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Vins et spiritueux : quand la France sait vendre son savoir-faire

Emmanuel Schafroth
Emmanuel Schafroth
vins de bordeaux, CIVB, degustation primeurs

Pour le vin français : hips, hips, hips... hourra ! Depuis le début des années 2000, le déficit commercial de la France va de mal en pis, mais s'il est un secteur où l'on sait encore exporter, c'est bien celui des breuvages alcoolisés issus de nos riches terroirs. Malgré la crise, grâce à des exportations de 11,1 milliards d'euros en 2013, correspondant à quelque 2,4 milliards de bouteilles ayant migré vers d'autres tables, les vins et spiritueux ont représenté un excédent commercial de 9,4 milliards d'euros pour la France, selon les chiffres publiés par la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS).

Ce chiffre marque un recul infime (1%) par rapport à l'année record que fut 2012, dont l'explication est un peu inattendue. 

 

Les Chinois ont un peu moins soif

Ce sont essentiellement les exportations vers la Chine qui ont fléchi (-18%), sans doute à cause de la politique du nouveau gouvernement visant à... lutter contre la corruption ! Voilà qui n'est pas sans incidence sur les ventes de produits haut de gamme, ce pays étant le cinquième débouché étranger pour les vins et spiritueux français. Les Etats-Unis restent le premier, avec des exportations de près de 2 milliards d'euros, devant le Royaume-Uni (voilà au moins un point où nos amis anglais nous reconnaissent un talent !) et l'Allemagne, nos voisins d'outre-Rhin ne buvant pas que de la bière.

Bon an, mal an, le poids des vins et spiritueux dans notre balance commerciale équivaut à 140 Airbus, ce qui en fait le deuxième poste excédentaire, justement derrrière l'aéronautique. Mais attention, le secteur chimie/parfums/cosmétiques, dont l'excédent a progressé de 22% en 2013 arrive pratiquement à égalité. A eux seuls, les vins et spiritueux représentent ainsi 85% de l'excédent commercial agroalimentaire.

 

Bordeaux et champagne, mais pas seulement

Mais qu'est-ce qui fait exactement le succès de nos exportations ? Sans doute des terroirs érigés au rang de marques mondialement connues. Les afficionados de l'agent secret 007 ont quelques indices sur ceux qui pèsent le plus lourd dans la balance. James Bond est en effet un inconditionnel du Bollinger et, dans "Les diamants sont éternels", il confond le méchant Monsieur Wint déguisé en sommelier grâce à une bouteille de Mouton Rotschild 1955. Et en effet, les 134 millions de bouteilles de champagne et 308 millions de bouteilles de bordeaux exportées en 2013 représentent respectivement 20% et 19% de la valeur totale de nos exportations de vins et spiritueux. Mais c'est le cognac charentais qui est le champion toutes catégories, avec une valeur à l'exportation de 2,35 milliards d'euros, soit 21% du total, bien qu'il ne représente que 7% des volumes.

 

La France exporte même de la vodka !

Les statistiques de la FEVS apportent d'autres surprises. Saviez-vous que la France exporte aussi du rhum et surtout de la vodka ? Cette dernière, en valeur, est le deuxième spiritueux français vendu à l'étranger, derrière l'indétrônable cognac. On découvre aussi dans les derniers chiffres du secteur quelques valeurs montantes : alors que les exportations de bordeaux sont plutôt orientées à la baisse, les calvados, les vins du Val de Loire ou les côtes-du-rhône connaissent un succès croissant hors de nos frontières, ces derniers dépassant même les prestigieux vins de Bourgogne.

Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les Chinois qui préemptent tous nos vins. Près de la moitié de nos exportations directes de vins et spiritueux sont à destination de pays européens. Et on les retrouve dans près de 200 pays à travers la planète. La France qui exporte sans modération, ça existe !

 

Emmanuel Schafroth