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Réforme des retraites : « crise de régime », crise politique, crise sociale… Que vit-on ?

Vit-on une crise de régime, comme l’affirment certains opposants à la réforme des retraites ? Entretien avec le politologue Olivier Rouquan (Photo prise le 23 mars lors de la 9e journée de mobilisation intersyndicale à Paris).
Vit-on une crise de régime, comme l’affirment certains opposants à la réforme des retraites ? Entretien avec le politologue Olivier Rouquan (Photo prise le 23 mars lors de la 9e journée de mobilisation intersyndicale à Paris).

POLITIQUE - Parlement en surchauffe, manifestants dans la rue, couple exécutif sous le feu des critiques. La réforme des retraites, le recours au 49.3 et la décision d’Emmanuel Macron de poursuivre son projet jusqu’à son terme ont abouti à une forte colère sociale, qui s’exprime presque sans discontinuer en France depuis le mois de janvier, avec une accentuation notable au cours de la semaine écoulée.

Pour une partie des responsables politiques, le constat est tout trouvé. « Nous sommes dans une crise politique, une crise de régime », déclarait le député LFI Éric Coquerel sur Public Sénat le 10 mars. Mercredi soir, après l’intervention d’Emmanuel Macron au 13 heures, sa collègue Clémentine Autain abondait, rejointe ce jeudi 23 mars par Olivier Besancenot : « On vit d’ores et déjà une crise de régime », martèle l’ancien candidat du NPA sur le plateau de BFMTV.

Est-ce vraiment le cas ? Après des législatives difficiles, l’exécutif a échoué à constituer une majorité : preuve en est, le choix du 49.3 à l’Assemblée et la commande passée pas plus tard que mardi par Emmanuel Macron à Élisabeth Borne d’« élargir la majorité ». Mais cela suffit-il pour parler d’une « crise de régime » ? « Je dirai plutôt qu’on est dans une situation où le risque de crise institutionnelle augmente. En parallèle, il y a un délitement de la légitimité politique, avec une défiance envers les politiques et les institutions entamée depuis au moins une vingtaine d’années », analyse pour Le HuffPost le politologue Olivier Rouquan. Pour autant, parler de crise de régime lui semble « un peu prématuré ». Entretien.

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Le HuffPost : Commençons par le début. Une crise de régime, qu’est-ce que c’est ?

Olivier Rouquan : Une crise de régime, c’est un moment de déstabilisation des fondamentaux qui constituent un système politique. On est dans une crise de régime quand se pose la question de savoir si l’on va changer ce qui fait le cœur d’un système politique, c’est-à-dire les rapports entre les pouvoirs exécutif et législatif - voire, pour les crises les plus graves, les valeurs fondatrices, par exemple le caractère républicain du gouvernement pour en faire une monarchie ou autre…

« On est dans un déséquilibre du fonctionnement de nos institutions » - Olivier Rouquan, politologue

On en est là aujourd’hui ?

Parler de crise de régime me semble prématuré, et ceux qui le font grossissent un peu le trait. Il y a deux options qui pourraient entraîner une déstabilisation suffisamment forte pour arriver au basculement d’un régime vers un autre. Soit parce qu’il y a un coup d’État ou une révolution. Soit parce qu’une majorité clairement exprimée le souhaite et le fait savoir, par exemple lors de l’organisation d’un référendum ou d’une constituante après une phase critique.

Il ne me semble pas que l’on soit confronté à ces cas de figure. Mais il faut quand même prendre la mesure de ce qui se passe aujourd’hui : on est dans un déséquilibre du fonctionnement de nos institutions.

Y a-t-il des précédents de crises de régime dans l’Histoire ?

On peut citer Mai 58, qui marque la fin de la IVe République et le début de la Ve. Il y avait une usure des institutions parlementaires et puis, il y a un événement critique, la guerre d’Algérie. C’est ce qui fait basculer les rapports de force et permet à de Gaulle et Debré de réaliser le projet constitutionnel pour lequel ils obtiennent une grande majorité. C’est un bon exemple d’une crise politique, institutionnelle et qui a finalement muté en crise de régime… puisqu’on en a changé.

Mai 58, qui marque la fin de la IVe République et le début de la Ve, est un bon exemple d’une crise politique, institutionnelle et qui a finalement muté en crise de régime

Ce risque existe-t-il aujourd’hui ?

C’est imprévisible, par définition. Mais nous sommes confrontés à des risques importants, sur le plan écologique, sur celui des inégalités qui croissent, sur le plan financier… Est-ce que les Français vont l’accepter, alors même qu’ils se mobilisent déjà de façon conséquente sur la seule question des retraites, après des mobilisations sociales conséquentes avant la crise de la Covid-19 ? Cela sera un enjeu fort de garder un ordre politique et institutionnel démocratique dans les années qui viennent.

Comment sort-on d’une crise de régime ? De Gaulle avait refait la Constitution… Ne serait-ce pas un moment propice à la réforme des institutions voulue par Emmanuel Macron ?

Disons que cela tombe bien… Mais encore faut-il qu’il s’en saisisse et qu’il y ait une réponse forte et qui suscite le consentement. Il avait déjà essayé de réformer les institutions et ça avait été bloqué par le Parlement. Je ne suis pas sûr qu’il y ait aujourd’hui un engouement autour de cette question. Sans oublier que la légitimité d’Emmanuel Macron à porter un tel projet aujourd’hui semble faible. Mais peut-être que dans six mois, cela sera différent…

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