nos présidents ont eu similaire attache à un territoire, qu'il s'agisse de François Mitterrand dans la Nièvre, de Jacques Chirac et François Hollande en Corrèze, voire même de Nicolas Sarkozy dans les Hauts-de-Seine. Et quand bien même ce dernier, plus encore que Valéry Giscard d'Estaing, a opéré un retour sur la scène nationale qui s'est soldé par un échec, Nicolas Sarkozy n'a jamais envisagé de passer par l'étape Neuilly.

Or non seulement Valéry Giscard d'Estaing se fait réélire conseiller général du Puy-de-Dôme, mais en 1984, trois ans après sa défaite, il vise à récupérer son siège de député, dans le fief de Rochefort-Montagne. Après l'avoir emporté, il retrouve dans l'hémicycle son vieux rival Jacques Chirac, président du RPR. Son arrivée à l'Assemblée nationale en Peugeot verte, immatriculée 63, devient un événement national.

Deux ans plus tard, en 1986, alors que la droite et le centre retrouvent le pouvoir à l'issue des élections législatives, Valéry Giscard d'Estaing est élu président... du conseil régional d'Auvergne. Il le sera pendant 18 ans sans interruption, jusqu'à ce qu'il soit délogé de ce perchoir en 2004 par le socialiste Pierre-Joël Bonté. Peut-être plus encore que sa défaite de 1981, celle-ci laissera une profonde amertume.

"J’ai quand même été étonné que les Auvergnats ne soient pas plus conscients de ce qui avait été fait pour changer leurs conditions de vie et de travail", a-t-il expliqué des années plus tard au quotidien local La Montagne.

Volcans et rancune

Cette blessure intime s'explique par les réalisations qu'il a laissé derrière lui, qu'il s'agisse du réseau autoroutier, de la modernisation des lycées auvergnats ou de la construction de la Grande Halle de Cournon, puis du Zénith d'Auvergne en 2003.

En 1995, Valéry Giscard d'Estaing a tenté de prendre la ville de Clermont-Ferrand, détenue depuis le XIXe siècle par la gauche. Elle lui a échappé d'à peine 600 voix. C'est donc réellement à la tête de la région que l'ex-président a continué d'imprimer sa marque. Il soutient le développement économique local avec une politique de grands projets et de formation. Il crée le parc Vulcania, surtout, et bâtit une stratégie touristique de long terme autour des volcans ensommeillés de la région.

Après sa défaite de 2004, il rend définitivement son tablier d'Auvergnat. Il vend son château de la Batisse, à Chanonat, pour racheter celui d'Estaing, dans l'Aveyron, où il a commencé à vivre à partir de 2005. Une véritable rupture, illustrée par des mots très durs vis-à-vis de ses anciens électeurs:

"Il y a des pays où les gens dans la rue sourient, on voit des visages souriants. À Clermont, non. Vous avez des visages fermés. Les Aveyronnais, ce sont des Auvergnats souriants. Moi je préfère être au milieu de gens souriants", a-t-il confié à La Montagne en 2014. C'est dire s'il avait la rancune tenace.

Article original publié sur BFMTV.com