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La vaccination dans les quartiers populaires entre obstacles et peurs

par Clotaire Achi et Tangi Salaün
·4 min de lecture
LA VACCINATION DANS LES QUARTIERS POPULAIRES ENTRE OBSTACLES ET PEURS

par Clotaire Achi et Tangi Salaün

PARIS (Reuters) - Dans un petit gymnase du 19e arrondissement de Paris, la table de ping-pong a été poussée contre le mur et les protections de taekwondo empilées dans un coin. Pendant deux jours, la salle accueille une population moins intéressée par ces équipements: des habitants âgés de plus de 55 ans qui viennent se faire vacciner contre le COVID-19.

Depuis le début de la campagne de vaccination, la mairie de Paris multiplie les opérations éphémères dans les quartiers populaires de la capitale pour toucher une population qui peine à obtenir un rendez-vous.

"L'enjeu, c'est de cibler une population locale qui n'est pas à l'aise avec internet, avec Doctolib, qui n'aurait pas su facilement prendre un rendez-vous", explique Florence Kunian, la responsable du centre de vaccination.

"Nous n'avons volontairement pas communiqué trop largement pour cibler les habitants du quartier qui en ont le plus besoin."

En quelques heures, 70 des 100 doses quotidiennes ont déjà été injectées, principalement à des personnes qui ont reçu une lettre de la Sécurité sociale, ou qui ont été informées grâce à une opération de porte-à-porte dans les logements sociaux du quartier.

Toutes ont plus de 55 ans car le seul vaccin proposé est celui d'AstraZeneca, désormais réservé à cette catégorie d'âge en raison de rares cas de thrombose veineuse chez des personnes vaccinées plus jeunes, même si les autorités répètent que le rapport bénéfices/risques demeure très favorable.

Ceux qui se sont déplacés jusqu'au centre de vaccination n'ont pas cette réticence, même si certains "ont besoin d'être un peu rassurés", dit une bénévole chargée d'accueillir les candidats, avant de les confier à un médecin pour un bref examen.

"Il faut qu'on se sorte de cette épidémie et la meilleure solution, c'est la vaccination", assure Dabo Mamadou, 70 ans, après avoir reçu une première dose dans le bras droit et, au terme de 15 minutes de surveillance, un rendez-vous pour une deuxième injection dans trois mois.

"Dans mon entourage, j'essaie de convaincre mais c'est tout un problème. Il y a beaucoup de réticence depuis qu'AstraZeneca a été arrêté", soupire-t-il.

"PLUS PEUR D'ASTRAZENECA QUE DU COVID"

Sur un marché voisin, une équipe de la Protection civile chargée d'informer les habitants se heurte à la même difficulté.

"Ah non, pas celui-là !", s'exclame une septuagénaire à la mobilité réduite et aux "nombreuses comorbidités", qui déplore pourtant de ne pas arriver à prendre rendez-vous pour se faire vacciner.

Même réaction pour Pia Maieron, 65 ans, venue acheter des fruits au pied de son immeuble. "Je fais très attention depuis le début de l'épidémie, je ne bouge pas, je regrette de ne pas voir les miens parce qu'ils me manquent énormément mais voilà… je me dis que si je fais très attention... Alors que le vaccin AstraZeneca, il me fait plus peur que le Covid ! C'est peut-être stupide", confesse-t-elle un peu gênée.

Leo Martin, un des bénévoles de la Protection civile, s'emploie à rassurer les passants. "On essaie de remettre en contexte, de dire que c'est très peu de cas sur des millions de personnes vaccinées (...) mais on ne peut pas travailler sur l'inquiétude des gens à ce point", regrette-t-il.

Il est réconforté par la réaction de ceux, nombreux, qui le remercient de s'être déplacé dans un quartier dont les habitants se sentent volontiers "oubliés" par les autorités, eux qui ont payé un prix particulièrement élevé lors des deux premières vagues de la pandémie.

Selon l'Insee, l'excès de mortalité a été deux fois plus élevé en 2020 chez les personnes nées à l'étranger que chez celles qui sont nées en France.

"Il y a des gens âgés qui n'ont pas internet, il y en a qui ne peuvent pas se déplacer, qui ne parlent pas notre langue, qui n'ont pas l'information... Je trouve que c'est bien que vous diffusiez par ce canal", dit Eliane Molette, une retraitée déjà vaccinée, en s'emparant d'un prospectus tendu par Leo Martin. "Franchement je trouve ça formidable."

(Édité par Jean-Stéphane Brosse)