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Yen fort et avenir avec Renault, les défis de Nissan pour 2018/19

Anne BEADE
Le PDG du groupe automobile japonais Nissan, Hiroto Saikawa, à Yokohama (province de Kanagawa, île de Honshu, le 14 mai 2018

TOKYO (Japon) (AFP) - Nissan, tout juste remis d'un scandale de certifications qui a plombé son résultat opérationnel l'an dernier, aborde avec prudence l'exercice 2018/19, dans un contexte de renforcement du yen et de ralentissement du marché américain.

Le tout sur fond de rumeurs de fusion avec son partenaire français Renault, de nouveau démenties lundi par le PDG du groupe automobile japonais, Hiroto Saikawa, qui avait dit fin avril ne voir "aucun intérêt" à un tel scénario.

"Il n'est pas exact que nous discutions d'une fusion", a affirmé le dirigeant qui a succédé en avril 2017 à Carlos Ghosn, désormais seulement président du conseil d'administration.

Mais il faut préparer l'avenir de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors après l'ère Ghosn, qui a forgé le partenariat depuis ses débuts en 1999, a-t-il souligné. "Même si la direction change, même sans un nouveau Carlos Ghosn, l'alliance doit être préservée. Il faut créer un mécanisme pour permettre cela, et les liens capitalistiques font partie de la discussion".

"A partir de cette année, nous voulons étudier ce sujet de manière concrète afin de transmettre l'alliance aux futures générations", a insisté M. Saikawa.

L'alliance regroupe actuellement des entités distinctes liées par des participations croisées. Renault détient ainsi 43% de Nissan, et le japonais possède 15% du groupe au losange.

- Repli attendu -

Il s'exprimait lors de la présentation des résultats annuels au siège du groupe à Yokohama (banlieue de Tokyo), les premiers sous son égide.

Entre avril 2017 et mars 2018, Nissan a dégagé un bénéfice net record de 746,89 milliards de yens (5,7 milliards d'euros au cours retenu par le groupe, +12,6% sur un an), aidé par la réforme fiscale américaine.

Dans le même temps cependant, son profit d'exploitation a chuté de 22,6% à 574,76 milliards de yens, sous le coup de l'affaire de certifications révélée en 2017, tandis que ses recettes augmentaient de 2% à 11.951,2 milliards de yens.

Le groupe avait dû rappeler en septembre plus d'un million de véhicules neufs fabriqués et commercialisés au Japon depuis 2014, après avoir constaté de mauvaises pratiques dans leur inspection finale. Il avait aussi dû suspendre temporairement en octobre une partie de sa production dans les usines du pays.

Un nouveau repli des profits est attendu pour l'exercice en cours, principalement en raison d'effets de change défavorables (renforcement du yen face au dollar). Des dépenses accrues en recherche et développement, en pleine course à la voiture autonome, ainsi que dans les matières premières devraient également peser sur les comptes.

Nissan anticipe donc une baisse de son résultat opérationnel de 6% à 540 milliards de yens, loin des attentes des analystes interrogés par l'agence financière Bloomberg (615,7 milliards de yens en moyenne).

- Dynamisme en Chine -

Le bénéfice net devrait lui chuter de 33,1% à 500 milliards de yens en l'absence du gain exceptionnel (impôts) qui a gonflé ses comptes en 2017/2018, pour un chiffre d'affaires quasi stable à 12.000 milliards de yens.

Le fabricant des crossovers Rogue, Qashqai et X-Trail espère vendre 5,92 millions de véhicules cette année, contre 5,77 millions en 2017/18, grâce au Japon où l'impact du scandale s'est estompé et surtout à la Chine, érigée en priorité.

Nissan table dans ce pays sur une croissance en volume de 11,5% à près de 1,7 million d'unités, presque autant que l'an dernier, fort de son expertise dans la motorisation électrique avant l'imposition par Pékin en 2019 de quotas de véhicules à énergie propre.

Il connaît en revanche des difficultés aux Etats-Unis, où les constructeurs rivalisent d'offres commerciales pour attirer les clients, ce qui aboutit à une dégradation de leurs comptes d'exploitation. "Comment trouver un équilibre entre ventes et rentabilité? A court terme, nous devons améliorer notre rentabilité", a insisté le PDG de Nissan.

"Il y aura donc un léger déclin de nos ventes", a-t-il précisé. Le groupe nippon prévoit un recul de 2,9% cette année en Amérique du Nord, son plus important marché avec un peu plus de deux millions de voitures.

Ses compatriotes Toyota et Honda, redoutant un yen fort, ont également prévenu d'un recul de leurs bénéfices à venir, après les avoir vu bondir l'an dernier grâce à la refonte des impôts adoptée fin 2017 par le président américain Donald Trump.