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Comment le préfet Lallement est devenu le visage des violences policières aux yeux de la gauche

Hugo Septier
·6 min de lecture
Une effigie de Didier Lallement brandie lors de la manifestation contre la loi
Une effigie de Didier Lallement brandie lors de la manifestation contre la loi

Didier Lallement est un homme à forte réputation. Quasiment inconnu du grand public avant son intronisation comme préfet de police de Paris le 21 mars 2019, en pleine crise des gilets jaunes, l'homme de 64 ans peut pourtant se targuer d'une riche carrière politique et administrative.

Mais très vite, sa doctrine du maintien de l'ordre et les différentes polémiques nées de ses propos, conjuguées à différentes affaires mettant en cause des violences policières, ont fait de lui un personnage très critiqué, au point même d'être l'une des cibles privilégiées des manifestants, au même titre qu'Emmanuel Macron et son ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. Il est également devenu la personne à abattre aux yeux des personnalités de gauche, qui réclament à l'unisson sa démission.

"Dur avec les autres et dur avec lui-même"

La carrière de Didier Lallement est marquée entre autres par une étroite collaboration avec Jean-Pierre Chevènement, lorsque celui-ci occupait la fonction de ministre de l'Intérieur entre 1997 et 2000. Il l'avait rejoint dans sa jeunesse au sein du Ceres, un ancien courant du PS. A chaque étape de ce CV bien fourni, l'homme intrigue autant qu'il est redouté, et se forge une réputation d'homme sévère, la France chevillée au corps. Tous ceux qui l'ont côtoyé, proches, anciens ministres, fonctionnaires, syndicalistes interrogés par l'Agence France-Presse (AFP), le décrivent comme "très déterminé", "gros travailleur", "un stratège de l'Etat".

Ils le dépeignent aussi comme "dur avec les autres et dur avec lui-même". "L'exigence que je place en vous, je me l'impose aussi", a-t-il d'ailleurs écrit ce week-end aux policiers sous son autorité, à la suite des révélations sur l'affaire Michel Zecler.

"Qu'on le dépeigne en affreux, il n'en a rien à taper. Il y voit même une forme de reconnaissance de son autorité", confie un proche.

Une réputation qui lui a également causé de nombreuses inimitiés. Dans un portrait que Libération avait dressé de Didier Lallement en 2019, le quotidien souligne que le départ de la préfecture de Bordeaux de celui qui est qualifié de "fou furieux" par certains collègues est accueilli par des "cris de joie".

"Nous ne sommes pas du même camp, madame!"

C'est l'an passé que la carrière de Didier Lallement connaît son apogée. Appelé en remplacement de Michel Delpuech, jugé trop laxiste en pleine crise sociale, il prend la tête de la préfecture de police de Paris (PP) avec sa réputation d'"homme à poigne". Préfet de police de Paris, c'était son "Graal", assurent des proches.

Celui qui voue une fascination toute particulière pour la chose militaire, les batailles mémorables et l'épopée napoléonienne est chargé par Emmanuel Macron d'appliquer une nouvelle stratégie du maintien de l'ordre après les déprédations du 1er décembre 2018 à Paris lors de l'acte 3 des gilets jaunes. L'objectif: aller au contact des manifestants pour éviter les dégradations, quitte à assumer des affrontements violents.

"Votre main ne devra pas trembler", lui avait demandé Christophe Castaner, alors ministre de l'Intérieur. Un an et demi plus tard, Didier Lallement n'a pas vacillé. Quitte à paraître provocant.

La scène, en novembre 2019 Place d'Italie, au lendemain d'une manifestation mouvementée, où il croise une femme gilets jaunes, est symptomatique: "Nous ne sommes pas du même camp, madame!", lâche-t-il. Il concèdera plus tard "une maladresse".

Inflexible

Ces dernières semaines, la figure de Didier Lallement cristallise de nouveau toutes les tensions liées à différentes affaires de violences policières. En plus des mobilisations contre la loi "sécurité globale", ces derniers jours ont été marqués par l'expulsion violente de migrants de la place de la République ainsi que le passage à tabac du producteur noir Michel Zecler dans son studio parisien.

En cette période de tensions fortes, Didier Lallement s'est adressé directement à ses troupes puisque vendredi soir, il a rédigé un courrier dans lequel il appelle les officiers à tenir "la ligne républicaine".

"Dévier de la ligne républicaine qui nous sert de guide, cette ligne qui a éclairé les pas de nos anciens dans les ténèbres de l'histoire, c'est renier ce que nous sommes, c'est ébranler le pacte de confiance qui nous unit à nos concitoyens, c'est perdre le sens de notre mission", écrit le préfet. "Il a une mission, il l'exécute" en "fidèle serviteur de l'Etat", résume bien un proche.

Un responsable d'un syndicat policier juge cependant qu'il "s'est créé un personnage avec une carapace, mais sait écouter". "Il ne transige pas. L'avantage, c'est qu'avec lui on sait à quoi s'en tenir", renchérit un autre.

Appels à la démission

Si lors de sa sortie de 2019 Didier Lallement avait été pointé du doigt par plusieurs personnalités politiques, le consensus contre sa personne se fait de plus en plus fort à gauche. A l'antenne de BFMTV, plusieurs politiques de gauche ont ainsi appelé à sa démission. Jean-Luc Mélenchon, qui réclame une refonte de la police et l'avait déjà qualifié de "psychopathe", a appelé à son départ. "Il doit aller dans un organisme (...) pacifique et tranquille. Et où il n'a pas d'ordre violent à prendre", explique-t-il.

Il est très vite rejoint par l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot ainsi que le Premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, qui ont tous deux fait montre de leur volonté de voir Didier Lallement quitter son poste. Même son de cloche pour Audrey Pulvar, ajointe d'Anne Hidalgo, pressentie pour porter les couleurs du PS lors des prochaines régionnales en Île-de-France. De son côté, Reporters sans frontières annonce avoir porté plainte contre lui pour les exactions de la place de la République.

Pour autant, le Préfet de police ne semble pas prêt à laisser sa place. Quand on l'interroge sur les appels à sa démission, il balaie d'un revers de main et utilise de nouveau l'ironie: "Et alors? J'irais à la Cour des comptes. Je serais payé pareil et je travaillerais cinq fois moins." Il est également largement soutenu par son ministre de tutelle, Gérald Darmanin, qui refuse officiellement d'en faire un "fusible".

De l'autre côté de l'échiquier politique, la cote de poplarité de Didier Lallement n'est pas non plus au beau fixe. Invité à l'antenne de BFMTV, le Président du conseil régional des Hauts-de-France Xavier Bertrand a donné un avis tranché sur le préfet. "Je connais bien Didier Lallement, je l’ai eu comme préfet dans mon département, je ne l’aurais pas nommé préfet de police de Paris. J’aurais fait un autre choix, n’est pas Marcel (Maurice, ndlr) Grimaud, le Préfet de polce de mai 68, qui veut."

Article original publié sur BFMTV.com