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Temple Grandin, la zoologue atteinte d’autisme qui a révolutionné l’abattage industriel

·4 min de lecture

Zoologue et zootechnicienne américaine, professeure à l’université du Colorado, Temple Grandin est née en 1947 à Boston. Ses découvertes, pensées pour améliorer le bien-être de l’animal, ont profondément modifié les méthodes d’élevage et d’abattage industriel. Diagnostiquée autiste, elle a également contribué à mieux faire comprendre cet handicap, avec le slogan « different, not less ! », « différent, pas attardé ! ». RFI consacre lundi 8 mars une journée spéciale à la Journée internationale des droits des femmes en mettant à l'honneur les femmes scientifiques.

« C’est certainement une étrange petite fille, mais elle apprendra à parler », déclare un psychiatre à Eustacia Purves, à propos de Temple, sa fille âgée de trois ans et demi. Dans les années 1950, aux États-Unis comme dans le reste du monde, l’autisme est mal connu. Temple est diagnostiquée avec des « dommages cérébraux », et on recommande de la placer dans une institution spécialisée pour déficients mentaux. Mais Eustacia ne se résigne pas face à son enfant muette.

« La mère de Temple Grandin lui a fait confiance et lui a montré qu’elle valait au moins autant que les autres enfants, résume Francine Stourdzé, de l’association Actions pour l’autisme Asperger. Elle a élevé son enfant dans la bonne direction, sans céder à la pression des institutions. Et Temple Grandin a prouvé par son parcours professionnel le potentiel formidable des personnes autistes. »

Comprendre les bovins pour améliorer l’élevage et l’abattage

Temple Grandin a en effet une grande influence sur le développement de l’éthologie, cette science du comportement animal qui considère les animaux comme des individus dont il faut comprendre les émotions et les ressentis. Fascinée par les bovins, un des « intérêts spécifiques » liés à son trouble autistique, Temple Grandin les étudie. À quatre pattes, elle arpente les couloirs des abattoirs pour repérer les taches de lumière et d’ombre qui apeurent les bovins et augmentent leur stress.

« C’est une pionnière dans ce domaine, s’enthousiasme Lucile Bellegarde, docteure en éthologie et chargée des affaires agroalimentaires pour l’ONG internationale CIWF. Ses apports ont été révolutionnaires. Elle est la première à se placer du point de vue de l’animal. » Sans remettre en cause l’élevage industriel, Temple Grandin s’applique à le faire évoluer pour que les animaux y soient élevés et abattus d’une façon plus respectueuse.

Récompensée à la fois par des associations pour le bien-être animal et par des industriels de la viande

« Elle remarque que les bovins évoluent naturellement en suivant une courbe, poursuit Lucile Bellegarde. Les angles droits leur font peur, car ils peuvent cacher des prédateurs. » Temple Grandin crée ainsi en 1980 sa société de conseils et d’ingénierie en équipement pour le bétail et propose aux abattoirs un circuit courbé. Apaisés, les animaux y marchent sans contrainte : le personnel n’a plus à les forcer à avancer.

Vue, odorat, ouïe, toucher… Tous les sens sont convoqués pour adapter au mieux les lieux d’élevage et d’abattage au fonctionnement des animaux. Leur bien-être s’améliore, tout comme les performances des abattoirs. MacDonald's lui commande des audits dans les années 1990, et transforme ses abattoirs en suivant sa méthode.

Temple Grandin est récompensée en 2004 par PETA USA et par Beef Magazine, ce qui fait d'elle l'une des rares personnes au monde à être récompensée à la fois par les défenseurs du bien-être animal et par les industriels de la viande. Actuellement, près de la moitié des abattoirs d’Amérique du Nord utilisent les appareils qu’elle a élaborés.

Machine à câlin

Qualifiée de « voix des sans voix » par sa biographe Annette Wood, Temple Grandin met également à profit sa réussite professionnelle et académique - elle est diplômée en psychologie et en zootechnie - pour améliorer la vie des personnes autistes. Elle conçoit ainsi durant ses études une « machine à câlin », inspirée de l’effet calmant qu’ont les cages de contention sur les bovins.

« La contenance est toujours utilisée par les personnes avec autisme, explique Carline Bernard, psychologue et docteure en sciences cognitives. Beaucoup d’enfants et d’adultes utilisent maintenant des couvertures lestées, qui ont un effet similaire à celui de la ‘machine à câlin’ de Temple Grandin. »

« Différente, pas attardée ! »

Temple Grandin se rapproche également dès 1980 de l’Autism Society of America et commence à livrer son témoignage. En 1986 paraît son autobiographie, intitulée « Ma vie d’autiste », qui donne à comprendre pour la première fois l’autisme vu de l’intérieur, avec le slogan « different, not less ! », « différent, pas attardé ! ».

« Temple Grandin est l’une des premières personnes avec autisme à parler de ses ressentis, de son rapport au monde et à la sensorialité, poursuit Carline Bernard. Grâce à ses conférences, ses livres, son témoignage, elle a permis de mieux faire comprendre le fonctionnement des personnes avec autisme, et de montrer que leurs comportements, qui pouvaient sembler 'étranges', s’expliquaient rationnellement, qu’ils avaient un sens. » Un film biographique, intitulé « Temple Grandin » et sorti en 2010, essaie ainsi d'expliquer et de mettre en scène sa façon de ressentir et de penser les choses.

« Elle est un modèle pour beaucoup de personnes autistes et leurs familles, conclue Miriam Sarbac, fondatrice de l’association Asperger Amitié. Son parcours a montré la force des personnes autistes et les capacités qu'ils peuvent mettre au service de la société. »