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Vingt ans après l'explosion meurtrière d'AZF, Toulouse se souvient

·4 min de lecture

Un "parcours mémoriel" officiel inauguré mais des positions irréconciliables entre associations de victimes : Toulouse a commémoré mardi l'explosion meurtrière de l'usine AZF il y a 20 ans avec, une fois de plus, des hommages en ordre dispersé.

Sous un ciel gris, l'émotion était palpable à 10H17 quand ont retenti les sirènes sur le site de l'ex-usine chimique entièrement détruite lors de la plus grande catastrophe industrielle française depuis 1945.

Un à un, devant une centaine d'élus territoriaux, représentants de l'Etat, pompiers ou membres d'associations de victimes, les noms des 31 victimes décédées ont été égrenés. Des gerbes de fleurs ont ensuite été déposées au pied du mémorial et une minute de silence a été respectée, sans discours.

"Pensées aux victimes et à leurs familles. La France se souvient", a réagi sur Twitter le président Emmanuel Macron. Le Premier ministre Jean Castex a également tweeté: "La Nation s'incline respectueusement en mémoire des victimes".

Mais aucun membre du gouvernement n'a fait le déplacement à Toulouse.

La voix tremblante, France, 71 ans, peine à contenir ses larmes. Son père est mort quelques mois après l'explosion, des suites de ses blessures. "Il a eu les doigts arrachés, les genoux écrasés... Non, aucune cicatrice n'est refermée aujourd'hui", souffle-t-elle.

- "Pas la vérité" -

Un peu plus loin, Roland Le Goff, un ancien salarié d'AZF, s'attarde sur le parcours mémoriel, inauguré par le maire LR de Toulouse Jean-Luc Moudenc : neuf panneaux retraçant l'histoire de l'usine, la catastrophe, puis l'après avec les nombreux procès notamment.

"Fier" que son ancienne usine soit "mise à l'honneur", l'ancien salarié de 70 ans est toutefois amer concernant la partie du parcours qui rappelle la décision définitive de justice: "ça fait mal de le voir écrit noir sur blanc. Nous, on sait que ce n'est pas la vérité, et que la vérité on ne l'aura sans doute jamais".

Car 20 ans plus tard et malgré la condamnation définitive de l'ex-directeur du site et de l'entreprise, l'association Mémoire et Solidarité d'anciens salariés d'AZF rejette la thèse de la justice selon laquelle le mélange malencontreux de produits chimiques, dû à des "négligences" ou des "manquements aux obligations de prudence", a provoqué la déflagration.

Ce parcours mémorial "ne fait pas et ne peux pas faire l'unanimité", reconnaît M. Moudenc auprès de l'AFP, affirmant avoir invité toutes les associations à participer à son élaboration, en lien avec un comité scientifique.

"Le drame a été d'une telle intensité que la douleur est là et la mémoire a du mal à s'apaiser", a-t-il ajouté, soulignant que "le plus important aujourd'hui (était) d'avoir une trace écrite" de ce douloureux chapitre de la Ville rose.

- "Total coupable" -

Un peu plus tôt, vers 09H30, une autre commémoration rassemblant une centaine de personnes s'est tenue à deux kilomètres de là, au rond-point dit du 21-septembre, à laquelle participent notamment l'association des Sinistrés du 21 septembre et l'association "Plus jamais ça" qui boycottent la cérémonie officielle.

"Total coupable, Etat complice", ont scandé les manifestants.

Yves Gilbert, de l'association "Plus jamais ça", a dénoncé "la bassesse de Total, qui n'a pas reconnu ses défaillances et n'a été condamnée à une amende correspondant qu'à 10 minutes de son bénéfice annuel".

Pour Stéphane Dufau, de l'association des sinistrés du 21 septembre et qui a été grièvement blessé, "pas question non plus de participer à la commémoration officielle à côté des gens de Total qui ne veulent pas reconnaître leur responsabilité".

Le 21 septembre 2001, plus de 300 tonnes de nitrate d'ammonium stockées dans un hangar du complexe chimique d'AZF, à cinq km du centre-ville, explosent.

Une onde sismique de 3,4 sur l'échelle de Richter sera enregistrée, relayée par une onde sonore jusqu’à 80 km autour de la ville.

En plus des 31 morts, la catastrophe fait des milliers de blessés.

La bataille judiciaire, qui a duré 18 ans, a entraîné la condamnation en 2017 de l'ex-directeur du site Serge Biechlin à 15 mois d'emprisonnement avec sursis et 45.000 euros d'amende.

La société propriétaire de l'usine et filiale de Total, Grande Paroisse, a été condamnée à payer 225.000 euros d'amende.

Les deux sont reconnus coupables de "fautes caractérisées" commises par "maladresse", "négligence" ou encore "manquement aux obligations de prudence". Leurs pourvois en cassation ont été rejetés le 17 décembre 2019.

mer-ap-cpy/dch

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