La bourse est fermée

Retraites: le conflit suspendu aux annonces du gouvernement, les opposants dans la rue

Marie-Pierre FEREY
Retraites: le conflit suspendu aux annonces du gouvernement, les opposants dans la rue

Paris (AFP) - Le conflit des retraites était suspendu samedi aux annonces du gouvernement, promises par le Premier ministre, alors que les opposants étaient à nouveau dans la rue partout en France pour cette 38e journée de grève.

Plusieurs milliers de manifestants ont commencé à défiler en début d'après-midi dans la capitale entre la place de la Nation et celle de la République, rejoints par des centaines de "gilets jaune", avec banderoles et couronnes de fleurs en hommage au livreur mort après avoir été interpellé par les forces de l'ordre, Cédric Chouviat. Parmi les slogans: "Castaner en enfer", "Macron démission".

D'autres manifestations avaient lieu partout en France. A Toulouse dans la matinée, la police avait compté 3.000 manifestants, contre 20.000 pour la CGT. A Nantes, où la police a dénombré 2.800 personnes, des personnels de l'université s'étaient joints au cortège, de même que des "gilets jaunes". "On grève la gueule ouverte", "Retraite à poings levés", pouvait-on lire sur les pancartes et banderoles. De nombreux rassemblements plus petits avaient lieu dans tout le pays, comme à Compiègne (140 participants selon la police) ou Béthune (150).

Edouard Philippe s'est engagé vendredi au terme d'une nouvelle journée marathon de bilatérales avec les partenaires sociaux à adresser samedi aux organisations syndicales et patronales "par écrit des propositions concrètes" qui pourraient former "la base d'un compromis".

Au départ du défilé parisien, les leaders syndicaux interrogés ont dit n'avoir pas encore reçu ce courrier.

Philippe Martinez (CGT), en pointe dans la mobilisation contre la réforme, a redit que son organisation n'avait "pas changé d'avis" après 5 semaines de conflit et fustigé un projet de loi que "personne ne comprend" et dont beaucoup d'aspects "seront réglés par des décrets".

"Si ce soir on nous annonce un recul en tout ou partie sur l'âge pivot, ce sera le produit de la mobilisation, cela ne peut que nous conforter", a noté Yves Veyrier (FO), qualifiant la réforme des retraites de "pire idée de ce quinquennat".

Le gouvernement est très attendu sur l'âge pivot qui doit progressivement inciter les Français à partir à 64 ans sous peine de se voir infliger un malus.

Mais "quand bien même le gouvernement retirerait l'âge pivot, cela ne changerait en rien notre opinion que le régime est mauvais et vise à faire baisser de 20% les pensions", a balayé François Hommeril (CFE-CGC).

La CFDT, favorable au régime par points mais fermement opposée à l'âge pivot, organisait ses propres rassemblements samedi, dont un à Paris dans la matinée, pour distribuer des tracts et faire signer une pétition pour en réclamer le retrait.

"C'est une mesure aveugle qui n'a pas lieu d'être dans le projet de loi", a redit vendredi son dirigeant Laurent Berger, notant toutefois "une volonté d'ouverture" de la part du Premier ministre.

Ce dernier a redit vendredi "la détermination du gouvernement" à présenter ce projet de système universel de retraite le 24 janvier en Conseil des ministres et de le soumettre à l'examen en séance publique à l'Assemblée nationale à compter du 17 février" pour qu'il puisse être adopté avant l'été.

"Faisons confiance aux partenaires sociaux, on sait trouver les solutions", a réagi samedi matin François Asselin, président de la CPME sur France Inter, appelant à "trouver un chemin de compromis avec les syndicats réformistes".

Un éventuel compromis ne se traduira pas forcément par l'arrêt immédiat des perturbations dans les transports car la CGT, FO et Solidaires réclament pour leur part le retrait pur et simple du projet.

"Si le Premier ministre recule sur l'âge pivot, ce sera un acquis des grévistes mais qui ne permettra pas de faire reprendre le travail à la SNCF, à la RATP", a averti sur BFM TV Fabien Villedieu, secrétaire fédéral SUD-Rail.

Le trafic SNCF reste perturbé ce week-end avec 80% des TGV, un TER sur deux et 40% des Transilien, tandis que la RATP évoque une "nette amélioration" par rapports aux derniers week-ends.

Jeudi, 452.000 manifestants étaient déjà descendus dans la rue contre le projet de réforme, selon le ministère de l'Intérieur, dont 56.000 dans la capitale, une mobilisation supérieure à celle du 10 décembre, mais en deçà de celles du 17 et surtout du 5 décembre, premier jour du mouvement.

L'intersyndicale, qui doit à nouveau se réunir samedi en fin d'après-midi, a appelé à poursuivre le mouvement avec une "journée de grève et de convergence interprofessionnelle" mardi, et des "initiatives déclinées sous toutes les formes" mercredi et jeudi.

La CGT a appelé à maintenir le blocage des expéditions de carburants des raffineries jusqu'au 16 janvier inclus, et a déposé un préavis de grève "reconductible bloquante" à partir du 13 dans deux centres de la Banque de France qui traitent plus du quart des billets du pays.

La grève historique continuait samedi à l'Opéra de Paris, avec l'annulation de la représentation du Barbier de Séville, et à Radio France, qui en est à son 40e jour de grève.

burs-mpf-cel/swi