Marchés français ouverture 7 h 10 min

Sous pression, Arnaud Lagardère cherche du soutien auprès de Sarkozy et Pepy

Jules BONNARD
1 / 3
Nicolas Sarkozy, retiré de la vie politique depuis son échec à la primaire de la droite fin 2016, multiplie les apparitions remarquées ces derniers mois. Ici, à la sortie de l'Elysée, le 30 septembre 2019

Paris (AFP) - En appelant jeudi les deux poids lourds Nicolas Sarkozy et Guillaume Pepy, proches des intérêts de son premier actionnaire le fonds qatari, aux instances de contrôle du groupe qu'il dirige, Arnaud Lagardère se prépare à affronter son rival Amber Capital qui fait pression pour obtenir des changements de gouvernance.

En marge de la publication de ses résultats 2019, le groupe d'édition et de distribution Lagardère a annoncé jeudi la cooptation "à l'unanimité" de l'ancien président de la République et de l'ex-patron de la SNCF au conseil de surveillance.

Si elle ne surprend pas car ces deux noms avaient été évoqués dans la presse, la manœuvre peut étonner car elle intervient en amont de l'assemblée générale des actionnaires qui devra ratifier ces nominations, et parce qu'elle entraîne la démission, non justifiée, de deux membres du conseil : son ex-président depuis décembre Xavier de Sarrau qui pouvait rester jusqu'en 2022, et François David dont le mandat arrivait à expiration en 2020.

Dans une société en commandite par actions (SCA) comme le groupe Lagardère, le conseil de surveillance, émanation des actionnaires, supervise la stratégie mise en œuvre par le gérant commandité Arnaud Lagardère, troisième actionnaire avec 7,33% des actions et 10% des droits de vote.

Or, la politique du dirigeant est critiquée par le fonds activiste Amber Capital, désormais deuxième actionnaire avec 10,58% des parts. Après avoir manqué en 2018 l'occasion de faire élire des représentants au conseil de surveillance, empêché par le ralliement à la dernière minute du Qatar à Arnaud Lagardère, Amber compte bien réitérer cette année.

Selon une source proche du dossier, la nomination de Nicolas Sarkozy, intime d'Arnaud Lagardère et très proche du Qatar (aujourd'hui 13% des parts et 20% des droits de vote), et de Guillaume Pepy, également très impliqué dans les relations économiques avec l’État de la péninsule arabique, vise à resserrer les rangs autour du fils unique de Jean-Luc Lagardère avant l'assemblée générale.

- bataille autour des comptes de LC&M -

En plus des critiques sur les cessions "à la casse" des actifs du groupe, Amber a obtenu en octobre du tribunal de commerce de Paris la publication des comptes de la holding Lagardère Capital & Management (LC&M), qui détient la participation personnelle d'Arnaud Lagardère dans le groupe. Il souhaite notamment vérifier son niveau d'endettement, alors qu'un associé commandité est responsable indéfiniment des dettes de l'entreprise sur ses biens propres, et s'interroge sur l'utilisation et la destination des fonds versés par le groupe Lagardère à LC&M.

Arnaud Lagardère n'a pas obtempéré, ne montrant ses comptes qu'à un journaliste du Point lors d'un entretien en janvier, et a fait appel de la décision. Une audience est prévue en mars. Il a également immédiatement contre-attaqué, accusant le fonds activiste de mener une "campagne de déstabilisation" et lui réclamant 84 millions d'euros en guise de réparation.

Désormais recentré sur l'édition et la distribution dans les lieux de transport, le groupe Lagardère a réalisé en 2019 un chiffre d'affaires de 7,2 milliards d'euros en progression de 5%, mais inférieur de 400 millions d'euros au consensus d'analystes de Bloomberg.

Ses deux principales activités conservées progressent, hors effets de change et de périmètre, à hauteur de 2,8% pour l'édition (Hachette) et de 6,3% pour les activités de distribution, mais les revenus des autres activités (dont les médias Paris Match, le JDD, Europe 1, Virgin Radio, RFM, la licence Elle, et des activités de divertissement dont des salles de spectacles) baissent de 4,2%.

Le groupe a enregistré une perte nette de 15 millions d'euros sur l'exercice, due à une importante dépréciation ayant touché sa filiale Lagardère Sports dont une part majoritaire doit être vendue pour 80 millions d'euros au fonds HIG Capital. Hors éléments non-récurrents et non-opérationnels, le résultat net ajusté s'élève à 200 millions d'euros, stable sur un an.

Interrogé lors d'une conférence avec des analystes, Arnaud Lagardère a prévenu qu'il n'indiquera plus à l'avance les projets de cession.

Le groupe prévoit pour 2020 une progression de son résultat opérationnel entre 4% et 6% à taux de change constant et excluant l'acquisition du belge International Duty Free (IDF) et les conséquences du coronavirus, estimées au premier trimestre à 20 millions d'euros, un montant que le groupe entend rattraper pour moitié pendant l'année grâce à des "optimisations de coûts".