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Retraites: poursuite d'une mobilisation désormais aussi longue que celle de 1995

Bertille OSSEY-WOISARD, Jessica LOPEZ
Retraites: poursuite d'une mobilisation désormais aussi longue que celle de 1995

Paris (AFP) - Le conflit social sur la réforme des retraites entre ce jeudi dans sa quatrième semaine avec des transports toujours très perturbés par les grèves, sans aucune porte de sortie visible et avec une nouvelle journée d'action prévue samedi.

L'ombre de 1995 plane au 22e jour de mobilisation. Le conflit avait alors duré autant de jours, entre le 24 novembre et le 15 décembre, notamment contre la réforme des régimes de retraites des fonctionnaires et des agents de services publics, que le gouvernement d'Alain Juppé avait fini par abandonner.

Vingt-quatre ans plus tard, aucune issue n'apparaît, avec un gouvernement déterminé à remplacer les 42 régimes de retraites existants par un "système universel" par points, et à instaurer un âge pivot à 64 ans, assorti d'un bonus-malus.

Les syndicats, opposés à ce projet où "tout le monde perdra", maintiennent la pression, même si le taux de grévistes continue de s'éroder à la SNCF (9,6% en général jeudi, et 42,1% chez les conducteurs, contre 49,3% mardi).

Vendredi, le trafic SNCF demeurera "très perturbé" avec en moyenne 6 TGV sur 10, 1 Transilien (RER SNCF et trains de banlieue parisienne) sur 5, et 4 circulations de TER sur 10, dont une grande partie assurée par des cars de substitution.

A la RATP, cinq lignes du métro parisien resteront fermées mais RER A et RER B circuleront une grande partie de la journée, une première depuis le début du mouvement.

Ce jeudi, une manifestation de soutien aux cheminots a rassemblé 200 à 300 personnes à la mi-journée, à Paris, entre gare de l'Est et Saint-Lazare. Parmi les participants, beaucoup de "gilets jaunes" et des drapeaux SUD Solidaires, a constaté l'AFP.

- "Journée du désarroi" -

Contrairement aux voeux d'Emmanuel Macron, aucune trêve de Noël n'est intervenue cette semaine dans les transports.

Tandis que plusieurs voyageurs ont fait état sur les réseaux sociaux de trains affichés complets mais circulant à moitié vides, la SNCF a réfuté jeudi "avoir connu des alertes sur le taux d'occupation".

Entre le 19 et le 24 décembre, première vague des départs en vacances, "plus d'un million de voyageurs ont voyagé en TGV et Intercités pour 1,3 million de places offertes au total sur la période", a précisé à l'AFP la direction de Voyages-SNCF.

Un peu partout en France, les syndicats ont poursuivi leurs initiatives ces derniers jours : blocages de bus, coupures d'électricité, déjeuners "festifs", représentation du Lac des Cygnes sur le parvis de l'Opéra de Paris par des danseuses en grève, raffineries à l'arrêt...

"Il n'y a pas de risque de pénurie" de carburant, a toutefois déclaré le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. Selon lui, sur les 200 dépôts en France, deux "font l'objet d'un blocage".

Samedi, des rassemblements à l'appel de la CGT-Cheminots sont prévus notamment à Paris, Chartres, Grenoble, Nancy ou Draguignan.

Le conflit semble bien parti pour dépasser le record de 28 jours atteint en 1986/87 à la SNCF, également sans trêve de Noël, pour la défense des salaires et les conditions de travail.

Le collectif SOS Retraite, qui regroupe des professions libérales disposant de régimes autonomes, appelle aussi à la grève le 3 janvier. Dans leurs rangs, les infirmiers libéraux ou les kinés, mais aussi quatre syndicats d'hôtesses et stewards qui ont suspendu leur appel après avoir obtenu des garanties de l'exécutif. Le syndicat des pilotes SNPL pourrait faire de même.

Le 6 janvier, les experts comptables organiseront une "journée du désarroi". Des médecins fermeront leur cabinet et les avocats seront également en grève, selon ce collectif.

Autre temps fort, le 9 janvier avec une nouvelle journée de grèves et de manifestations interprofessionnelles à l'appel de la CGT, Force ouvrière, la FSU et Solidaires, et des organisations de jeunesse.

Deux jours plus tôt, le 7, des concertations auront repris entre le gouvernement et les organisations syndicales et patronales autour des questions de pénibilité et de gestion de fin de carrière, avant la présentation du projet de loi en Conseil des ministres le 22 janvier.

Mais Laurent Pietraszewski, le "M. Retraites "du gouvernement, a d'ores et déjà prévenu : pas question de revenir sur la "suppression des régimes spéciaux". Même si le gouvernement a fait une exception pour les policiers.