La bourse est fermée

La retraite, ce "dimanche de la vie" qu'une réforme tout sauf égalitaire souhaite balayer

Qu'appelle-t-on retraite ? Ce moment de la vie où l'on se retire du temps contraint pour se livrer à une activité libre, conjuguée ou non au repos. Qu'appelle-t-on vacances ? La même chose, en des moments différents de l'année. Qu'appelle-t-on loisir hebdomadaire ? La même chose encore, à l'échelle d'une semaine. Voilà donc trois moments homogènes par leur nature, quoique différents par leur durée et leur place existentielle. Le temps de vivre peut s'y affirmer comme une liberté dévolue à l'accomplissement de soi. Tel est le dimanche de la vie, moment précieux s'il en est. Opposer ici les "actifs" et les "passifs" est inepte. Le loisir n'est pas l'oisiveté, mais le registre essentiel de la libre affirmation de soi. Il n'est donc pas l'autre du travail contraint, mais sa modalité affranchie de toute étroitesse, son salaire différé. En pensant le loisir, qui se dit en grec ancien scholè, Aristote a pensé l'Ecole, lieu d'instruction libre, car délivrée de tout souci utilitaire, mais aussi, par anticipation, l'essence commune des trois moments de suspension de la production pour donner libre cours à l'action qui accomplit l'être humain. "L'homme est né pour deux choses : pour penser, et pour agir en dieu mortel qu'il est" (Aristote, Protreptique). Cette activité libre qui a sa fin en soi, et par laquelle l'humanité se réalise, Aristote l'appelle praxis



Lire la suite