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Sauvées de la faillite en 2008, les banques américaines veulent se rattraper

Luc OLINGA
La pandémie de coronavirus, qui menace l'économie mondiale de récession, offre l'opportunité aux riches banques américaines, sauvées de la faillite en 2008 avec des fonds publics, de redorer leur blason en aidant les commerces, les entreprises et les ménages en difficulté

New York (AFP) - La pandémie de coronavirus, qui menace l'économie mondiale de récession, offre l'opportunité aux riches banques américaines, sauvées de la faillite en 2008 avec des fonds publics, de redorer leur blason en aidant les commerces, les entreprises et les ménages en difficulté.

"Les banques vont essayer de se présenter sous leur meilleur jour, elles qui avaient été blâmées en 2008 pour la crise des subprimes", estime Gregori Volokhine, chez Meeschaert Financial Services, soulignant qu'elles n'avaient cette fois aucune responsabilité dans la crise.

Elles peuvent par exemple suspendre les remboursements des hypothèques, ainsi que tous les paiements dus à très brève échéance.

A Seattle, métropole du nord-ouest transformée en ville fantôme, la banque régionale WaFd a d'ores et déjà mis en place un programme d'aide de 16,4 milliards de dollars pour soutenir les petits commerces.

Elle offre des crédits pouvant aller jusqu'à 200.000 dollars sans intérêt et a également allégé les critères d'octroi de prêts de moins de 30.000 dollars. Les commerces de proximité doivent juste prouver qu'ils opèrent depuis deux ans et que leur chiffre d'affaires a chuté d'au moins 10% à cause du coronavirus.

"Nous voulons offrir aux propriétaires de petits commerces un filet de sécurité pour les aider à traverser cette crise", explique Brent Beardall, le patron de WaFd.

Les huit plus grandes banques américaines ont elles suspendu leurs programmes de rachat d'actions, moyens indirects de choyer leurs actionnaires, pour consacrer cet argent aux lignes de crédit accordés aux particuliers et entreprises affectés par le nouveau coronavirus.

"La pandémie de Covid-19 est un défi sans précédent pour le monde et l'économie mondiale et les grandes banques américaines ont une capacité incontestable et un engagement pour soutenir leurs clients, les ménages et la nation", a reconnu dimanche leur lobby, le Financial Services Forum (FSF).

D'après le FSF, JPMorgan Chase, Bank of America Merrill Lynch, Citigroup, Wells Fargo, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Bank of New York Mellon et State Street ont amassé plus de 914 milliards de dollars de plus lors de la dernière décennie.

Elles envisagent d'utiliser cet argent "pour soutenir au maximum les particuliers, les petites entreprises et l'économie dans l'ensemble".

- Comptes assainis -

La fermeture des écoles et des commerces à travers les Etats-Unis va se traduire par de nombreuses suppressions d'emplois, l'incapacité de petites entreprises et de ménages à honorer leurs mensualités. L'avenir de certaines sociétés est directement menacé.

Les grandes entreprises ne sont pas épargnées: Boeing, le plus gros exportateur américain, qui était déjà affecté par la crise du 737 MAX, s'est empressé la semaine dernière de piocher dans la ligne de crédit de 14 milliards de dollars que lui ont accordée en février des banques.

Ces promesses de prêts sont l'unique filet de sécurité sur lequel se reposent un très grand nombre d'entreprises et d'industries pour survivre, d'après des experts.

"Les banques américaines détiennent largement de liquidités pour répondre à la demande des entreprises", veut croire Jesse Rosenthal, expert chez CreditSights.

JPMorgan Chase, forte d'une force de frappe de 108 milliards de dollars, d'après CreditSights, assure qu'elle ne lâchera pas ses clients, "même si les circonstances empiraient".

Outre les crédits, les firmes ont adopté une série d'autres mesures, comme la suppression de nombreux frais et commissions et l'extension des mensualités. Elles se disent prêtes à aller plus loin si les autorités de régulation assouplissaient leurs règles en matière de fonds propres et de prêts dits toxiques.

Le rôle central que les banques peuvent jouer en cette période a été souligné dimanche par la Réserve fédérale (Fed), qui les a incitées à soutenir l'économie et a vanté leur bonne santé.

Les grandes banques aux Etats-Unis sont financièrement bien plus solides et affichaient davantage de capitaux propres qu'après la récession de 2009, selon les derniers tests de résistance de juin, qui prenaient en compte un scénario catastrophe.

Mais d'après les experts, ça ne signifie pas que les banques vont sauver les entreprises. "C'est au gouvernement fédéral de prendre des mesures pour empêcher que les gens ne se retrouvent dans la rue parce qu'ils ne peuvent pas payer leur loyer", prévient M. Volokhine.