La bourse est fermée

Orange et Bouygues discutent à nouveau mariage

Orange et Bouygues ont confirmé mardi avoir repris leurs discussions en vue d'un rapprochement qui pourrait ramener à trois le nombre d'opérateurs sur un marché français des télécoms éprouvé par plusieurs années de guerre des prix. /Photo prise le 5 janvier 2015/REUTERS/Vincent Kessler

par Gwénaëlle Barzic et Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - Orange et Bouygues ont confirmé mardi avoir repris leurs discussions en vue d'un rapprochement qui pourrait ramener à trois le nombre d'opérateurs sur un marché français des télécoms éprouvé par plusieurs années de guerre des prix.

L'opération, si elle se concrétisait, constituerait une première en Europe où aucune consolidation n'a à ce jour été conduite par un opérateur historique dominant.

Objet de spéculations depuis plusieurs semaines, les discussions ont été officialisées par les deux groupes le jour où Olivier Roussat, PDG de Bouygues Telecom, devait présenter ses voeux aux salariés qui vivent depuis 18 mois au rythme des spéculations sur l'avenir de l'opérateur.

Le PDG d'Orange, Stéphane Richard, a assuré sur RTL qu'un éventuel rapprochement serait "socialement irréprochable" et que les discussions ne devraient pas durer au-delà de quelques semaines.

Martin Bouygues, PDG du groupe présent dans le BTP, la construction et les médias, avait encore rejeté il y a six mois une offre généreuse de 10 milliards d'euros du milliardaire Patrick Drahi, propriétaire de Numericable-SFR.

Si la valorisation discutée est équivalente, le projet d'alliance avec Orange permettrait à Bouygues de conserver un ancrage dans les télécoms en prenant une participation importante dans le numéro un français du secteur.

"L'idée est que Bouygues devienne un actionnaire de poids au capital d'Orange avec une participation assez proche de celle de l'Etat et que l'essentiel de l'opération se fasse en titres", a expliqué une source au fait du dossier.

Le rachat du troisième opérateur français par l'ancien monopole donnerait naissance à un nouveau géant contrôlant plus de 50% de parts de marché dans le mobile et le fixe.


BARRAGE DE LA CONCURRENCE

Orange avait déjà étudié en 2014 le scénario d'un rachat de Bouygues Telecom mais avait jeté l'éponge en raison des difficultés d'exécution et de désaccords sur le prix.

Dans un communiqué, Orange a précisé que ces discussions "préliminaires" ne sont "pas contraintes par un calendrier particulier et ne s'engagent pas sur un schéma prédéfini".

Bouygues, de son côté, a confirmé la signature d'un accord de confidentialité avec son concurrent, qui permet aux deux groupes d'échanger des informations sensibles.

"À ce jour, aucune décision n'a été prise et rien ne garantit l'issue de ces discussions préliminaires".

Alors que des spéculations avaient un temps circulé sur une opération incluant TF1, les deux groupes n'évoquent qu'un rapprochement dans les télécoms et le PDG d'Orange a précisé que le sujet de TF1 n'était pas à l'ordre du jour.

Un rapprochement nécessitera d'importantes concessions pour obtenir le feu vert des autorités de la concurrence - dont des cessions d'actifs aux concurrents Iliad et Numericable-SFR - et certains analystes s'interrogent sur les chances qu'un accord puisse franchir ce barrage.

Il est pour l'instant difficile de savoir si l'opération serait examinée par Bruxelles ou par l'Autorité française de la concurrence dans le cas où les opérateurs réaliseraient chacun plus des deux tiers de leur chiffre d'affaires européen sur le seul marché français.

"Il manque encore des chiffres à Orange, l'opérateur sur lequel porte le point d'interrogation", a précisé une source.

Pour Stéphane Beyazian, analyste à Raymond James Euro Equities, les chances d'un feu vert seraient plus élevées dans le scénario d'un examen par l'Autorité française.

"Entre Français, il sera peut-être plus facile de se mettre d'accord qu'avec une commissaire européenne qui a fait des déclarations publiques à l'encontre d'un passage de 4 à 3 opérateurs", explique-t-il.


FREE EN POSITION DE FORCE

L'association de défense des consommateurs UFC-Que Choisir a appelé les autorités à garantir le maintien d'une réelle concurrence sur le marché français, tandis qu'Axelle Lemaire, secrétaire d'Etat au numérique, a déclaré que le gouvernement serait vigilant sur "l'emploi, l'investissement, l'impact sur la consommation et la concurrence."

L'autre inconnue porte sur la capacité des deux groupes à revendre assez d'actifs à un prix qui permette à l'opération de conserver un intérêt pour Orange.

"Pour que cette transaction soit envisageable, il faudrait, selon nous, que les cessions aux autres opérateurs atteignent 7 à 8 milliards (soit 70% à 80% de Bouygues Telecom), afin que la part d'Orange dans Bouygues Telecom ne soit que résiduelle", estimaient les analystes de Natixis dans une note publiée lundi.

Free, qui a déjà par le passé montré son intérêt pour les fréquences et les antennes de Bouygues Telecom, apparaît en position de force alors que le groupe de Xavier Niel a récemment enrichi son portefeuille de fréquences et accéléré le déploiement de son réseau.

SFR pourrait quant à lui se montrer intéressé par la reprise des clients low cost et entreprises de Bouygues Telecom.

Messier Maris et Associés font partie des conseils d'Orange tandis que Rothschild, HSBC et Darrois conseillent Bouygues.




(Avec Emiliano Mellino, édité par Dominique Rodriguez)