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Tempête sur la desserte maritime de la Corse

Maureen COFFLARD
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Navire Corsica Linea à l'approche du port de Marseille le 20 août 2019

Ajaccio (AFP) - Bateaux bloqués, traversées annulées y compris vers l'Algérie ou la Tunisie: le prochain renouvellement des 80 millions d'euros de subventions par an à la desserte maritime de la Corse créent des tensions entre les deux compagnies maritimes privées qui en bénéficiaient et se les partageaient jusqu'ici.

Depuis treize jours, des milliers de passagers qui devaient voyager entre Marseille, les ports corses, Alger ou Tunis vivent au rythme des annulations, reports ou modifications de traversées.

Plusieurs bateaux, notamment de la compagnie Corsica Linea, sont bloqués par des personnels grévistes d'un autre transporteur maritime, La Méridionale. Des blocages qui s'ajoutent au mouvement de grève contre les retraites dans les ports.

Produits frais, fleurs, fruits et légumes, habituellement acheminés par la mer, commencent aussi à manquer sur l'île de Beauté.

Afin d'assurer le service public de continuité territoriale, et donc l'égalité entre citoyens d'un même Etat, insulaires ou pas, des délégations de service public (DSP) autorisent à subventionner ces compagnies maritimes sur la base d'un cahier des charges prévoyant des tarifs réglementés, une desserte toute l'année, y compris pendant les périodes touristiques creuses, le nombre de rotations et les horaires.

Trois compagnies maritimes privées desservent la Corse depuis le continent: deux sous pavillon français, la Corsica Linea (bateaux rouges) et La Méridionale (bateaux bleus) et une troisième sous pavillon international italien --moins protecteur socialement--, la Corsica Ferries (bateaux jaunes).

Leader depuis 2002 sur le transport de passagers entre le continent et la Corse, cette dernière n'a jamais été retenue pour les DSP et opère sans subvention publique.

Corsica Linea, née de la reprise de l'ex-SNCM et détenue depuis 2016 par un consortium d'entreprises corses également propriétaire du quotidien Corse-Matin, ainsi que La Méridionale opéraient ensemble une DSP jusqu'en 2019.

Mais au printemps dernier, les relations sont devenues houleuses. La Corsica Linea avait alors présenté une offre en solo pour opérer une DSP sur une période transitoire, obtenant 3 des 5 lignes. La Méridionale a multiplié les recours en justice mais a été déboutée.

- 500 emplois en jeu -

Pour les deux lignes restantes, une nouvelle procédure d'attribution est en cours, après deux échecs. Si La Méridionale n'était pas choisie, elle serait absente de la desserte de la Corse pour la première fois en 43 ans. Ses employés ont mis en garde contre un risque de "casse sociale".

Mais l'enjeu crucial pour les deux compagnies est la nouvelle DSP de sept ans qui sera attribuée en juillet pour assurer les liaisons entre Marseille et les cinq ports corses (Ajaccio, Bastia, Ile Rousse, Porto-Vecchio, Propriano) à partir de 2021.

Craignant que la Méridionale perde ce marché public, certains de ses employés bloquent depuis le 10 janvier, à l'appel du syndicat des travailleurs corses (STC) et de la CFTC, des navires des deux compagnies à Marseille, réclamant qu'elles trouvent un accord pour se partager les cinq lignes.

Le temps presse. Les candidatures doivent être déposées au plus tard le 14 février auprès de la Collectivité de Corse (CdC).

"Si cet accord n'est pas trouvé, c'est la disparition de La Méridionale avec ses 500 salariés qui se profile", déclare à l'AFP Cyril Venouil, du STC Méridionale.

Pour le directeur général de Corsica Linea Pierre-Antoine Villanova, les multiples recours en justice de La Méridionale et les blocages de ses bateaux font que "les conditions ne sont pas franchement réunies pour trouver un accord de coopération sur les sept prochaines années".

Si la Corsica Linea ne cache pas ses ambitions de croissance, la Méridionale, propriété du groupe logistique Stef spécialisé dans le transport routier alimentaire, reste plus floue sur sa stratégie maritime vers la Corse. Avec, en prime, la Corsica Ferries toute prête à goûter aux subventions publiques.