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"Je ne vois pas comment nous pourrions échapper à une nouvelle crise financière" : entretien avec Gaël Giraud sur les années 2020

A quoi ressembleront la France et le monde des années 2020 ? Pour se faire une idée, Marianne a interrogé différentes personnalités reconnues pour leur expertise dans leur domaine (politique, climat, culture, égalité hommes-femmes…). Au programme, pas de boule de cristal, mais des analyses charpentées sur notre futur collectif… Voici l'entretien réalisé avec Gaël Giraud, économiste, directeur de recherche au CNRS, ancien chef économiste de l'Agence française de développement.

Marianne : Quelles seront selon vous les principales préoccupations de la décennie à venir ?

Gaël Giraud : Évidemment, d’abord, celle de l’aggravation de l’impact du réchauffement climatique, de la destruction de nos écosystèmes et de la raréfaction de plusieurs ressources naturelles. Il est vraisemblable, par exemple, que le Sud de l’Europe connaisse dans les dix ans qui viennent des pénuries d’eau extrêmement graves. La perturbation du cycle de l’eau sur la planète est une épreuve majeure à laquelle il faudra faire face.

Le deuxième grand sujet, c’est la prochaine crise. Il serait très étonnant que nous n’ayons pas un nouveau krach dans la décennie qui vient. Je ne vois pas comment nous pourrions échapper à une nouvelle crise financière.

Pourquoi cette crise financière vous semble-t-elle inévitable ?

Sans céder au déterminisme, ce que l’on peut dire, c’est qu’il y a un problème structurel lié aux taux d’intérêts nuls ou négatifs des pays riches. Je crains qu’ils ne restent proches de zéro de façon durable à cause de la déflation. Du coup, les investisseurs vont continuer de prendre des risques irresponsables sur les marchés financiers : plus les taux d’intérêts sont faibles, plus les investisseurs sont incités à tout risquer pour rentabiliser leurs placements. Le manque de rendement des titres obligataires devient alors une incitation permanente à la faute. Couplé à l’énormité des dettes privées (et non publiques) dans le monde, cela fait un cocktail idéal pour une nouvelle crise.

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