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"Turf", la comédie qui a marqué un tournant dans la carrière de Fabien Onteniente

·11 min de lecture
Lucien Jean-Baptiste, Alain Chabat, Edouard Baer & Philippe Duquesne dans
Lucien Jean-Baptiste, Alain Chabat, Edouard Baer & Philippe Duquesne dans

En 2013, Fabien Onteniente est le roi de la comédie française. Avec Jet Set (2000), Trois zéros (2002), Camping (2006) et Disco (2008), le réalisateur a attiré près de 16 millions de spectateurs en une décennie. Pour son nouveau film, Turf, il s’associe à l’autre poids lourd de la comédie français de l’époque, l’ex-Nuls Alain Chabat, qui officie ici comme interprète, scénariste, et producteur. "C’est un peu l’alliance de la carpe et du lapin", s’amuse Onteniente. "C’est ce qui rend le film unique."

Comédie hippique inspirée par Le Gentleman d’Epsom (1962) film de Gilles Grangier, dialogué par Michel Audiard, Turf suit quatre amis turfistes, le Grec (Alain Chabat), Fifi (Philippe Dusquesne), Fortuné (Lucien Jean-Baptiste) et Freddy (Edouard Baer), qui achètent Torpille, un cheval en apparence mauvais qui va révéler des aptitudes remarquables et remporter contre toute attente plusieurs courses entre Paris, la Normandie et Monaco.

Alors que toutes les étoiles sont alignées pour faire de Turf un nouveau succès, la magie n’opère pas. Les critiques, jamais tendres avec Onteniente, se montrent particulièrement dures. Avec seulement 340.144 entrées, Turf est un bide retentissant. Et un tournant dans la carrière de Fabien Onteniente, bien que cet échec soit maintenant derrière lui: "Je ne pense plus beaucoup à Turf, mais je ne regrette pas de l’avoir fait."

"Des petites touches chabatiennes"

L’aventure avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices, sur un coup de tête. "Je bouffais avec Chabat", se souvient Onteniente. "Il me demande quels sont mes projets. Je lui parle de ces quatre potes qui chacun achètent une patte d’un cheval. Il me répond 'c’est un bon dos' et on se dit qu’on le fait ensemble." Après trois films successifs avec Franck Dubosc (deux Camping et un Disco), Onteniente se dit que le moment est venu de travailler sans sa muse. Chabat tente lui de se remettre en jambe après Sur la piste du Marsupilami, dont la fabrication fut très complexe.

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Rétrospectivement,Turf peut apparaître comme le dernier volet d’une trilogie débutée avec Camping et Disco - dont l’ambition commune serait de dresser le portrait teinté de nostalgie d’une France en train de disparaître. "J’ai des souvenirs d’arrière-boutiques de PMU, qui sentaient l’anis, un peu la clope et le jambon-beurre. J’aimais bien raconter ça", confirme Onteniente, avant d’ajouter: "Mais le monde des courses ne m’a pas paru très sympathique." Il affectionne davantage celui du football.

Pour écrire le scénario, Onteniente s’entoure du fidèle Emmanuel Booz, avec qui il a écrit ses précédents succès. Il fait aussi appel à Philippe Guillard, ancien rugbyman devenu réalisateur avec Le Fils à Jo, et au journaliste Pierre Benichou. Alain Chabat participe en apportant "des petites touches chabatiennes": "Quand il me racontait Torpille - ce n’est pas lui qui a trouvé le nom - il la faisait vivre. Il a réussi à en faire un personnage comme les autres." C’est lui qui trouve notamment le gag de Torpille qui remporte la course finale en tirant la langue.

La phrase "Jour de perte, veille de gain", répétée tel un leitmotiv dans le film, est une phrase fétiche du compositeur et parolier Frédéric Botton, avec qui Onteniente a travaillé sur Camping: "Il m’avait écrit une superbe musique. Il avait compris ma part émotionnelle. Il jouait beaucoup aux courses et il répétait beaucoup cette phrase. Je la lui ai empruntée."

Onteniente est le premier à le reconnaître: son scénario, où les héros sont victimes de leur passion pour le turf et affrontent un mafieux incarné par Gérard Depardieu, est peu inspiré. "C’est un peu grossier, je trouve. Parler des courses avec ce côté arnaque, ça ne vieillit pas très bien. C’est un peu trop lourd."

"C’était une usine à gaz"

Turf est entouré d’une aura un peu sulfureuse. Quand on questionne celles et ceux qui ont travaillé dessus, beaucoup refusent d’en parler, ou évoquent Fabien Onteniente avec un langage particulièrement fleuri. Certains affirment que le réalisateur était rarement présent sur le plateau, laissant le travail à ses assistants. Des accusations qu’il récuse. "Ce n’est pas vrai. J’étais là!" Il reconnaît cependant que l’ambiance a pu être difficile:

https://www.youtube.com/embed/34p5H7fGP_A?rel=0"C’était dur comme tournage. Il y avait du fric. Il y avait de la pression. Il fallait fournir. Il fallait finir les journées. Je suis là pour finir la journée. Je n’ai pas d’état d’âme. Ils ont tous gagné beaucoup d’argent. Mais ce n’est pas un film qui a été fait pour passer de bonnes vacances en Normandie. Le calendrier des courses, c’était compliqué. On n'en était pas maître. Les chevaux nous guidaient. Il y avait la météo. On a tourné une course à marée basse. On avait six heures pour livrer les prises et il fallait faire du beau travail. Ça ne rigolait pas. Il y a eu trop de paramètres qu’on ne maîtrisait pas."

Onteniente n’avait pas prévu non plus que tourner avec une armada de chevaux serait aussi contraignant. "Un cheval a une autonomie d’une heure. Il fallait trois fois plus de chevaux, trois fois plus de lads, trois fois plus de camions, trois fois plus d’avoine, et donc trois fois plus de frics! J’étais parti sur un souvenir d’un film que j'avais adoré, Le Gentleman d'Epsom. Jamais je ne pensais que pour dix chevaux il en fallait trente! C’était une usine à gaz. Et quand on voit le film, ça paraît normal, ce sont des petites courses. Le budget est monté haut. Il est monté haut par les cachets, aussi."

"Je ne sais pas comment Cameron a fait pour 'Titanic'…"

Onteniente n’avait pas prévu non plus que cette logistique exigerait un budget de 23 millions d’euros. Un chiffre démesurément grand, reconnaît-il aujourd’hui: "Ça a pesé sur la comédie." Il ajoute: "Les scènes avec les chevaux, ça coûtait très cher et on avait l’impression de ne pas avoir tourné! Je ne savais pas où était vraiment la part de cinéma. Moi, j'étais là pour la comédie. Les comédies, c’est de l’amusement. Dès qu’il n’y en a plus..."

"Je ne sais pas comment Cameron a fait pour Titanic…", poursuit Onteniente. "Il a dû se faire chier à filmer son bateau. Turf, c’était une espèce de Titanic avec des chevaux. À tel point que je me demandais au montage si je n’aurais pas pu faire un film plus simple. Mais c’était impossible de se passer des courses… À l’arrivée, je préfère la poésie des scènes situées dans le Poney Club, quand ils retapent Torpille. Le film est bien dans ces moments-là, quand les personnages répètent 'Jour de perte, veille de gain' et sont portés par cet optimisme. Ça ne coûtait que dalle, ça. Ça aurait pu être un film à trois barres."

Onteniente se souvient également de son quatuor d’acteurs "compliqués à rassembler à l’heure H" et "pas faciles entre eux". "Chacun mettait ses rêves là-dedans. Ils voulaient faire leur petit film dans le grand film. Un type comme Edouard a besoin d’exister par ses improvisations. Le carcan d’un personnage le bloquait. Il avait besoin d’aller chercher ailleurs ce qu’il n’avait pas dans le film. Je l’ai vite compris."

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Même l’exercice de la voix off semble une épreuve pour Edouard Baer, qui apporte au film une ironie involontaire. À l’écoute du résultat, il semble moyennement convaincu par cette tâche. "Il n’est pas assez premier degré pour y aller", regrette Fabien Onteniente "Il est trop finaud. C’est pour lui un handicap." Lucien Jean-Baptiste est en revanche très bien: "C’était le plus normal des quatre! Il y allait à fond."

"J’ai été vachement fragilisé par la sortie"

Au terme d’un montage particulièrement complexe ("Il y avait des images partout! La langue, il fallait la faire en numérique… On était loin de Gilles Grangier"), Onteniente vit "très mal" la sortie en février 2013 de Turf. La critique dézingue un "illustre navet" (A voir à lire), vestige d’un "cinéma vieillot" (Ouest France) avec des gags qui "tombent à plat" (Métro). Seul Libération salue "une loufoquerie purement cinématographique".

Ce sera insuffisant: les quatre stars se contentent de faire une tournée des cinémas de province, mais refusent de participer à la promo du film: "Ils n’ont pas joué le jeu." Même Alain Chabat, pourtant scénariste et producteur: "Peut-être que ça ne lui a pas plu", glisse Onteniente. Ils n’en ont jamais parlé. "C’est difficile de parler avec lui. Et avec moi aussi."

Marqué par l’échec de Turf, Onteniente soumet un mois après la sortie au micro de France Info l’idée d’États généraux de la comédie pour relancer l'intérêt du public pour ce genre populaire avec des "propositions nouvelles". Il regrette ces déclarations, lui qui enchaîne après Turf avec un troisième Camping. "J'ai dit ça comme ça", dit-il aujourd’hui. "J’ai été vachement fragilisé par la sortie. J’ai dit une connerie."

Onteniente broie du noir. "Je n'arrivais pas à remonter. C’était comme un traumatisme. Quelqu’un a dû dire à Jérôme Seydoux que je n’arrivais pas à remonter la pente. Un jour, il m’a appelé pour me dire, 'Fabien, il serait peut-être bien de remonter sur le cheval.' Il avait perdu de l’argent à cause de Turf, mais il ne m’en voulait pas. Il a vraiment été un prince. Franck [Dubosc] a été vachement bien aussi."

"On n'a pas tourné que des chefs-d'œuvre!"

Turf marque malgré tout une cassure dans sa filmographie. "Il y avait une forme d’insouciance avant. Je me posais moins de questions. Je sais pourquoi. Mon père est mort à cette époque-là. Il ne voulait pas trop que je fasse du cinéma. Je lui avais montré que je pouvais avoir du succès, mais ça l’intéressait sans plus. C’est vrai qu'il y a eu Turf, puis la mort de mon père. Il s’est passé quelque chose. Quand on perd son père, on n’est plus pareil."

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Onteniente dénonce aussi l’omniprésence des chaînes de télévision en clair dans le montage financier des films. "Elles veulent des films diffusables à 20h50, avec des noms. Elles veulent qu’on regarde leur film-téléfilm. Toute l’astuce consiste à leur livrer un film qui ne soit pas un téléfilm. Parfois, c’est très chiant." Onteniente a remporté le pari avec Camping, un de ses films préférés, mais "pas tant que ça" avec Turf, "parce qu’il ne passe pas tant que ça à la télé": "C'est un film!"

Depuis sa sortie, Turf est devenu pour la moitié de son quatuor une espèce de blague. Invité en 2019 du Burger Quiz, Édouard Baer avait lancé à Alain Chabat une pique à peine voilée à Turf: "Ah! On n'a pas tourné que des chefs-d'œuvre!" "Baer m’a dit, 'j’ai été un peu trop snob'", raconte Onteniente. Il reconnaît que lui et Chabat n’ont pas eu d'atomes crochus sur le tournage. "Je n’étais pas forcément à l’aise. C’est ni de sa faute, ni de la mienne. On a fait comme on a fait."

"Batailler pour rester de la haute-couture"

Onteniente a depuis retrouvé son complice Franck Dubosc pour un troisième Camping dont il est très content, et qui a séduit un large public (3,3 millions de spectateurs). Leur dernière collaboration, All Inclusive, a été une autre déception (814.207 spectateurs), qui l’a contraint à se rapatrier vers la télévision, où il a remporté avec 100% Bio, une comédie portée par Didier Bourdon, un autre succès (5,5 millions de téléspectateurs).

Revigoré, Onteniente prépare un nouveau film de cinéma, sur des Parisiens qui s’installent à la campagne. Un projet d’envergure modeste, promet-il. Il rêve toujours à son film inspiré du braquage parisien de la star de télé-réalité Kim Kardashian par une bande de pieds nickelés. Il les verrait bien incarnés par Les Inconnus.

Animé par le désir de se renouveler sans cesse ("Je me suis pris la tête! Ce sont des modèles uniques"), cet artisan de la comédie populaire regrette la disparition de producteurs de grande envergure et dénoncent une nouvelle génération de financiers qui "demandent à ce qu'on fasse toujours la même chose": "Le plus dur étant de batailler pour rester de la haute-couture et non du prêt-à-porter."

Il possède malgré tout un atout dans son jeu: une véritable connivence avec le romancier Michel Houellebecq, dont les talents de comédien ne sont plus à prouver. "Je me souviens de l’avoir croisé au mariage de Beigbeder. Pour lui, Le Gendarme et les Gendarmettes, c’est un chef d’œuvre. Il m’a fait toutes les répliques! Il avait même les traits de Louis de Funès. C’était extraordinaire. J’étais fasciné!" À quand un remake des aventures de Ludovic Cruchot au camping des Flots Bleus?

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Article original publié sur BFMTV.com

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