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PSE chez Cargill: des salariés dénoncent "l'ingérence" du gouvernement

Manifestation à Amiens, le 28 janvier 2020, de salariés de Cargill à Haubourdin

Lille (AFP) - Des salariés de l'usine Cargill à Haubourdin (Nord) ont dénoncé mardi l'"ingérence scandaleuse" du gouvernement dans la procédure judiciaire engagée par le comité social et économique (CSE) et la CGT pour contester un plan social prévoyant 183 suppressions de postes.

Le CSE, qui représente les intérêts des salariés du géant américain du négoce et de la transformation des matières premières agricoles, a demandé en référé la suspension du "plan de sauvegarde de l'emploi" (PSE), estimant que la direction ne respectait pas son obligation de prévention des risques psychosociaux.

L'audience qui devait se tenir mardi après-midi au tribunal judiciaire de Lille a été renvoyée au 17 mars pour des raisons de procédure, l'Etat ayant demandé au juge de se déclarer incompétent et le parquet ne s'étant pas encore positionné.

"La ministre du Travail, peut-être même Emmanuel Macron, demande à la justice de ne pas appliquer la loi sociale française pour permettre à une multinationale qui fait des millions de bénéfices de dérouler son plan de destruction industrielle. C'est absolument scandaleux", a déclaré aux journalistes l'avocat du CSE, Me Fiodor Rilov.

"Au lieu d'accompagner les salariés, le gouvernement a décidé d'accompagner Cargill et ses actionnaires pour qu'ils puissent supprimer des emplois", a-t-il ajouté, en présence d'au moins 80 des 328 salariés de l'usine.

Pour le député LFI du Nord Adrien Quatennens, venu soutenir les salariés, "l'intérêt de l'Etat est de faire une démonstration de la politique d'Emmanuel Macron", avec "l'idée que les multinationales qui viendraient investir sur notre territoire doivent se sentir libres à tout moment de se séparer de leurs salariés", a-t-il affirmé à l'AFP.

Sur le fond, "tout contredit la volonté de la direction de tirer un trait sur l'unité d'Haubourdin - qui pourtant fonctionne bien et réalise des bénéfices - en mettant en péril la vie des salariés, de leurs familles, de tout un territoire qui souffre déjà", a déploré le sénateur communiste Eric Bocquet.

Contactée par l'AFP, la direction a dit avoir "pris acte" de ce nouveau report. "Nous sommes prêts à démontrer l'ensemble des actions mises en œuvre dans le cadre de la prise en charge des risques psycho-sociaux" et "la réalité de la situation économique hélas déficitaire du site", a-t-elle ajouté, estimant que Me Rilov "tente d’imposer un long feuilleton judiciaire".

La période de négociations s'étend jusqu'au 27 mars.