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Pourquoi les films de zombies français sont les moins effrayants du monde

·10 min de lecture

La France n'est pas une terre de zombies. Si Vaudou (1943), l’un des premiers films de zombies, a été réalisé par le Français Jacques Tourneur, on compte à peine une quinzaine de longs métrages français dans ce genre dont les Américains sont les rois depuis La Nuit des Morts-Vivants (1968) de George Romero. Des œuvres restées pour la plupart confidentielles.

"C'est très difficile de faire un film de genre en France", confirme Benjamin Rocher, réalisateur de La Horde et Goal of the Dead, deux références du zombie français. "Il n'y a pas de place pour faire des films d'exploitation. Ca demande des moyens qui sont rares en France, mais il y a eu plus de films de zombies en France que de films de loup-garou ou d'amphibien maléfique!"

Les maigres budgets alloués à ce type de projets ne sont pas l'unique raison de cette absence de zombies français, commente Alexandre Tardif, vidéaste spécialiste de nanars: "On constate que pendant environ trente ans [entre les années 1970 et 2000] les seuls à avoir fait du film de zombies en France sont des cinéastes travaillant en marge du système de production traditionnel."

"Le genre avait alors une image très péjorative", se souvient Benjamin Rocher. "C'était des films de série Z, que l'on trouvait au fin fond des rayonnages. Petit à petit, comme beaucoup d'autres figures de la pop culture, le zombie a obtenu ses titres de noblesse au début des années 2000 avec des films comme 28 jours plus tard de Danny Boyle puis L'Armée des morts de Zack Snyder et Shaun of the Dead d'Edgar Wright. Toute la pop culture a depuis explosé et les zombies avec!"

Des buveurs de vin zombies

Le zombie français commence sa carrière dans les années 1970 et 1980 dans des nanars signés Jean Rollin (Les Raisins de la mort), Norbert Moutier (Ogroff) et Pierre N. Reinhard (La Revanche des mortes vivantes). Sorti en 1978, l’année du Zombie de George Romero, Les Raisins de la mort est le premier film de zombies français doublé d'une charge virulente contre la société de consommation.

https://www.youtube.com/embed/T3S3fCS_IoM?rel=0

Dans cette œuvre signée Jean Rollin, auteur d'une série de films érotico-fantastiques devenus cultes, des pesticides répandus dans des vignes transforment des buveurs de vin en zombies. Détestant les zombies et en particulier ceux de George Romero, Jean Rollin déplorait l’absence de psychologie de ces créatures mutiques et refusait de se compromettre dans une production gore, lui qui trouvait la violence au cinéma "inesthétique".

Vingt-cinq ans avant Resident Evil, 28 jours plus tard et L'Armée des morts, Jean Rollin renouvelle avec Les Raisins de la mort le genre en ne montrant pas de cadavres animés, mais des individus atteints d'une rage les poussant au meurtre. Menacé d’une diffusion dans le circuit X à cause de la violence d'une décapitation et d'un meurtre à coup de fourche, le film obtient en 1978 un certain succès malgré une interdiction aux moins de 18 ans. Surtout spécialiste des vampires, Jean Rollin a signé deux autres films de zombies, Le Lac des morts-vivants (1981) et La Morte Vivante (1982).

Bûcheron fou trépané

Mélange entre Vendredi 13, La Nuit des morts-vivants et Massacre à la tronçonneuse, Ogroff (1983) de Norbert Moutier est un des nanars les plus connus de l’histoire du cinéma français. Bûcheron fou trépané pendant la guerre, Ogroff massacre sauvagement tous ceux qui pénètrent dans sa forêt.

"L’histoire est avant tout celle d’un tueur fou caché dans la forêt d’Orléans, mais tout d’un coup, des zombies sortent de la cave du méchant, sans raison apparente, au bout d’une heure de film. Et Ogroff, qui jusque là tuait des promeneurs innocents, va se mettre à affronter les morts-vivants. Armé de sa hache, et sur sa moto", raconte Alexandre Tardif, qui prépare un documentaire sur l'œuvre de Norbert Moutier, cinéaste méconnu mort en 2020.

Avec cette œuvre devenue culte, "Norbert a en quelque sorte profité de la carence en films d’horreur dans notre pays pour s’engouffrer dans la brèche, et exporter des tendances du cinéma étranger", précise encore Alexandre Tardif. Moutier récidive neuf ans plus tard avec Trepanator, un hommage au classique Re-animator (1985). "C'est peut-être mon favori de Moutier mais dans l’histoire du film de zombies, c’est encore plus anecdotique qu’Ogroff", indique cependant Alexandre Tardif.

Fasciné par La Nuit des morts-vivants et Zombie de Romero et L'Enfer des zombies de Lucio Fulci, Norbert Moutier "avait clairement une obsession pour les zombies", ajoute le spécialiste. "On dirait que quand il ne savait plus où emmener son récit, il faisait débarquer des morts-vivants. Ça arrive dans Ogroff, dans Trepanator, dans un bref passage d’Alien platoon, et même dans son roman L’Equarisseur de Soho." Voulait-il susciter l'effroi? "Difficile de répondre car même ceux qui ont connu Norbert ont du mal à savoir quelles étaient exactement ses intentions, et ce qui était fait au premier ou au second degré dans ses films."

"Sur Ogroff, on sent davantage l’envie de faire un film d’horreur sérieux, par rapport à ses films suivants où il y a une dose d’humour plus présente ; cette dérision servait peut-être à ce que le public excuse plus facilement le manque flagrant de moyens, puisque Norbert bricolait ses films comme il le pouvait, recyclait ses décors, et fabriquait les accessoires avec des objet de récupération", développe Alexandre Tardif. "Son but n’était pas d’effrayer. Il catapultait des zombies dans ses histoires parce que ça l’amusait, et il aimait reproduire, à son échelle, ce qui lui plaisait dans les films qui l’ont marqué."

En 1987 sort une autre référence du cinéma de zombie à la française, La Revanche des mortes vivantes, unique film d’horreur de Pierre B. Reinhard, réalisateur surtout connu pour ses films érotiques et pornographiques. Pour Stéphane Bouyer, patron du Chat qui fume, éditeur Blu-ray de films cultes et rares, La Revanche des mortes vivantes compte parmi les œuvres les plus marquantes du cinéma gore à la française. "Bénéficiant des effets spéciaux remarquables du regretté Benoît Lestang (Baby Blood, Martyrs), le film enchaîne les scènes démentielles dans un esprit proche des productions Troma", explique le passionné, qui l’a restauré en 2019.

Diversification

Le zombie français s’est diversifié depuis les années 1980. Il est devenu héros de dessin animé (Zombillenium d’Arthur de Pins) et de pochade (Villemolle 81 de Vincent Paronnaud alias Winshluss) et semble se caractériser par son refus, voire son incapacité à susciter l’effroi. Les Revenants (2004), de Robin Campillo, met en scène des zombies pacifiques. Lorsque des milliers de personnes décédées quittent les cimetières pour investir les villes, le monde se penche sur une difficile question: la réinsertion des morts dans leurs familles. "Les Revenants est un film sur le deuil, mais le deuil y est décrit comme une crise mondiale, une expérience collective", résumait dans le dossier de presse le réalisateur Robin Campillo.

Changement de registre en 2009 avec Mutants. Le cinéaste David Morlet propose la seule véritable fiction horrifique de zombies française: "Nous voulions qu'ils restent malgré tout 'humanoïdes' et que chacun d'eux garde sa propre identité physique", explique-t-il dans le dossier de presse.

https://www.youtube.com/embed/gJPMoAlRSPE?rel=0"J'ai également porté une attention toute particulière au sound design des créatures, et aux ambiances du film, véritable outil pour véhiculer des émotions fortes."

La Horde (2010), qui mêle polar urbain et zombies, s'inscrit dans cette lignée, mais il se veut plus spectaculaire qu'effrayant, explique Benjamin Rocher, co-réalisateur avec Yannick Dahan de ce film devenu culte: "On ne voulait pas faire un film effrayant, mais un film fun! Le zombie n'est pas le genre de prédilection pour faire peur. C'est une figure hyper symbolique. C'est la masse oppressante, une menace qui reste floue, la peur de la contamination. C'est un concept. Ce n'est pas un personnage."

https://www.youtube.com/embed/OSEe5vojkgg?rel=0

Benjamin Rocher a continué son exploration du genre en 2014 avec Goal of the Dead, une des rares comédies françaises de zombies co-signée avec Thierry Poiraud (Atomik Circus). "Je ne voulais pas faire absolument du zombie, mais ce projet est arrivé", indique Benjamin Rocher. "C'était plus pour moi l'opportunité de faire une comédie à la croisée des genres comme on en fait rarement en France qu'un film de zombies. C'est presque un hasard s'il y a des zombies! L'idée était vraiment de faire quelque chose qui n'existait pas."

Origine haïtienne

Si le genre a souvent attiré des primo-réalisateurs, il semble progressivement gagner ses lettres de noblesse et intéresser des auteurs issus d'écoles de cinéma réputées. Sorti en 2018 et adoubé par Stephen King lui-même, La Nuit a dévoré le monde est un récit de survie qui suit le quotidien d’un homme enfermé dans un appartement lors d’une apocalypse zombie. Comme dans les films précédemment cités, le réalisateur Dominique Rocher, diplômé de l'école Louis Lumière, a lui aussi livré une version volontairement non horrifique du genre. "Je ne souhaitais pas réaliser un film d’horreur qui cherche à faire peur", explique-t-il dans le dossier de presse.

"Les scènes où l’on voit des cohortes de zombies en extérieur respectent les codes du genre sans vouloir impressionner. Si j’avais voulu cela, j’aurais filmé de nuit, en close-up (gros plan), avec la caméra au sol, par exemple, pour produire beaucoup d’effets avec peu de moyens. J’ai choisi le contraire: des plans larges, de jour, qui sont en fait totalement anti-dramatiques, qui désamorcent la tension."https://www.youtube.com/embed/ULvxzVnMlN8?rel=0

Avec Zombi Child (2019), Bertrand Bonello tente lui aussi de renouveler le genre en explorant cette fois les origines vaudous et haïtiennes du mythe. Il montre des hommes drogués pour leur faire perdre la mémoire et les faire travailler comme esclaves dans des plantations. Rien à voir avec les zombies américains, le plus souvent une métaphore du consumérisme et de l’impérialisme yankee.

"Le zombie américain garde de l’haïtien sa démarche, sa lenteur, mais pas sa fonction. Il est un vrai mort, ce qui n’est pas le cas de l’Haïtien: lui est suspendu quelque part entre la vie et la mort", précise dans le dossier de presse le réalisateur de L'Apollonide et de Saint Laurent , qui a supprimé dans son film le "e" final du mot: "Zombie est l’orthographe américaine."

Netflix et Hazanavicius

Le dernier zombie français en date se trouve dans La Révolution (2020), série uchronique où un jeune médecin découvre la maladie du sang bleu, une épidémie qui se répand dans l'aristocratie et qui pousse les nobles à s'attaquer au peuple. Imaginée par Aurélien Molas et Gaïa Guasti, cette production Netflix avait des références prestigieuses, entre la série coréenne Kingdom et Inglourious basterds de Quentin Tarantino, mais force est de constater que celle-ci n’a pas su susciter un large engouement malgré une diffusion mondiale - une première pour un film de zombies français. La série a d'ailleurs été annulée au bout d'une saison.

https://www.youtube.com/embed/e1dUl3EHsK8?rel=0

Le zombie français n’a cependant pas dit son dernier mot. Michel Hazanavicius, le réalisateur oscarisé et césarisé de The Artist, a tourné au printemps dernier Z (comme Z), remake de la comédie japonaise Ne coupez pas (2017) où un tournage d’une série Z de zombies est perturbé par l'irruption d'authentiques morts-vivants. Rendez-vous en 2022 afin de savoir si la France peut être une terre d’accueil pour les zombies.

Article original publié sur BFMTV.com

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