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La SNCF dans le rouge en 2019 après la grève, qui lui coûte près d'un milliard d'euros

Jean LIOU
Le PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou répond aux questions des journalistes après la présentation des résultats du groupe public le 28 février 2020 à Saint-Denis

Paris (AFP) - La SNCF a chèrement payé la grève très dure contre la réforme des retraites en décembre, terminant l'année 2019 dans le rouge alors que les onze premiers mois avaient été "très dynamiques", avec une forte progression du chiffre d'affaires.

Le groupe public a publié vendredi une perte nette de 801 millions d'euros en 2019, contre un bénéfice de 141 millions un an plus tôt.

"Sans cette grève, l'année aurait été excellente", a regretté le PDG de la SNCF Jean-Pierre Farandou.

Au total, la grève aura coûté près d'un milliard à la SNCF sur la période décembre-janvier.

Les 27 jours de grève en décembre ont coûté à la SNCF environ 690 millions d'euros de manque à gagner de chiffre d'affaires et 614 millions de marge opérationnelle (équivalent du résultat d'exploitation) --dont 85 millions de remboursements des clients et mesures commerciales--, qui alourdissent la dette.

Et la poursuite de la grève en janvier s'est traduite par une perte d'exploitation de 330 millions d'euros, qui va être en partie compensée par des gains d'activité, des réductions de charges supplémentaires, le décalage de certains projets, une optimisation des investissements, etc.

Il n'y aura d'impact ni sur les clients ni sur l'emploi, a promis M. Farandou.

Lors de l'exercice 2019, d'importants effets comptables ont plombé le résultat net annuel. Sans ces effets, le "résultat net récurrent" mis en avant par la direction reste néanmoins négatif, à -301 millions d'euros. L'écart s'explique surtout cette année par une dépréciation des impôts différés actifs, une opération comptable liée à la diminution de la base taxable future.

Hors effet de la grève en décembre, le "résultat net récurrent" serait positif, à +313 millions d'euros, relève la direction.

Le chiffre d'affaires du groupe a progressé de 5,1% à 35,1 milliards d'euros porté par le dynamisme des activités ferroviaires et de la filiale de transports publics Keolis.

La marge opérationnelle est parallèlement en nette hausse, ce qui permet à M. Farandou de parler de "développement profitable".

Le chiffre d'affaires de Voyages SNCF (TGV et Intercités, notamment) progresse de 4,2%, avec des trafics en hausse de 4,1%. Les activités TER et Transilien, et même le trafic ferroviaire de marchandises --à l'international-- sont en progression, tandis que le chiffre d'affaires de Keolis bondit de 10,3%.

Le montant total des investissements du groupe frôle les 10 milliards d'euros, réalisés à plus de 95% dans les activités ferroviaires en France. Il devrait dépasser les 11 milliards pour la première fois cette année, prévoit la SNCF.

- 35 milliards de dettes -

La dette consolidée s'est alourdie de 3,6 milliards en 2019, pour finir l'année à 60,3 milliards d'euros (dont 51,9 milliards pour SNCF Réseau).

"Il y a un décalage énorme entre le cash investi par Réseau et sa capacité à en générer", a remarqué M. Farandou devant des journalistes. Ses besoins de financement ont en effet représenté 2,5 milliards dans cet alourdissement, dont 1,3 milliard de frais financiers.

La SNCF --devenue le 1er janvier une société anonyme à capitaux publics-- a donc commencé l'année 2020 avec une dette d'environ 35 milliards d'euros, après la reprise de 25 milliards par l'Etat le 1er janvier. Celui-ci doit encore reprendre 10 milliards supplémentaires en 2022.

Concernant d'éventuelles cessions d'actifs, la direction a engagé une "revue stratégique", dont M. Farandou présentera les premiers résultats à son conseil d'administration fin avril. Même échéance pour être "bien avancé" dans les négociations du "contrat de performance" qui doit lier l'Etat et SNCF Réseau.

L'objectif d'équilibre économique imposé par le gouvernement est maintenu: la SNCF est priée de fonctionner sans alourdir la dette à partir de 2022.

Jean-Pierre Farandou n'entend pas pour autant retarder les grands projets du groupe, tant la fusion des services internationaux à grande vitesse Eurostar et Thalys que le lancement de TGV à bas coûts en Espagne.

Quant au coronavirus, le patron de la SNCF reste prudent: "Nous sommes en étroite collaboration avec l'Etat (...) Nous nous préparons aux différentes éventualités en fonction du niveau sanitaire qui sera déclaré par le gouvernement."

"Ce qui nous guide, c'est la protection de nos clients et de nos employés", a-t-il relevé, notant que "des plans de transport ajustés" pourraient être mis en place le cas échéant.

La direction prévoit une croissance du chiffre d'affaires de 2,7% en 2020.