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Sourde à l'appel des pays consommateurs, l'Opep+ suit sa ligne

·3 min de lecture

Les membres de l'Opep+ ont décidé jeudi de limiter la hausse de leur production à 400.000 barils par jour en décembre, malgré l'insistance des pays consommateurs qui appelaient à un geste plus important pour tempérer la hausse des prix.

La production mensuelle de l'alliance "sera ajustée à la hausse de 400.000 barils par jour pour le mois de décembre", a annoncé l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) dans un communiqué publié à l'issue d'un sommet réunissant ses treize membres et leurs dix alliés via l'accord Opep+.

Les vingt-trois ministres réunis par visioconférence ont donc choisi de ne pas s'écarter de leur feuille de route, arrêtée le 18 juillet.

Cette stratégie, favorable aux caisses des producteurs, laisse à l'heure actuelle une réserve de plus de 4 millions de barils sous terre chaque jour.

Le marché, très nerveux depuis le début de la semaine, a basculé dans le rouge: vers 17H30 GMT, le baril de WTI perdait 0,70% à 80,29 dollars, et le Brent également 0,70% à 81,42 dollars, une illustration de l'adage "achetez la rumeur, vendez la nouvelle" ("buy the rumor, sell the fact" en anglais).

La Maison Blanche a rapidement manifesté son mécontentement: "la reprise ne devrait pas être fragilisée par un déséquilibre entre l'offre et la demande. L'Opep+ semble ne pas vouloir utiliser sa capacité et son pouvoir (sur l'offre d'or noir) à ce moment crucial de la reprise mondiale", a déploré un porte-parole du Conseil de sécurité nationale.

- Dans le doute s'abstenir -

Si le doute subsistait encore ça et là parmi les observateurs du marché, les membres de l'Opep+ avaient distillé plusieurs indices allant dans le sens de cette décision ces derniers jours.

"La crise est en quelque sorte contenue mais elle n'est pas encore terminée, nous devons faire attention à ne pas prendre les choses pour acquises", affirmait ainsi fin octobre le ministre saoudien de l'Energie Abdelaziz ben Salmane, chef de file de l'Opep.

Le secrétaire général de l'Opep Mohammed Barkindo avait souligné la semaine dernière "la nécessité de rester prudent et attentif à une situation de marché en constante évolution", une rhétorique désormais habituelle au sein de l'alliance.

Le cartel insiste sur les facteurs de risque planant sur la demande afin de justifier le maintien de sa politique prudente, évoquant aussi les nouveaux pics de contaminations au Covid-19 observés en Russie et en Chine.

Le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak, chargé du pétrole, a d'ailleurs insisté jeudi sur la menace du Covid-19 planant toujours sur la demande de pétrole, lors d'une conférence de presse organisée après le sommet.

Cette attitude prudente permet également de ménager une place à l'un de ses membres aujourd'hui exclu du marché, l'Iran, dont les barils pourraient revenir sur le marché à moyen-terme.

Plusieurs observateurs ont par ailleurs partagé leurs doutes sur la capacité de certains membres du cartel à pouvoir augmenter davantage leur production, les installations de forage ayant souffert pendant la pandémie de retards d'entretien et de maintenance.

- Grogne des consommateurs -

"Les prix supérieurs à 80 dollars le baril sont, bien entendu, une autre raison pour laquelle l'Opep+ n'est pas pressée d'augmenter l'offre sur le marché", note Caroline Bain, analyste de Capital Economics.

S'il précise que l'Opep+ conserve "la marge nécessaire pour réagir en cas de forte reprise", M. Novak et ses partenaires sont pour l'instant restés sourds aux appels des pays consommateurs, notamment des Etats-Unis, en faveur d'une augmentation plus franche de la production.

Interrogé sur le sujet, M. ben Salmane a convenu de "discussions à tous les niveaux" avec les Etats-Unis et affirmé "qu'il croyait toujours que le groupe faisait ce qu'il fallait faire".

La prochaine réunion de l'Opep+ est programmée le 2 décembre, a annoncé l'Organisation sur son site internet.

bp-ved/cco

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