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MMA: pourquoi la relation entre Chimaev et le leader tchétchène Kadyrov peut poser un problème à l’UFC

DR/Instagram Khamzat Chimaev

Sa victoire sur l’ancien roi des welters (-77 kg) Kamaru Usman doit le mener vers un combat pour le titre des moyens, parole de Dana White. Mais le champion des -84 kg, Sean Strickland, fait déjà un procès en légitimité à Khamzat Chimaev. "Il ne le mérite pas, a lancé le combattant américain dans le podcast UFC Extra Rounds. Mais nous en sommes là. Donnez-le-lui. Il vend beaucoup. J’irai combattre ce gars pendant cinq rounds. Mais il ne le mérite pas. Battre un welter qui sort de son canapé par décision ne vous permet pas de le mériter."

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Si l'on peut entendre l’argument de Strickland, et penser que le Sud-Africain Dricus Du Plessis devrait plutôt avoir sa chance après avoir mis Robert Whittaker TKO en juillet, une autre raison pourrait pousser l’UFC à appuyer sur le frein à l’heure de donner un combat pour la ceinture au phénomène Chimaev, qui vient d’intégrer le classement des challengers de la catégorie au neuvième rang: ses liens avec Ramzan Kadyrov.

Une fierté nationale

Dirigeant autoritaire et sulfureux, considéré par certains comme un dictateur de fait en raison des exactions documentées contre les droits de l’homme dont on l’accuse, le leader tchétchène – république qui fait partie de la fédération de Russie – ne rate jamais une occasion de s’afficher auprès de "Borz" (surnom de Chimaev), source de fierté nationale dont il exploite la réussite sportive pour renforcer son image. Une méthode déjà employée auparavant avec les voisins daghestanais devenus champions des légers (-70 kilos) Khabib Nurmagomedov et Islam Makhachev, la première ceinture UFC de ce dernier ayant même été offerte à Kadyrov en cadeau qui l'a installée dans sa salle des trophées.

Une situation symbolisée par la victoire de Chimaev sur Usman à l’UFC 294 le week-end dernier à Abu Dhabi. Dans son coin en bord de cage? Ali et Adam Kadyrov, fils de Ramzan et grands fans de MMA comme leur père. Le jeune Ali a même gagné son premier combat professionnel, un TKO au premier round, fin décembre dans un événement de l’organisation tchétchène Absolute Championship Akhmat, liée à Kadyrov et nommée en hommage à son père Akhmad, qui a aussi présidé la Tchétchénie un temps avant d’être tué dans un attentat en 2004. Son premier post sur les réseaux sociaux après son succès? Une photo tête contre tête et main dans la main avec Kadyrov, à qui il venait de demander la permission d'aller défendre la Palestine sur place dans la partie de son discours en tchétchène à l'issue du combat.

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Sa célébration pour sa victoire? Un retour en Tchétchénie via un jet privé affrété par Kadyrov, qui est venu le chercher lui-même, pour recevoir un accueil de héros avec danse locale, drapeaux (tous à l’effigie du dirigeant politique) et moult caméras et micros… devant lesquels Kadyrov parle bien plus qu’un Chimaev au regard presque vide en arrière-plan, le tout relayé dans une vidéo publiée par Kadyrov et Chimaev sur les réseaux sociaux. De quoi poser des questions sur la suite.

Un blocage géopolitique

Selon un article de Sports Politika signé Karim Zidan, journaliste spécialisé sur le Caucase et les conséquences de la géopolitique locale sur les combattants de cette région (il était notamment celui qui avait fourni via ses papiers tous les arguments politiques à Conor McGregor pour attaquer Khabib Nurmagomedov lors de la conférence de presse avant leur combat en 2018), "plusieurs sources qui ont connaissance de la situation" expliquent que "Chimaev ne peut actuellement pas sécuriser un visa pour entrer aux États-Unis".

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On pourrait penser à un lien avec la situation entre la Russie et l’Ukraine. Coach de jiu-jitsu de longue date de Chimaev, Alan Nascimento a récemment expliqué au site MMA Fighting que le choix son élève de quitter la Suède – où il est arrivé de Tchétchénie en 2013 avec sa mère – pour se baser aux Émirats arabes unis tournait autour de cette idée: "Il n’a pas de passeport suédois. Il n’a jamais été citoyen suédois. Il a un passeport russe. Avec la situation actuelle, la guerre, c’est difficile de voyager avec un passeport russe. Surtout pour un Tchétchène. (…) Il a obtenu un visa pour dix ans à Abu Dhabi et va demander un type de passeport qui s’apparente à la citoyenneté et qui peut être utilisé pour travailler."

On a toutefois vu d’autres combattants russes monter dans une cage aux États-Unis ces derniers mois, à l’image de l’ancien champion des coqs (-61 kg) Petr Yan en mars dernier à Las Vegas. Mais les liens avec Kadyrov n’aident pas le cas de Chimaev. En décembre 2020, l’OFAC (Office of Foreign Assets Control), une agence du département du Trésor américain, a officiellement émis des sanctions contre Kadyrov pour "sérieux abus contre les droits de l’homme" mais aussi contre les entités qui lui sont liées, dont celles en rapport avec le MMA comme l’organisation ACA ou encore Akhmat MMA Fight Club. Un club fondé par Kadyrov en 2014 aujourd’hui officiellement représenté par Khamzat Chimaev mais aussi (entre autres) par Magomed Ankalaev ou Said Nurmagomedov, trois combattants tous alignés lors de l’UFC 294 à Abu Dhabi, et qui ne va donc pas aider à dégoter un visa pour l’autre côté de l’Atlantique.

Maxim Grishin, autre athlète russe affilié à Akhmat MMA, a bien réussi à combattre à Las Vegas en juin dernier. Mais celui qui avait dû renoncer à plusieurs combats dans le Nevada en 2022 en raison de la difficulté à obtenir un visa pour les États-Unis avait expliqué dans une interview à Match TV l’an dernier combien les liens avec son club ne lui facilitaient pas les choses: "On m’a dit qu’il était mieux de ne pas m’associer avec Akhmat MMA, dont je suis un représentant. Ce n’est pas juste un contrat. Ce sont des relations comme entre frères. Je trouve ça lâche.

"Le sport est séparé de la politique, pourquoi devrais-je cacher quelque chose?"

Et la position de l’UFC dans tout ça? Les sanctions de l’OFAC servent notamment à empêcher tous les citoyens américains et les sociétés américaines ou les individus engagés dans des activités de business aux États-Unis de s’associer à Kadyrov et/ou aux entités qui lui sont liées.

La crainte des retombées médiatiques

Mais quand on voit Dana White, le patron exécutif de l’UFC, prendre la pose avec Ali et Adam Kadyrov – pas concernés par les sanctions de l’OFAC car encore mineurs – en marge de l’UFC 294, on comprend que la grande organisation de MMA parvient à se faufiler entre les gouttes. Suite à un article de Karim Zidan dans le New York Times l’an dernier, l’UFC avait rappelé dans un communiqué officiel que ses combattants étaient des "contracteurs indépendants" et que l’organisation signait ses contrats directement avec eux, sans intermédiaire. L’UFC expliquait également n’avoir aucun lien avec Akhmat MMA et respecter les sanctions de l’OFAC. Qui n’ont aucun moyen de toucher l’organisation quand on fait combattre les athlètes liés à Akhmat MMA à Abu Dhabi, où aucune sanction ne touche Kadyrov et où le dirigeant tchétchène avait assisté à un show de l’UFC en 2019, comme c’était le cas avec Chimaev, Ankalaev et Nurmagomedov le week-end dernier.

La tactique se comprend à court terme pour régler les problèmes de visa. Reste à savoir si le Trésor américain ne va pas taper plus fort du poing sur la table à un moment et forcer l’UFC à respecter ses sanctions en toutes circonstances. Si Chimaev est une superstar qui ne ferait surtout pas tâche pour le business comme champion, l’UFC doit aussi s’inquiéter des possibles retombées de son éventuel sacre: fêter la ceinture en paradant avec Kadyrov dans Grozny quelques heures après ferait à coup sûr réagir les médias mainstream américains au-delà du milieu du MMA. Dans un tel dossier, tout n’est pas juste question de talent. Avec un cœur de business aux États-Unis, pays où l'organisation est basée, l'UFC peut-elle se permettre d'avoir un roi qui ne pourrait pas défendre sa couronne sur le sol américain? Le possible avenir de champion UFC de Khamzat Chimaev ne se joue peut-être pas seulement dans la cage.

Article original publié sur RMC Sport