Pourquoi le salariat est condamné à disparaître

Pour Jean-Pierre Gaudard, auteur de «La fin du salariat» publié en janvier 2013 aux éditions François Bourin, le développement de la précarité n'est pas dû qu'à la crise économique mais à un changement profond de notre modèle social.

Capital.fr : Vous annoncez la fin du salariat, alors qu'il n'y a jamais eu autant de salariés en France, avec plus de 18 millions de personnes sous ce statut dans le secteur privé. N'est-ce pas paradoxal ?
Jean-Pierre Gaudard : Au cours des dernières décennies, le salariat a gardé sa forme juridique, mais a changé de contenu. Ce statut ne scelle plus de liens durables entre employé et employeur, mais garantit des droits et des prestations sociales collectivisés. Ce mouvement qui s'est développé depuis la fin des années 60 accompagne le développement de toutes les formes de précarité. Un seul chiffre : en 1991, seuls 5,2% des chômeurs exerçaient une activité réduite. En juin 2011, la proportion est passée à 45% !

Capital.fr : Quelles formes de travail voyez-vous apparaître, qui se substituent au "vieux" salariat ?
Jean-Pierre Gaudard : Temps partiel, CDD, intérim, sous-traitance, travail indépendant, auto-entreprenariat... Au premier abord, l'érosion du salariat a des causes économiques, découle des exigences de compétitivité et de réactivité qui pèsent sur les entreprises. En réalité, il s'agit aussi d'un changement social. Les aspirations à l'autonomie de l'individu, fortement exprimées depuis les années 1970, jouent un rôle moteur dans la fin de notre société salariale pour laisser place au travail en réseau. Nous entrons dans un nouveau monde. Plus de 200.000 brevets ont ainsi été déposés pour les seuls objets mobiles et les fournisseurs d'applications Apple ou Androïd se comptent en dizaines de milliers !

Capital.fr : N'est-ce pas un phénomène un peu marginal, qui concerne surtout des ...

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