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Mort d'Idriss Déby: le fils du président tchadien décédé prend les pleins pouvoirs

H.G.
·4 min de lecture
Âgé de 37 ans, Mahamat Idriss Déby occupe les fonctions de président de la République, de chef de l'État et de chef suprême des Armées selon la charte de transition.  - Tele Tchad
Âgé de 37 ans, Mahamat Idriss Déby occupe les fonctions de président de la République, de chef de l'État et de chef suprême des Armées selon la charte de transition. - Tele Tchad

Après la mort du président tchadien Idriss Déby Itno, qui a dirigé pendant 30 ans son pays d'une main de fer, son fils Mahamat Idriss Déby est le nouvel homme fort du Tchad: il prend la tête d'une junte militaire et concentre tous les pouvoirs.

Idriss Déby est mort lundi, selon la présidence tchadienne, à l'âge de 68 ans, des suites de blessures subies au front contre des rebelles. Son fils, jeune général de corps d'armée de 37 ans, a dissous l'Assemblée nationale et le gouvernement. "Il occupe les fonctions de président de la République, de chef de l'État et de chef suprême des Armées", selon la charte de transition publiée mercredi.

"Il nomme et révoque les membres du gouvernement de transition" et désigne "les membres du Conseil national de transition", en charge de la fonction législative.

Des élections "libres et démocratiques" dans 1 an et demi

Un Conseil militaire de transition (CMT) a été mis en place, composé de 15 généraux connus pour être dans le cercle des plus fidèles du défunt chef de l'État. Ce CMT a juré que de nouvelles institutions verraient le jour après des élections "libres et démocratiques" dans un an et demi.

Les rebelles, qui mènent depuis dix jours une offensive depuis la Libye contre le régime tchadien, ont promis de marcher sur N'Djamena et rejeté "catégoriquement" ce conseil militaire.

"Nous comptons poursuivre l'offensive", a assuré mardi Kingabé Ogouzeimi de Tapol, porte-parole du Front pour l'alternance et la concorde au Tchad (FACT).

Les Etats-Unis ont appelé mercredi à une "transition pacifique et démocratique" vers un gouvernement civil au Tchad, sans aller jusqu'à condamner la prise du pouvoir par la junte militaire.

Avec la mort d'Idriss Déby Itno, les Occidentaux, Paris en tête, perdent leur plus solide allié contre les jihadistes dans une région sahélienne tourmentée, où l'ancienne colonie française faisait jusqu'ici figure d'îlot de relative stabilité. Depuis son arrivée au pouvoir par les armes en 1990, avec l'aide de Paris, Idriss Déby avait toujours pu compter sur son allié français qui a installé à N'Djamena le QG de sa force antijihadiste au Sahel, Barkhane. La position de la France sur la transition militaire est donc particulièrement scrutée.

Macron présent aux obsèques du président tchadien

Les obsèques nationales d'Idriss Déby Itno auront lieu vendredi à N'Djamena, en présence du président français Emmanuel Macron. Dix autres chefs d'Etat sont également attendus, dont plusieurs venant de pays sahéliens, comme le Mali, le Niger ou le Burkina Faso. Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a également annoncé sa présence.

"La transition annoncée doit être limitée, se dérouler de manière pacifique, dans le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et permettre l'organisation de nouvelles élections inclusives", a averti Josep Borrell dans un communiqué.

"Les conséquences potentiellement explosives du décès du président Idriss Déby ne peuvent être sous-estimées, tant pour l'avenir du Tchad que pour celui de la région", a noté mercredi l'ONG Human Rights Watch. "Les partenaires régionaux et internationaux du Tchad devraient suivre de près la situation et user de leur influence pour prévenir les exactions contre les civils", poursuit l'ONG.

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D'autant que la période de transition peut être prorogée une fois, selon la nouvelle charte.

Pour de nombreux opposants qui ont toujours été réprimés par le régime d'Idriss Déby, cette prise de pouvoir n'est rien d'autre qu'un "coup d'État".

"Un coup d'Etat institutionnel"

Une trentaine de partis d'opposition tchadiens ont dénoncé mercredi "un coup d'Etat institutionnel", et ont appelé "à l'instauration d'une transition dirigée par les civils (...) à travers un dialogue inclusif". L'opposition a aussi appelé à "ne pas obéir aux décisions illégales, illégitimes et irrégulières prises par le CMT, notamment la charte de la transition et le couvre-feu".

Mahamat Idriss Déby "est beaucoup trop jeune et n'est pas spécialement aimé par les autres officiers", a déclaré Roland Marchal, chercheur au Centre de recherches internationales (Ceri) de Sciences Po Paris.

La toute puissante Direction Générale des Services de Sécurité des Institutions de l'État (DGSSIE), jusqu'alors dirigée par Mahamat Idriss Déby, "risque de se diviser. Ils vont régler leurs problèmes, comme ils l'ont fait dans le passé, par des tentatives d'éliminations physiques, avec donc l'implication de violences armées dans la capitale", poursuit-il.

Les menaces pèsent donc de toutes parts sur le nouvel homme fort du régime. Un Zaghawa, comme son père. Un militaire de carrière, comme son père. Jeune, certes. Mais Idriss Déby était lui-même arrivé au pouvoir à 38 ans, à la tête d'une rébellion.

Article original publié sur BFMTV.com