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Ukraine: feu vert des 27 pour taxer les céréales russes importées dans l'UE

Récolte du blé dans la région de Novosibirsk, le 19 septembre 2023 en Russie (Vladimir NIKOLAYEV)
Récolte du blé dans la région de Novosibirsk, le 19 septembre 2023 en Russie (Vladimir NIKOLAYEV)

Les Etats membres de l'UE ont donné jeudi leur accord pour imposer des droits de douane prohibitifs sur les importations de produits agricoles russes, qui en sont actuellement largement exemptées, afin d'assécher des revenus permettant à Moscou de financer sa guerre en Ukraine.

En pratique, la décision, validée par les ministres européens du Commerce réunis à Bruxelles, reviendra à taxer fortement à partir du 1er juillet les céréales, oléagineux et leurs dérivés, entre autres produits, pour lesquels les droits d'importation dans l'UE sont actuellement faibles ou nuls, selon un communiqué.

Cette mesure, proposée en mars par Bruxelles, vise à endiguer les ressources financières russes, à "stopper l'exportation illégale de céréales volées en Ukraine" et à empêcher Moscou de "déstabiliser" les marchés agricoles, a réagi le commissaire européen au Commerce Valdis Dombrovskis.

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Alors que les importations de céréales russes ont augmenté considérablement en 2023 dans l'UE, "ces tarifs prohibitifs les rendront non viables sur le plan commercial", aboutissant de facto à leur interruption, avait-il indiqué précédemment.

Les produits agricoles du Bélarus, proche allié de Moscou, seront aussi visés.

En revanche, la mesure ne concernera pas le transit via l'UE de céréales et autres produits agricoles à destination de pays tiers, en Afrique ou au Moyen-Orient, afin de "préserver la sécurité alimentaire mondiale", et les engrais ne sont pas ciblés.

La Russie a exporté 4,2 millions de tonnes de céréales, oléagineux et produits dérivés vers l'UE en 2023, pour une valeur de 1,3 milliard d'euros. Concernant les seules céréales, l'UE a importé 1,5 million de tonnes l'an dernier, contre 960.000 tonnes en 2022, sur fond d'envolée de la production russe la saison dernière.

Les importations de céréales russes, très inférieures aux volumes venant d'Ukraine, constituent une infime partie (environ 1%) du marché européen.

-"Obligation morale"-

"Même si la Russie reste un fournisseur relativement modeste pour l'UE, elle est l'un des principaux producteurs et exportateurs mondiaux, et est en capacité de réorienter d'importants volumes vers l'UE pour en perturber le marché", a cependant fait valoir le Conseil européen.

"En outre, il existe des preuves que la Russie s'approprie actuellement illégalement de grandes quantités (de céréales et oléagineux) dans les territoires ukrainiens qu'elle occupe et les exporte comme produits prétendument russes", ajoute-t-il.

En vertu des règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), la plupart des produits agricoles russes, notamment les céréales (maïs, tournesol, blé de qualité...), sont jusqu'à présent exemptés de droits de douane dans l'UE.

L'UE activera une clause d'exception pour faire en sorte que Russie et Bélarus n'aient plus accès aux quotas céréaliers de l'OMC offrant un meilleur traitement tarifaire.

Dans les différents trains de sanctions adoptées contre Moscou depuis 2022, les Européens avaient pris soin de ne cibler ni le secteur agricole, ni les engrais: ils redoutaient de déstabiliser les échanges et de fragiliser la sécurité alimentaire de pays d'Asie et d'Afrique dépendant de l'agriculture russe.

Une situation qui indignait Kiev, à l'heure où l'UE plafonne ses importations de produits agricoles ukrainiens exemptés de droits de douane.

La mesure douanière devait être entérinée par une majorité qualifiée d'Etats membres (15 pays représentant 65% de la population de l'UE), sans requérir l'aval des eurodéputés. Un processus plus aisé et rapide que l'adoption d'un embargo total, qui aurait nécessité l'unanimité des Vingt-Sept.

La République tchèque, la Pologne et les trois Etats baltes réclamaient cependant une telle interdiction complète des importations de céréales de Russie et du Bélarus, une "obligation morale" selon eux - et que la Lettonie a déjà mis en place sur son territoire.

De leur côté, les céréaliers européens, notamment en France, s'inquiètent de voir la Russie tirer vers le bas les prix mondiaux et bousculer les équilibres des échanges.

Encouragé par les difficultés de Kiev à livrer ses céréales et oléagineux à ses marchés traditionnels, Moscou a lancé depuis deux ans une vaste offensive commerciale en Afrique et au Moyen-Orient, notamment via des dons ou livraisons subventionnées très médiatisées.

jug/jca/liu