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A Wall Street, la pire semaine depuis 2008

Des courtiers sur le parquet du New York Stock Exchange le 19 mars

New York (AFP) - Wall Street est repartie dans sa spirale baissière vendredi, à la fin de sa pire semaine depuis la crise financière de 2008, les milliards mis sur la table par les autorités pour faire face à la propagation du coronavirus ne parvenant pas à effacer la crainte d'une récession.

Son indice vedette, le Dow Jones Industrial Average, a perdu 4,55% vendredi et 17,3% sur la semaine pour terminer à 19.173,98 points.

Il avait encaissé lundi sa pire séance depuis octobre 1987, et termine vendredi sous le niveau auquel il évoluait le jour de l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, le 20 janvier 2017.

Une mauvaise nouvelle pour le locataire de la Maison Blanche, qui faisait jusqu'à récemment de la bonne santé de l'économie américaine et des marchés financiers un de ses principaux arguments de campagne.

Le Nasdaq, à forte coloration technologique, a reculé vendredi de 3,79%, à 6.879,52 points, de 12,6% sur la semaine. L'indice élargi S&P 500 a baissé de 4,34% à 2.304,92 points, de 15% sur la semaine.

Après un début de séance hésitant, les indices ont d'abord perdu du terrain quand le gouverneur de l'Etat de New York, Andrew Cuomo, a décrété l'arrêt de toutes les activités non essentielles, moins de 24 heures après des décisions similaires en Californie. De quoi freiner grandement l'activité de deux zones primordiales dans l'économie du pays.

Les indices ont ensuite creusé leurs pertes pendant une conférence de presse donnée à la Maison Blanche au cours de laquelle Donald Trump a exclu un confinement total du pays.

Ils ont enfin piqué du nez en toute fin de séance alors que les prix du pétrole dégringolaient de nouveau, le baril de WTI perdant finalement 11% à New York.

Les investisseurs tentent d'évaluer les conséquences économiques de la pandémie de coronavirus, qui a déjà fait plus de 10.000 morts dans le monde et infecté près de 250.000 personnes.

"Les temps sont difficiles sur les marchés financiers. Tout ce que nous savons, ou plutôt ce que nous pensons savoir, sur les perspectives économiques du pays et du monde, et par ricochet sur les perspectives en ce qui concerne les bénéfices des entreprises, les dettes des pays, les risques liés à ces dettes, et tous les produits financiers, évoluent au jour le jour", remarque Christopher Low de FTN Financial.

"Le Covid-19 est passé en deux semaines d'une menace lointaine à une réalité toute proche pour la plupart des Américains", ajoute-t-il alors que les écoles se ferment, les vols sont interdits, les magasins non-essentiels sont appelés à fermer.

Surtout, la population comme les acteurs du marché commencent à réaliser que "les dommages économiques infligés par le Covid-19 ne s'effaceront pas en un ou deux mois", remarque M. Low.

Gouvernements et banques centrales promettent pourtant des programmes d'aide massifs pour tenter d'atténuer le choc.

Les sénateurs américains ont notamment entamé vendredi d'âpres négociations sur un plan d'environ 1.000 milliards de dollars.

Mais la multiplication des annonces en ordre dispersé ne rassure pas vraiment les acteurs du marché.

La Banque centrale américaine (Fed) de son côté continue à abreuver les marchés en liquidités et multiplie les mesures de soutien, comme sur la dette des municipalités vendredi.

"La Fed a sorti toute son artillerie et ce faisant a empêché que le marché obligataire, le plus important, ne soit complètement gelé", souligne Gregori Volokhine de Meeschaert Financial Services pour qui l'institution a ainsi "évité au système de s'écrouler".

Le taux à 10 ans sur la dette des Etats-Unis reculait vendredi à 0,874%, contre 1,12% la veille.

La volatilité des indices a été accentuée vendredi par le fait qu'il s'agissait d'une journée dite, dans le jargon financier, "des quatre sorcières", à l'issue de laquelle expirent plusieurs contrats sur des produits financiers.

La séance a par ailleurs été marquée par des informations sur une société de Chicago, Ronin Capital, qui a dû fermer boutique faute d'avoir les niveaux de capitaux suffisants pour continuer à opérer comme chambre de compensation auprès de l'opérateur boursier CME. Ces entités assurent le paiement et la livraison de titres entre des investisseurs.

CME a assuré dans un communiqué que ses activités avaient été reprises par une ou plusieurs autres sociétés et qu'aucun client n'avait été affecté. Mais cet épisode reflète la pression pesant actuellement sur certains acteurs financiers.