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"Révolution" chez Renault, qui sépare et introduira en Bourse ses voitures électriques

Le constructeur automobile français Renault a présenté mardi une réorganisation profonde dans le but d'attirer les investisseurs dans l'électrique, à l'instar d'autres constructeurs ayant besoin de financer des milliards d'euros pour le virage électrique voulu dès la prochaine décennie par l'Europe.

Sa nouvelle filiale baptisée "Ampere" --sans accent-- rassemblera 10.000 salariés en France pour produire un million de véhicules électriques sous marque Renault à horizon 2031, a annoncé le groupe lors d'une journée dédiée aux investisseurs à Paris.

Ampere produira notamment les nouvelles Renault 5 et Renault 4 dans les Hauts-de-France.

Cette filiale se veut aussi étincelante que Tesla: elle vise plus de 30% de croissance annuelle dans les huit prochaines années et l'équilibre financier en 2025.

L'Américain Ford a aussi annoncé la création d'une filiale électrique, "Model E", tandis que l'Allemand Volkswagen a lancé en Bourse sa marque Porsche pour financer son électrification.

Mais Renault veut jouer à la fois sur un futur électrique et sur la persistance des moteurs thermiques hors de l'Union européenne, zone la plus ambitieuse sur le climat et où les seules voitures neuves autorisées à la vente en 2035 devront ne produire aucune émission de gaz à effet de serre.

- Financer l'électrique -

Renault va donc s'associer à 50/50 au géant chinois Geely, déjà propriétaire de Volvo Cars, dans une nouvelle filiale appelée "Horse", et qui produira des moteurs, des boîtes de vitesses et des systèmes d'hybridation destinés aux voitures thermiques (essence et diesel) et hybrides.

Cet attelage franco-chinois comptera 19.000 employés en Europe (Espagne, Roumanie et Suède), en Chine et en Amérique du Sud, avec 17 usines et cinq centres de R&D. Son chiffre d'affaires, estimé à plus de 15 milliards d'euros, devrait croître de 4% jusqu'en 2027.

Une nouvelle entité, "Power" (puissance) rassemblera toutes les activités thermiques et hybrides du Losange: la filiale "Horse", mais aussi les voitures non électriques de la marque Renault, ses utilitaires et Dacia.

Ce nouveau volet de son plan stratégique, appelé "Révolution", doit amener Renault à une marge opérationnelle supérieure à 8% au niveau du groupe, en 2025 et supérieure à 10% en 2030.

Alors qu'elle visait sous Carlos Ghosn à "pousser de la tôle", Renault doit devenir une "entreprise anticyclique", a lancé le directeur général de Renault, Luca de Meo.

La groupe compte introduire Ampere à la Bourse de Paris "au plus tôt au second semestre 2023" et financer ainsi, grâce à l'apport de capitaux frais, son coûteux virage électrique tout en conservant "une forte majorité" dans la filiale.

La valorisation des groupes automobiles traditionnels fait pâle figure face à celle de nouveaux entrants spécialisés dans les voitures électriques, comme l'américain Tesla d'Elon Musk, ou le chinois BYD. Séparer les activités électriques permet d'attirer des investisseurs avec des taux de rentabilité attendus plus élevés.

Le fabricant américain de puces électroniques Qualcomm, fournisseur de Renault, s'est déjà positionné comme actionnaire d'Ampere.

L’action Renault a baissé à l’ouverture de la Bourse de Paris avant de se rétablir vers 11H, à 31 euros.

- Et Nissan? -

Une grande question reste en suspens: Renault, dont l'Etat français et Nissan possèdent chacun 15%, doit encore préciser la part que prendra son partenaire japonais dans sa nouvelle filiale électrique.

Cette réorganisation précède en effet une refonte profonde de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, avec une réduction de la part de Renault au capital de Nissan, qui doit être précisée "dans les prochaines semaines", a souligné M. De Meo.

Renault, dont les finances restent fragiles, compte également rétablir un dividende en 2023, alors qu'il n'en a pas versé depuis 2019.

Il entend porter l'actionnariat salarié à 10% du capital en 2030, alors qu'il est de 3% actuellement.

Ces objectifs financiers sont "bien plus ambitieux qu'attendus" mais "soulèvent des questions", a commenté l'analyste Tom Narayan de RBC. "De quelle manière Ampere sera-t-il séparé de Power, vu que ces entités partagent des opérations?"

La marque sportive Alpine va aussi prendre de l'ampleur en s'ouvrant aux investisseurs et en s'étendant notamment en Amérique du Nord ou en Chine.

Le groupe a également annoncé un renforcement de son partenariat avec Google pour un nouveau système d'info-divertissement à partir de 2026.

tsz/ico/nth