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Les touristes chinois en France, une manne menacée par le coronavirus

Katia DOLMADJIAN
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Un passager venant de Chine à l'aéroport de Roissy, le 27 janvier 2020

Paris (AFP) - Avec plus de 2 millions de visiteurs par an, les Chinois représentent une clientèle de poids pour la France et sont surtout les plus dépensiers, une manne qui pourrait pâtir des effets du coronavirus en cas de ralentissement des flux touristiques en provenance de Chine.

Combien de touristes chinois en France?

Le nombre de Chinois accueillis dans l'Hexagone a bondi ces dix dernières années, passant de 715.000 en 2009 à quelque 2,2 millions en 2018 selon Atout France, l'agence nationale qui promeut le tourisme hexagonal à l'étranger.

Cette fréquentation s'est cependant stabilisée depuis les attentats de 2015, où 2,2 millions de visiteurs avaient été recensés, avant 2 millions en 2016 puis 2,1 millions en 2017.

Paris et l'Ile-de-France restent la destination européenne la plus visitée par les Chinois. De janvier à novembre 2019 cependant, la fréquentation a baissé de 8% sur un an, avec 892.000 arrivées hôtelières enregistrées, selon l'Institut français des statistiques (Insee).

Quelque 25% de visiteurs chinois voyagent en groupes, et 75% sont des individuels ou des petits groupes. Ils séjournent en moyenne 5,2 nuitées.

Les visiteurs chinois sont-il dépensiers?

"Si les Chinois représentent 2,5% de la fréquentation touristique totale, ils sont encore plus "lourds" économiquement: avec 4 milliards d'euros de dépenses, ils totalisent 7% de la recette touristique", indique à l'AFP Jean-Pierre Mas, président des Entreprises du Voyage, l'organisation qui représente le secteur du voyage en France.

Rien qu'à Paris et dans sa région, les visiteurs chinois ont dépensé 265 millions d'euros en 2018 dans des biens "durables", qui ne sont pas consommés sur place, comme un sac à main, un vêtement, un parfum ou un simple souvenir, selon des données de la Chambre de commerce et de la Région.

Cela en fait la clientèle la plus dépensière devant les Américains (246 millions d'euros), les Espagnols (85 millions) et les Japonais (78 millions).

Leur budget moyen (hors transport) s'établit à 1.024 euros par séjour, selon le Comité du tourisme de la région (CRT), le shopping étant le deuxième poste de dépenses après l'hébergement.

Les festivités du Nouvel An chinois, du 25 janvier au 8 février, mais également les deux semaines suivantes, sont cruciales pour les commerçants: en 2018 et 2019, les ventes détaxées des touristes chinois sur la période ont représenté environ 10% du total de leurs dépenses annuelles, rappelle l'opérateur de détaxe Planet.

En 2019, le tourisme chinois a représenté 32% de la valeur des ventes détaxées dans l'Hexagone, détaille Planet.

Quel impact sur le tourisme hexagonal?

"On est en basse saison pour l'instant, mais si la situation perdurait -et il y a de très fortes probabilités que ce soit long- l'impact économique sera important, notamment pour l'hôtellerie et le secteur du luxe", estime Jean-Pierre Mas.

Lors du Nouvel An chinois 2019, "le nombre de détaxes des touristes chinois en France avait diminué de 5% par rapport à 2018, notamment à cause du mouvement des "gilets jaunes"", selon la société Planet. Sur cette base et dans "le pire des scénarios pour 2020, les pertes pourraient être estimées à 10% des achats détaxés en France, soit 22 millions d'euros".

"Forcément cela va créer un manque d'arrivées de touristes chinois", même si "février n'est pas un énorme mois", renchérit Christophe Decloux, directeur général du CRT.

Il rappelle qu'en 2003, lors de l'épidémie de Sras en Asie, "on a eu une baisse d'arrivées -pour l'ensemble des marchés asiatiques et pas seulement le marché chinois- de 1,7 million de touristes, ce qui représentait une perte d'environ 200 millions d'euros de chiffre d'affaires".

A l'inverse, quel impact pour le tourisme français en Chine?

A eux seuls, les tour-opérateurs français ont fait voyager vers la Chine quelque 15.600 clients en 2018 dans la catégorie "voyages à forfait" (vol+hôtel), leur cœur de métier.

Dimanche, leur syndicat (Seto) a recommandé la suspension des voyages organisés vers ce pays "jusqu'au 21 février inclus" du fait de l'épidémie de coronavirus, en raison de la fermeture de la plupart des sites touristiques.

"Entre les tour-opérateurs et les agences de voyages françaises, cela représente moins d'un millier de touristes français concernés", indique Jean-Pierre Mas, ajoutant que "c'est la très basse saison, et c'est en plus une destination qui avait moins de succès en raison des difficultés d'obtention des visas".

Depuis l'été dernier, les Français souhaitant se rendre en Chine doivent fournir des empreintes digitales afin d'obtenir un visa, et ne peuvent le faire que dans quatre centres habilités dans toute la France.