Obama et Romney sont-ils si différents ?

À première vue, Mitt Romney et Barack Obama ont peu de choses en commun...

Et de trois ! Le dernier débat entre Barack Obama et Mitt Romney, en prélude à l'élection présidentielle américaine du 6 novembre, a plutôt tourné à l'avantage du premier. Le candidat sortant, détendu mais incisif face à un adversaire victime d'une légère indisposition avant la confrontation, lui a reproché d'avoir  "la politique étrangère des années 1980, la politique sociale des années 1950 et la politique économique des années 1920."

Vraie divergence ou bataille de mots ?

Mais quelle différence au juste y a-t-il entre les deux hommes sur le plan économique ? La critique d'Obama vis-à-vis de son rival semble viser l'isolationnisme américain de l'entre deux guerres. Dans les années 1920, celui-ci se manifeste notamment dans la ligne politique nationaliste ("America first") défendue par l'éphémère président Warren Harding, élu en 1920 et mort en cours de mandat, mais reste relatif. C'est après la crise financière de 1929 qu'il s'accentuera, amplifiant ses effets dévastateurs. "C'est essentiellement sur la politique extérieure que les deux candidats semblent s'opposer", estime Alexandre Hezez, directeur de la gestion de Convictions AM. Lors du troisième débat, on a ainsi vu un Romney arc-bouté sur la conviction que l'Amérique doit être le leader du monde, et un Obama un peu plus conciliant avec la Chine, qualifiée d'adversaire, mais aussi de "partenaire potentiel".

Quasi-consensus sur la stratégie énergétique


Sur une problématique majeure pour les Etats-Unis, comme le maintien d'un coût de l'énergie bas, les nuances entre les adversaires sont relativement minces, même si Obama avait accusé Romney de vouloir laisser les compagnies pétrolières "écrire la politique énergétique" du pays lors du deuxième débat. "Mitt Romney souhaite même accélérer le développement des gaz de schiste entrepris par Obama, qui redonne un avantage compétitif majeur à l'industrie américaine. Ce dernier semble cependant avoir une sensibilité plus prononcée en faveur des énergies renouvelables", rappelle Alexandre Hezez.

Par ailleurs, Romney affiche volontiers ses critiques face à la réforme du système de santé renforcé par Obama. Malgré ces différences assez subtiles, Wall Street joue, comme à chaque élection, à essayer de trouver quelles seraient les actions Obama et les actions Romney, tentant de déterminer quels pans de l'économie seront favorisés par l'un ou l'autre candidat. Pour le premier, ce sont par exemple des valeurs liées aux infrastructures, comme le fabricant d'équipements pour réseaux de téléphonie mobile American Tower, ou aux énergies renouvelables, comme First Solar (équipements photovoltaïques). Côté Romney, il s'agit de sociétés censées bénéficier d'une certaine dérégulation, d'une fiscalité plus accommodante ou d'un arrêt des coupes budgétaires dans la défense. On trouve dans la liste des grands noms de la banque (Goldman Sachs, State Street), de l'aéronautique (Raytheon, Lockheed Martin) ou de la technologie (Microsoft, Cisco).

Dans une étude récente, la société Janus Capital semble mettre tout le monde d'accord. Certes, elle rappelle que les marchés financiers ont historiquement tendance à mieux se comporter sous administration démocrate, mais elle souligne que ce différentiel tend à s'amoindrir depuis les années 1980. Surtout, c'est généralement la troisième année du mandat présidentiel qui est la meilleure, d'un point de vue boursier. Il ne faut donc pas s'attendre à des bouleversements des portefeuilles quand le nom du prochain président sera connu.

En revanche, l'événement économique majeur attendu dans les semaines suivant l'élection est le fameux "fiscal cliff" ou "falaise fiscale". Il s'agit de la suppression programmée d'avantages fiscaux divers -pour plus de 600 milliards de dollars- devant intervenir au 1er janvier 2013, et dont l'impact peut être très négatif sur la croissance. Un dossier majeur à traiter avec délicatesse. Or, il faut garder en mémoire que le 6 novembre, une deuxième élection visant renouveler un tiers du Sénat, sera organisée. "Si le président Obama est réélu et qu'il doit manœuvrer avec l'opposition des deux chambres du Congrès, ce sujet pourrait devenir épineux", conclut Alexandre Hezez. C'est peut-être en partie ce risque de blocage qui explique pourquoi Wall Street, plutôt favorable à Obama lors de l'élection de 2008, est cette fois dans l'autre camp.

Emmanuel Schafroth

Les dépenses folles des candidats à la présidentielle américaine

Sécheresse aux Etats-Unis : qui gagne, qui perd ?