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Une treizième et dernière peine de mort exécutée au soir de la présidence de Trump

·4 min de lecture

Les autorités fédérales américaines ont procédé vendredi à leur treizième et dernière exécution en six mois, une série inédite aux États-Unis. Le condamné est mort dans la nuit de vendredi à samedi.

Là, encore Donald Trump se distinguera de ses prédécesseurs dans les livres d'Histoire. Les autorités fédérales ont procédé à la treizième et dernière exécution en six mois sous le mandat de Donald Trump, une série inédite dans l’histoire des États-Unis. La Cour suprême a donné son feu vert pour que Dustin Higgs, un homme noir de 48 ans, reçoive une injection létale dans le pénitencier fédéral de Terre-Haute, dans l'Indiana. L'homme est mort dans la nuit de vendredi à samedi.

Un soir de janvier 1996, il avait invité trois jeunes femmes dans son appartement, près de Washington, avec deux amis. L'une d'elle ayant refusé ses avances, il avait proposé de les reconduire, mais s'était arrêté dans une réserve fédérale isolée. Selon le ministère de la Justice, il avait alors ordonné à l'un de ses amis d'abattre les trois femmes.

"Arbitraire et inéquitable"

En 2000, il a été condamné à la peine de mort pour enlèvement et assassinat. L'auteur des coups de feu a, lui, écopé d'une peine de rétention à perpétuité. "C'est arbitraire et inéquitable de punir M. Higgs plus que le tueur", a estimé son avocat Shawn Nolan dans une demande de clémence adressée à Donald Trump. Comme dans d'autres dossiers, le président républicain, un fervent défenseur de la peine de mort, n'a pas donné suite.

Au contraire, son administration s'est battue en justice pour pouvoir procéder à l'exécution avant qu'il ne quitte la Maison Blanche, dans cinq jours.

Un tribunal avait en effet accordé, mardi, un sursis à Dustin Higgs parce qu'il a contracté le Covid-19 et risque de souffrir davantage au moment de l'injection de pentobarbital. Le ministère de la Justice a immédiatement fait appel, et obtenu gain de cause.

Un dernier recours, qui portait sur des questions de juridiction, a été étudié par la Cour suprême, qui l'a rejeté : la haute juridiction, profondément remaniée par Donald Trump compte désormais six juges conservateurs sur neuf et ils ont systématiquement donné leur feu vert aux exécutions fédérales depuis l'été.

Pardons et la commutations de peine

L'administration républicaine a renoué en juillet avec une pratique suspendue depuis 17 ans, alors qu'au même moment les États reportaient toutes les exécutions pour éviter de propager le virus.

Depuis, douze Américains ont reçu des injections létales à Terre-Haute, dont, pour la première fois en près de 70 ans, une femme, exécutée malgré les doutes sur sa santé mentale.

"Il n'y a jamais eu autant d'exécutions fédérales en un laps de temps aussi court", relève Richard Dunham, le directeur du Centre d'information sur la peine de mort : "Le maximum de civils exécutés par les autorités fédérales était de 16 en 1896, et là, on s'apprête à avoir 13 exécutions en six mois".

Avec l'exécution de Dustin Higgs, six auront eu lieu depuis la victoire de Joe Biden à la présidentielle du 3 novembre, là encore du jamais-vu, ajoute-t-il.

"Historiquement, les présidents en fin de mandat se concentrent sur les pardons et la commutations de peines", rappelle Richard Dunham. Avant Donald Trump, aucun président sortant "n'a exercé son pouvoir discrétionnaire pour tuer des gens plutôt que pour les épargner".

Une majorité de condamnés de couleur

Si le rythme est inédit, le profil des condamnés reflète, selon l'expert, des problèmes récurrents dans l'application de la peine capitale aux États-Unis, avec une surreprésentation des personnes de couleurs (sept des 13), deux personnes ayant de lourdes déficiences intellectuelles, deux souffrant de troubles mentaux et deux tout juste majeures au moment de leur crime.

Sensible à ces travers, le démocrate Joe Biden, qui prêtera serment mercredi, a fait campagne sur son opposition à la peine de mort et a promis de travailler avec le Congrès pour tenter de l'abolir au niveau fédéral.

Des parlementaires démocrates ont introduit lundi une proposition de loi en ce sens. Leur parti ayant repris le contrôle du Sénat, elle pourrait être adoptée.

"Mais les démocrates devront convaincre certains de leurs collègues républicains", estime Richard Dunham, en rappelant qu'aucune mesure abolitionniste n'a jamais été adoptée sans un soutien des deux partis.

Avec AFP