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Dans le nord-est de la RD Congo, des maisons détruites pour laisser place à un gisement d’or

·6 min de lecture

Dans la province du Haut-Uélé, les autorités locales ont ordonné, mi-octobre, la destruction de plusieurs maisons installées dans la cité minière de Durba sur un périmètre qu’exploite depuis 2009 l’entreprise minière Kibali Gold Mining. Mais l’opération de démolition s’est heurtée à une résistance des populations. Réprimées sévèrement par les forces de l’ordre, les manifestations ont fait plusieurs morts.

C’est l’accalmie dans la province du Haut-Uélé, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, après plusieurs jours de manifestations dans le territoire de Watsa qui ont culminé vendredi 22 octobre. Ce jour-là, des échauffourées entre les habitants de la cité minière de Durba et les forces de sécurité se sont transformées en affrontements meurtriers, faisant au moins sept morts dont un policier, selon un média local.

Les populations manifestaient contre une opération de démolition de plusieurs habitations dans les villages de Bandayi et de Mégé entamées par les autorités provinciales le 19 octobre. Elles sont en effet installées sur une partie de la concession minière de Kibali Gold Mining appelée "zone B d’exclusion", une partie du périmètre dédiée exclusivement aux activités minières mais pas encore exploitée par l’entreprise .

Sur des vidéos publiées par des activistes sur WhatsApp et transmises à la rédaction des Observateurs de France 24, on voit un engin de chantier en train de détruire une maison. D’autres images montrent également des habitants repartant avec des feuilles de tôle, des chaises sur la tête... Des biens qu’ils ont pu sauver in extremis avant le passage d’un bulldozer.

"Les populations n’ont même pas eu le temps de récupérer leurs biens"

Pour Bissia Tchang, porte-parole de la Ligue des jeunes unis pour le développement du territoire de Watsa, contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, les habitants n’ont pas été prévenus.

Cela fait un moment que l’entreprise minière Kibali Gold Mining réclamait sa zone B d’exclusion pour y exploiter de l’or. À plusieurs reprises, les autorités ont affirmé que le village de Mégé n’était pas concerné par une délocalisation. Il s’agissait uniquement des habitants du village de Bandayi. Lesquels ont été sensibilisés deux mois à l’avance et ils ont même obtenu des parcelles pour leur relogement.

Mais à notre grande surprise, des bulldozers sont venus mardi matin [19 octobre, NDLR] à Mégé et ont commencé à détruire les maisons des gens sans les avertir et sans les sensibiliser à quoi que ce soit.

Les populations n’ont même pas eu le temps de récupérer leurs biens. Un enfant est même décédé sous les décombres. Il dormait. Nous ne pouvons pas supporter cela. Et c’est pour cela que nous avons manifesté. Comment les autorités peuvent-elle faire ça aux populations qu’elles sont censées protéger ?

Kibali Gold Mining, dont le canadien Barrick est actionnaire à 45 %, est actif dans la région depuis 2009. Elle détient un gisement aurifère d’une superficie de plus de 1 800 km2. Selon le média britannique spécialisé sur les industries extractives Mining-Technology, c’est l’un des plus grands gisements aurifères au monde.

Plus de 1 500 ménages concernés

Selon le Financial Afrik, Kibali Gold Mining a produit au premier trimestre 2021 près de 192 000 onces d’or. Mais l’entreprise, qui n’exploite qu’une partie de son gisement, voudrait désormais étendre ces activités sur d’autres portions pour accroître sa production.

Selon Héritier Mungumiyo, responsable du média local Oriental Info, contacté par notre rédaction, plus de 1 500 ménages auraient été concernés par ces démolitions dans le village de Bandayi et 860 maisons détruites dans celui de Mégé.

Bissia Tchang poursuit :

Des milliers de personnes sont maintenant sous la pluie. Elles ne savent pas où aller. La situation est misérable. Les sinistrés sont désormais logés dans des églises, d’autres dans des écoles. Certaines personnes ont trouvé refuge chez des amis ou dans la famille. Mais d’autres sont restés sur les lieux devant leurs maisons détruites et s’abritent sous des bâches. Les autorités provinciales ne disent rien. C’est d’une manière inhumaine qu’on est en train de traiter les gens ici.

“Les entreprises ne respectent pas la loi parce qu’elles ne veulent pas dépenser beaucoup d’argent”

Richard Ilunga, directeur du programme des droits humains de l’ONG African Resources Watch (Afrewatch) ne s’étonne pas de la brutalité avec laquelle les habitants ont été délocalisés. Selon ce dernier, ces opérations dans la plupart des cas, “se passent toujours très mal”.

Le code minier demande à ce que les communautés soient consultées à l’avance et donnent leur accord pour être délocalisées ou indemnisées si l’entreprise estime que ses activités pourraient avoir un impact de manière négative sur la vie des populations qui vivent autour.

Ces consultations doivent se faire déjà lors des études d’impact environnemental, bien avant que l’entreprise ne commence ses activités. Les communautés doivent comprendre pourquoi elles vont être délocalisées et doivent donner leur accord. Le tout financé par l’entreprise qui veut exploiter les ressources sous la supervision de l’État.

Mais en réalité, les entreprises ne respectent pas ces procédures parce qu’elles ne veulent pas dépenser beaucoup d’argent. Soit les nouvelles parcelles octroyées aux populations ne valent pas vraiment les anciennes, soit l’État n’a pas prévu d’espace pour les champs ou il n’y a pas de sources d’eau dans le nouveau village. Dans bien des cas, ce sont les structures étatiques qui ont sous-évalué les biens des communautés.

Certains habitants peuvent donc refuser les indemnisations. L’entreprise vient donc les déloger de force. Ne voulant pas dormir à la belle étoile, certains habitants sont contraints d’accepter les petites indemnisations qu’on leur propose.

Pour Barrick Gold, “les personnes qui réclament d’être compensées sont des occupants illégaux”

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, Cyrille Mutombo, directeur national de Barrick Gold, explique que les populations de cette zone ont été bien indemnisées et relogées en 2013. Celles dont les maisons font l’objet de démolition sont des occupants qui se sont installés de manière illégale sur le périmètre minier à partir de 2015.

La zone B d’exclusion de Kibali a été décrétée zone exclusive en mai 2010, et les personnes qui y étaient installées ont été dédommagées en 2013 par Kibali Gold Mining. Chacun a été indemnisé en fonction de ce qu’il avait avec une majoration équivalente à 50 % de la valeur de leurs biens.

Nous avons ensuite délimité la zone exclusive dédiée aux activités minières avec des bornes sous la supervision des services étatiques. Malheureusement, à partir de 2015 de nouvelles personnes ont détruit certaines de ces bornes pour s’y installer et construire des maisons. Ce sont ces personnes qui réclament une compensation. Mais ce sont des occupants illégaux.

Conformément à notre programme, nous devons entamer l’exploitation de cette zone en 2022. Le délai pour permettre aux communautés de quitter les lieux a expiré. Il a même été prorogé plusieurs fois. Le gouvernement provincial n’a pas d’autres choix que de démolir les maisons”.

Contacté par la rédaction des Observateurs de France 24, Ismaël Ebunzé, ministre provincial des mines du Haut-Uélé, n’a pas répondu à nos sollicitations.

Dans une conférence de presse tenue vendredi 22 octobre, Christophe Baseane Nangaa, le gouverneur de la même province a ordonné l’arrêt des démolitions "en attendant l’établissement des responsabilités pour voir si ceux qui ont exécuté cette opération sont allés au-delà de leur mandat".

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