Taïwan, Crimée : Wikipédia ne suffit pas pour trancher la guerre des frontières

AFP

EDITORIAL - Alors que les frontières sont bousculées par le coup de force de Vladimir Poutine en Ukraine et les velléités chinoises sur Taïwan, nos élus seraient fondés à faire un détour par la géographie et l’histoire avant de trancher. Leurs fonctions les obligent à quelques exigences, à quelques subtilités aussi et à quelques devoirs sur table, estime notre éditorialiste Guillaume Malaurie.

"Mais mon bon Monsieur tout le monde sait bien que la Crimée est russe depuis toujours, je répète depuis toujours, et pareil pour Taïwan qui est chinoise depuis toujours…" L’argument d’autorité et d’évidence est simple à utiliser parce qu’il ne renvoie à aucune référence précise, aucune démonstration et qu’il suffit d’en piocher la formulation massue, flashy, dans les éléments de langage fournis par l’appareil dont on relève.

Aligner les noms des habitués des formules "drones" serait fastidieux. Citons tout de même le député européen lepéniste Thierry Mariani, spécialiste du genre mais d’autres à LFI soufflent dans des clairons du même cuivre. Et sans vouloir chanter la ritournelle du "c’était mieux avant", force est de rappeler que sous la III° République, les débats souvent bien plus incandescents qu’aujourd’hui, s’appuyaient sur une culture générale, philosophique et historique d’une toute autre densité.

A la recherche des débats de la IIIe république

Le plus bel exemple fut certainement le débat sur le colonialisme où Jules Ferry, Georges Clemenceau et bien d’autres s’affrontèrent en 1885 sur la légitimité du colonialisme. Un dissensus polémique travaillé, argumenté, construit. Clemenceau, hostile au colonialisme, cite les Hindous dont il vente "la grande civilisation raffinée" et met en évidence la réalité des "civilisations rudimentaires" face aux civilisations "scientifiques". Et de son côté Ferry, partisan du colonialisme travaille les exemples du passé : "Ces devoirs (émancipateurs NDLR), messieurs, ont été souvent méconnus dans l'histoire des siècles précédents, et certainement, quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l'esclavage dans l'Amérique centrale, ils n'accomplissaient pas leur devoir d'hommes de race supérieure."

Il y a beaucoup de raisons – l’anti-américanisme notamment – qui expliquent les simplifications polémiques outrancières sur les grandes questions frontalières longtemps gelées depuis le dernier conflit mondial et [...]

Lire la suite sur challenges.fr

A lire aussi