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Nos voitures rouleront-elles toutes au pétrole bio ?

biocarburant

L'idée de faire rouler des voitures avec des carburants d'origine végétale n'est pas vraiment nouvelle et remonte même quasiment à l'origine de l'automobile. Les véhicules de la marque française Gobron-Brillié, fondée en 1898, et qui battirent plusieurs fois le record de vitesse terrestre entre 1903 et 1904, n'utilisaient pas de carburateur mais un système d'alimentation à doseur rotatif qui permettait l'usage de divers combustibles. Un gin, un brandy ou un whisky faisaient l'affaire ! Quant au moteur présenté par l'allemand Rudolf Diesel à l'Exposition Universelle de Paris en 1900, il fonctionnait à l'huile végétale.


Le Brésil, pionnier du renouveau des biocarburants

Le pétrole devenant ensuite un matériau abondant et peu coûteux, les biocarburants sombrèrent dans l'oubli jusqu'aux années 1970 et aux deux chocs pétroliers. C'est à cette époque, pendant laquelle les craintes de pénurie de pétrole se mêlaient à la surproduction agricole, que le Brésil, pays pionnier de la résurgence de ce principe, se lança dans un programme de production d'éthanol à base de canne à sucre. Cette production d'essence à base de sucre de canne ou de betterave a un inconvénient : la faible densité énergétique de l'éthanol. Une autre filière existe, celle de la production de biodiésel à base d'oléagineux. Le produit obtenu est de meilleure facture mais le souci réside dans la mauvaise productivité du processus : un hectare de culture ne donne que 2 tonnes de biodiésel par an, soit 2 à 3 fois moins que le rendement du bioéthanol. Sauf à utiliser de l'huile de palme, avec des conséquences écologiques. Un point crucial lorsqu'on sait qu'un des reproches faits aux biocarburants est qu'ils mobilisent des sols qui pourraient être utilisés pour l'alimentation humaine, dans un contexte d'augmentation forte de la population mondiale.Certes, on peut imaginer aujourd'hui faire rouler des voitures avec autre chose qu'un moteur à combustion, comme le montre le développement de la voiture électrique. Mais pour un avion, c'est autre chose. Or, les réserves de gaz, de pétrole et de charbon s'épuiseront un jour ! "L'émergence du gaz et du pétrole de schiste cache le fait que les réserves en énergies fossiles, exprimées en années de consommation, diminuent de plus d'un an chaque année", explique Marc Delcourt, PDG de Global Bioenergies. Sa société fait partie des quelques dizaines d'acteurs spécialisés dans la recherche sur les biocarburants. "Pour une fois, la France n'est pas en retard, se félicite-t-il. Sur la dizaine de sociétés cotées en Bourse dans le monde, trois sont françaises." La société Metabolic Explorer a été introduite sur Euronext dès 2007, suivie de Deinove en 2010 et Global Bioenergies en 2011.


Des bactéries qui roulent pour nous

Classiquement, une société de ce type travaille sur la base de bactéries capables de produire naturellement, par fermentation, puis va tenter d'améliorer leur rendement en les modifiant grâce au génie génétique. Pour se différencier, Global Bioenergies a concentré ses travaux sur les oléfines gazeuses, des molécules très importantes dans le marché de la pétrochimie. Il s'agit par exemple de l'éthylène, qui entre dans la fabrication de plastiques d'emballage et dont le marché mondial est évalué à 144 milliards de dollars, du propylène (notamment utilisé pour les parties plastiques d'une automobile) ou encore du butadiène, qui permet de fabriquer des pneus. Plus particulièrement, la société s'est intéressée à l'isobutène, une molécule tous-terrains, aux débouchés aussi variés que les pneus, le verre organique ou le carburant. "Notre procédé se fonde sur une voie métabolique artificielle qui permet que des micro-organismes produisent de l'isobutène alors qu'ils ne le font pas naturellement, explique Marc Delcourt. Le marché de l'isobutène est de 25 à 30 milliards de dollars par an. Pour l'heure, il vient exclusivement du pétrole. Or, les vapocraqueurs qui transforment le gaz de schiste ne permettent pas d'en produire et entraînent la fermeture d'installations moins rentables, souvent situées en Europe." D'où un risque de raréfaction du produit.Après avoir démontré la validité de son procédé sur un réacteur de 40 litres, Global Bioenergies passe à la phase industrielle dans la Marne, sur le site agro-industriel de Pomacle-Bazancourt, en partenariat avec Arkema, avec comme premier objectif de produire de l'acide méthacrylique entrant dans la composition de peintures. L'entreprise vise aussi la production de carburants, mais dans un deuxième temps, car la rentabilité est mieux assuré dans la filière chimie. Une première collaboration y a été conduite avec un constructeur automobile allemand. "Avec notre procédé, nous visons un coût de 1,5 dollar par kilo d'isobutène, contre 1 dollar pour un carburant classique. Mais l'isobutène pour la fabrication de plexiglass coûte 2 dollar le kilo", détaille Marc Delcourt.


Pas si facile de remplacer le pétrole

Mais le procédé est-il si bio que cela ? Ceux qui rêvent de biocarburant produit avec des déchets agricoles devront encore attendre. C'est bien le blé, la betterave ou la canne qu'il faut utiliser comme matière première pour un tel procédé. Marc Delcourt ne prétend d'ailleurs pas résoudre tous les problèmes énergétiques de la planète. "2% de l'agriculture mondiale suffiraient a fabriquer tout le polypropylène entrant dans la composition des plastiques des voitures, mais il faudrait plusieurs fois l'agriculture mondiale pour les faire rouler, explique-t-il. La solution viendra en partie des biocarburants, mais pas seulement."Leur potentiel de développement est encore important, même si la production a marqué le pas en 2012, après une décennie de forte croissance. Avec une production mondiale de 60,2 millions de tonnes-équivalent-pétrole, les biocarburants ne représentent encore que 1,4% de la production de pétrole. Pour l'heure, la France est certes le cinquième producteur mondial de biocarburants, mais avec seulement 3% de part de marché, très loin derrière le Brésil et ses 22,5%. Mais cela en surprendra sans doute certains d'apprendre que, depuis 2006, le leader mondial du secteur est le pays de l'oncle Sam : les Etats-Unis contrôlent plus de 45% de ce marché qui a triplé depuis 2005.

Emmanuel Schafroth


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