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Les zones commerciales et « la France moche » dans le viseur du gouvernement avec ce plan

Le programme de transformation, doté d’une enveloppe de 24 millions d’euros, concerne dans un premier temps une vingtaine de ces zones sur les quelque 1.500 à 1.800 que compte le pays.

DENIS CHARLET / AFP

POLITIQUE - Dans un monde « qui prend conscience de ses limites, la zone commerciale a atteint les siennes ». Le gouvernement lance ce lundi 11 septembre un programme expérimental de transformation des zones commerciales situées à l’entrée des villes, qui couvrent près de 500 millions de m2 et constituent un enjeu économique et écologique majeur.

Symbole de ce que certains observateurs appellent « la France moche », mais aussi du « tout voiture » et de la consommation de masse, ces zones à l’aspect uniforme construites dans les années 1960 ressemblent à de larges voies bordées de panneaux publicitaires, avec des façades généralement en tôle ondulée et entourées de vastes parkings.

Le programme de transformation, doté d’une enveloppe de 24 millions d’euros, concerne dans un premier temps une vingtaine de zones commerciales sur les quelque 1.500 à 1.800 que compte le pays. Cet argent, qui a vocation à « faire levier », servira d’abord à financer des études préalables et à recruter des chefs de projet, mais aussi à compenser une partie du déficit dans les zones « en déprise », là où la vacance commerciale est importante, afin de renaturer les lieux ou favoriser un changement d’activité.

Ces zones concentrent 72 % des dépenses des Français

« Ces zones sont à bien des égards l’incarnation du vingtième siècle : celui de la consommation de masse, celui de l’automobile pour tous, celui du pavillon pour chacun », a déclaré la ministre déléguée chargée des PME, du commerce et de l’artisanat Olivia Grégoire, devant un parterre d’élus, d’architectes et de représentants de sociétés foncières et de grandes enseignes.

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Pour les commerçants, ce modèle a longtemps été « une forme d’eldorado », a reconnu la ministre, avec des magasins construits « sur du foncier agricole peu onéreux, des “boîtes à chaussures” cubiques bâties à moindres frais ». Ces zones sont malgré tout encore extrêmement populaires puisqu’elles concentrent 72 % des dépenses des Français.

Mais dans un monde « qui prend conscience de ses limites, la zone commerciale a atteint les siennes », a estimé Olivia Grégoire. Très concurrencées par le développement du e-commerce, elles vont par ailleurs devoir faire leur révolution verte en réduisant de 40 % leur consommation d’énergie d’ici 2030 et de 60 % d’ici 2050, conformément au « décret tertiaire ».

Intégralement artificialisées, elles sont là encore le symbole d’une autre époque, empêchant « l’écoulement des eaux, stérilisant la biodiversité et générant des îlots de chaleur massifs », rappelle le gouvernement. « Nous avons des enjeux écologiques majeurs, à savoir comment on évite d’avoir des bâtiments qui sont des passoires thermiques », a déclaré le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu. « Ce n’est pas d’abord un problème d’argent. Ce qui bloque aujourd’hui ce sont les réglementations, ce sont les délais, les procédures d’autorisation », a-t-il jugé.

Un « gisement très important de foncier pour l’avenir »

Très peu denses, ces zones constituent un « gisement très important de foncier pour l’avenir », a rappelé de son côté le ministre du Logement Patrice Vergriete, qui mise sur la construction de logements là où la ville a rattrapé les zones commerciales. Les porteurs de projet -aussi bien en ville qu’en zone rurale- devront se manifester auprès des préfectures, qui effectueront une présélection des dossiers. Deux vagues de lauréats seront désignés, en novembre 2023 et début 2024.

Sur le plan réglementaire, le projet de loi « industrie verte » en discussion au Parlement devrait permettre de lever certains blocages, en autorisant des dérogations au plan local d’urbanisme (PLU) ou des réductions de délais. Le gouvernement avait déjà annoncé à l’automne dernier son intention de s’attaquer aux entrées de ville dans le cadre de l’acte 2 du programme « Action cœur de ville (2023-2026) », doté de 5 milliards d’euros.

L’objectif premier de ce programme était de revitaliser le centre des villes de 20.000 à 100.000 habitants mais il avait été étendu aux quartiers de gare et aux entrées de ville dans sa version 2. « On va aller très vite pour pouvoir copier dans le reste du pays ce que seront les retours d’expérience », a assuré Christophe Béchu, qui souhaite « diviser par deux les délais » de réaménagement de ces zones.

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