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La voie est libre pour la prise de contrôle d'Altran par Capgemini

Laurent BARTHELEMY
Le géant informatique Capgemini peut enfin prendre le contrôle du groupe de technologie Altran, huit mois après l'annonce d'une OPA amicale contrariée par une bronca d'actionnaires minoritaires

Paris (AFP) - Le géant informatique Capgemini peut enfin prendre le contrôle du groupe de technologie Altran, huit mois après l'annonce d'une OPA amicale contrariée par une bronca d'actionnaires minoritaires.

L'Association des actionnaires minoritaires (Adam) de Colette Neuville a été déboutée vendredi par la cour d'appel de Paris de sa demande d'annulation du visa de l'opération, qui avait été délivrée par l'Autorité des marchés financiers.

"C'est une bonne nouvelle pour Capgemini et pour Altran", a déclaré devant des journalistes Paul Hermelin, le président directeur général de Capgemini.

Fort des 54,17% déjà détenus par Capgemini, "nous allons désormais exercer le contrôle d'Altran et ainsi former un groupe de 17 milliards d'euros de chiffre d'affaires et de plus de 270.000 collaborateurs", s'est félicité M. Hermelin.

"Nous allons travailler avec Altran pour voir comment (...) amener chez les clients nos offres conjointes pour une industrie intelligente", a indiqué de son côté Aiman Azzat, le dauphin de Paul Hermelin qui doit prendre en mai la direction générale du groupe.

La bataille boursière n'est toutefois pas encore complètement finie, car Capgemini espère encore augmenter sa participation dans Altran.

Comme convenu en cas de feu vert judiciaire, Capgemini peut reprendre pour deux semaines son OPA au prix de 14,5 euros l'action, déjà celui en vigueur dans la première phase de l'opération.

"L'évolution des marchés rend cette offre encore plus attractive (...) c'est presque si j'ose dire assez unique" pour les actionnaires qui détiennent encore des titres Altran, a dit Aiman Azzat.

"Le cours de l'action avant l'annonce de notre offre était de 11,47 euros, depuis les cours des sociétés comparables ont baissé de 30%" du fait de la crise du coronavirus, a-t-il rappelé.

Interrogé sur un éventuel espoir de parvenir à rassembler suffisamment de titres pour pouvoir retirer Altran de la cote, Aiman Azzat a indiqué que "rien n'était jamais impossible".

"Ce serait raisonnable, mais tout n'est pas raisonnable dans cette affaire", déclaré de son côté Paul Hermelin.

L'un des principaux opposants à l'OPA, le fonds d'investissement spéculatif Elliott n'a pas réagi après la décision de la cour d'appel de Paris.

Le fonds américain, persuadé d'arriver à obtenir un meilleur prix de Capgemini en contrecarrant son offre, était monté au début de l'année 2020 jusqu'à 14% du capital d'Altran.

- Réviser la réglementation des OPA -

Mais Colette Neuville, la présidente de l'Adam, a en tout cas reconnu vendredi que les actionnaires d'Altran avaient désormais intérêt à apporter leurs titres.

"Dans cette atmosphère de krach boursier, je pense que les actionnaires ont intérêt à apporter leurs titres" à Capgemini, a-t-elle déclaré à l'AFP.

La présidente de l'Adam a toutefois espéré que l'affaire puisse mener à une révision de la réglementation actuelle sur les OPA, notamment en ce qui concerne les expertises indépendantes sur la valeur de la société cible.

"C'est quand même mieux quand il y a un dialogue contradictoire" entre deux experts, a-t-elle déclaré.

Capgemini, mastodonte français des services informatiques, cherche dans Altran les compétences technologiques et industrielles qui lui manquent pour se positionner idéalement sur les futurs et énormes marchés de la numérisation de l'industrie.

Capgemini a réalisé en 2019 un chiffre d'affaires de 14,13 milliards d'euros de chiffre d'affaires, dont 32% en Amérique du Nord.

Altran, de son côté, a réalisé 3,22 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2019.

Le mariage de ces deux champions internationaux permettra de créer un groupe figurant parmi les cinq premiers mondiaux du secteur, selon Capgemini.